Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA NOUVELLE ÉVANGÉLISATION DANS LA SOCIÉTÉ ACTUELLE. Conférence prononcée à Cognac, le 19 novembre 2012

21 Novembre 2012 Publié dans #Conférences

I – UN TRAVAIL PERMANENT DE CONVERSION

 

            « Catholiques en France, réveillons-nous ! » : ce n’est pas seulement le titre d’un livre, c’est l’expression d’une urgence. « L’heure est venue de sortir de votre sommeil », disait déjà l’apôtre Paul aux premiers chrétiens de Rome. Cet appel a une valeur permanente : puisque nous sommes appelés à croire en Dieu et en l’Amour de Dieu dans une société qui se passe de Dieu, il ne faut pas commencer par nous lamenter ou par chercher des coupables. Il nous faut aller sans tarder aux sources de notre foi chrétienne et comprendre qu’il y a parmi nous, près de nous, des hommes et des femmes, des jeunes aussi, qui sont en attente de Dieu, surtout s’ils font l’expérience des duretés de la vie.

            Cette conviction-là, celle qui concerne l’attente de Dieu à l’intérieur de notre société, nous devons la partager plus résolument, à Cognac, comme ailleurs. Et nous l’avons fait samedi, à Angoulême, avec des personnes qui sont engagées dans la préparation au mariage chrétien, dans l’accompagnement des catéchumènes, et aussi dans l’accueil des personnes divorcées. Et je vous assure que l'on ne s'’st pas ennuyé, parce que nous étions heureux d’évoquer des rencontres réelles, au cours desquelles nous n’avons pas à distribuer des marchandises catholiques, mais à reconnaître le travail de Dieu chez des hommes et des femmes qui comprennent que croire en Lui, c’est une force pour résister au désespoir, surtout lorsqu’on doute de soi-même et des autres, notamment après un divorce.

 

            Nous avons besoin de nous encourager à cette éducation-là : celle qui permet de voir au-delà des apparences immédiates et de reconnaître Dieu comme Celui qui vient nous arracher à ce qui nous fait mal, le Dieu qui, en son Fils, « vient chercher et sauver ce qui était perdu ». Tel est l’enjeu de la nouvelle évangélisation : comme le dit fortement le message final du récent synode romain des évêques, « il ne s’agit pas d’inventer on ne sait quelles stratégies, comme si l’Évangile était un produit à placer sur le marché des religions, mais de redécouvrir la façon dont, dans la vie de Jésus, des personnes se sont approchées de lui et ont été appelées par lui, afin d’introduire ces mêmes modalités de rencontre dans les conditions de notre temps. »

            Comme pour Pierre et André, pour Marthe et Marie, pour le riche Zachée, ou pour cette femme de Samarie, venue au puits de Sychar et qui va entrer dans une vie nouvelle grâce à cet homme venu de Nazareth, ce juif étonnant qui lui parle, alors qu’elle a été mariée cinq fois, et qui lui révèle ce qu’elle n’osait plus espérer : participer à la vie de Dieu. « Si tu savais le don de Dieu… »

Ne rêvons pas : ces rencontres extraordinaires ne courent pas les rues, surtout quand les rues sont vides et que chacun reste enfermé chez soi, en ruminant ses peurs ou ses ressentiments.

Mais c’est justement l’heure de lutter contre nos repliements et de réveiller en nous une double conviction qui justifiera mes réflexions. Double conviction, qui relie intimement l’une à l’autre « la nouvelle évangélisation » et la société actuelle.

 

Car nous ne pouvons pas – c’est la première conviction – nous payer le luxe de rester entre nous, en train de nous disputer sur l’horaire des messes. Nous devons pratiquer le simple réalisme qui nous oblige à reconnaître que nous faisons partie de cette société actuelle, telle qu’elle est, en France comme ailleurs, incertaine, fragile et tentée par la peur. Et c’est donc à l’intérieur même de cette société, à l’intérieur de ses incertitudes, de ses fragilités et de ses peurs qui sont aussi les nôtres, que nous avons à croire au Christ Jésus, à le prier, à écouter sa Parole, à nous nourrir de sa vie et à témoigner de cette vie avec Lui, en silence parfois, mais parfois aussi en paroles, quand l’occasion nous est donnée de dire à haute voix : « Oui, je crois qu’il est vivant, qu’il est notre avenir et que sa force de résurrection agit en nous, à l’intérieur de notre société. »

 

La seconde conviction est donc très liée à la première : la nouveauté chrétienne de Dieu, la joie de croire au Christ vivant et sauveur, doit s’inscrire, à travers nous, au-dedans même de notre société. Et la nouvelle évangélisation, c’est précisément et concrètement la jonction entre cette révélation bouleversante de Dieu et notre humanité réelle, marquée par la finitude et la mort, et aussi par le désir de vaincre la mort, d’aimer et d’être aimé et de surmonter toutes les logiques de peur par le déploiement de cette fraternité difficile et exigeante dont le Christ est la source.

 

Je resterai fidèle à ces deux convictions en cherchant maintenant à mettre en relief les exigences actuelles de la nouvelle évangélisation à l’intérieur de ce qui marque notre humanité commune et notre société française.

-                     Comment faire face aux incertitudes qui empêchent d’espérer ? Comme le Christ avec les disciples d’Emmaüs. La nouvelle évangélisation comporte une pédagogie de l’espérance.

-                     Comment assumer tant de fragilités personnelles, familiales, sociales qui marquent notre existence ? En consentant à participer au mystère pascal où se joignent intimement la descente aux enfers et le relèvement de la résurrection.

-                     Comment vaincre les peurs qui nous hantent et qui nous poussent à chercher des coupables ?En osant croire à ce grand signe du pardon qui est le dernier mot de Jésus pour ses ennemis si violents.

 

 

II – LA PÉDAGOGIE DE L’ESPÉRANCE DANS UNE SOCIÉTÉ INCERTAINE

 

            Cela pèse sur nous tous, et tout particulièrement sur des jeunes : l’avenir n’est plus porteur de promesses. La crise économique, le chômage, l’aggravation de la pauvreté, et surtout des pauvretés muettes, l’embarras des responsables politiques face à la maîtrise des déficits et à une croissance en berne, la conscience de vivre dans un monde globalisé où toutes les tensions s’appellent les unes les autres, au niveau des centres financiers comme au niveau des affrontements armés, tout cela marque notre univers, en ce début du XXIe siècle.

            Hier, vers 1970, on croyait savoir où l’on allait, vers un plus et un mieux de production, de consommation et de développement. Aujourd’hui, on doit faire face à l’imprévisible et certains cultivent cette inquiétude ou cette impression de déclin, en soulignant tout ce qui disparait et en omettant tout ce qui se cherche.

            Cela vaut tout autant pour la société que pour l’Église : d’un côté, on accuse la globalisation financière de mener notre monde à la catastrophe, comme en 1930, et de l’autre, on invite l’Église catholique à devenir une contre société, arc-boutée sur ses certitudes et faisant la guerre à la modernité.

            Au pire, on annonce la fin du monde pour le 21 décembre 2012, dans un peu plus d’un mois, au mieux, on se réfugie dans l’éphémère, dans les jouissances immédiates, en s’aidant, s’il le faut, de quelques drogues, dures ou douces. Il est difficile de faire face à l’imprévu et de ne plus savoir aujourd’hui ce que nous deviendrons demain.

 

            Les plus anciens ou les plus historiens d’entre nous auront beau jeu de rétorquer que nous avons tort de nous plaindre, car il n’y a pas eu de guerre dans les pays occidentaux depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1945, et les développements de la technique, notamment dans le domaine de l’informatique, contribuent à nous relier les uns aux autres, aux quatre coins du de la planète. Mais tout cela ne nous console pas. Les ressorts de l’espérance sont souvent brisés en nous. On se résigne à vivre, sans rien attendre de bon, de libérateur, de positif. D’où viendront la lumière et la force de l’espérance ?

 

            Cette lumière et cette force de l’espérance, elles viennent au sein même de nos obscurités et du brouillard qui nous enveloppe, au sein même de nos désespérances qui nous inspirent parfois des désirs suicidaires. Qui nous délivrera de ce vertige du néant, qui est quelquefois masqué par de belles apparences ?

            C’est l’histoire réelle des pèlerins d’Emmaüs, quand ils sortent de Jérusalem et qu’ils reviennent chez eux, avec la certitude qu’ils n’ont plus rien à attendre que la mort. Puisque Celui dont ils espéraient la libération d’Israël et le salut vient d’être vaincu par la haine et la violence de ses ennemis, ces chefs religieux, ces responsables politiques, cette foule devenue violente et même ses amis qui l’ont abandonné. Terrible engrenage de la trahison, de la lâcheté, de la peur, de l’irresponsabilité satisfaite !

            Et voici qu’un inconnu est là, tout proche, et qu’il marche avec eux. Il les écoute : ils peuvent se confier à lui, ils peuvent lui dire leur détresse et leur désespoir, et aussi leur scandale, puisque les promesses de Dieu ont été démenties par ce terrible échec de la Croix.

            Il faut du temps pour qu’en eux, la présence de cet inconnu suscite comme un éveil progressif : « Ne fallait-il pas le Christ souffrit tout cela pour entrer dans sa gloire ? » (Luc 24,26). Faut-il donc penser qu’une force nouvelle est à l’œuvre en ce monde et que cet échec et cette mort de Jésus portent en eux une révélation inattendue ? Dieu serait-il du côté des victimes ? Dieu choisirait-il de tout prendre sur lui de notre condition humaine, tout ce qui nous brise, tout ce qui nous détruit, tout ce qui nous enferme en nous-mêmes ?

            Le soir est tombé. Ils font halte au village. Et l’inconnu, en silence, prend le pain et le rompt. « Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent. » (Luc 24,31). Et ils commencèrent à comprendre que le vieux monde s’en est allé, que quelque chose de radicalement nouveau est en train d’émerger et qu’il est possible de participer à cette vie nouvelle dont la source est dans le cœur de Dieu, dans le Corps du Christ Jésus et dans la communion avec des frères et des sœurs qui croient à cette mystérieuse victoire.

            La nouvelle évangélisation passe par cette pédagogie de l’espérance. Dans cette société pétrie d’incertitude et d’inquiétude, nous sommes appelés à vivre de l’espérance du Christ et, sans rien ignorer de ce qui rend les hommes tristes, à ne pas cacher cette joie qui nous est donnée et que rien ne peut abolir.

 

 

III – LE MYSTÈRE PASCAL AU SEIN DE NOS FRAGILITÉS HUMAINES

 

            Que nous soyons tous fragiles, nous devrions le savoir et, si jamais nous l’avons oublié, les circonstances de la vie se chargeront de nous le faire comprendre. On considère généralement les fragilités comme des défauts, ou comme des manques et l’on mesure alors combien est forte cette idéologie des résultats, des performances qui fait la loi dans notre société aussi bien dans le domaine économique que dans celui de la vie affective et sexuelle. Le « toujours plus » est comme une devise à laquelle tous les individus doivent se rallier, de sorte qu’une logique de concurrence, de compétition permanente prévaut dans l’exercice des responsabilités et que les fragilités doivent être niées, ou refoulées, ou masquées.

            Et pourtant, notre société cultive aussi la compassion à l’égard des faibles et des souffrants, mais souvent d’une manière factice, superficielle et le plus souvent, en s’arrangeant pour rester au-dessus de ces fragilités sur lesquelles on se penche doucereusement. Il y a dans certaines pratiques humanitaires cette logique-là : on vient en aide, mais on ne partage pas vraiment les souffrances de ceux et de celles que l’on prétend aider.

 

            La voie chrétienne est différente : il ne s’agit pas de pratiquer le culte de la faiblesse, comme NIETZSCHE le reproche aux chrétiens, en dénonçant chez eux une incapacité à affronter le monde, mais il s’agit simplement de reconnaître nos fragilités comme des éléments constitutifs de notre dignité humaine.

            Et dans ce domaine, les communautés de l’Arche, inspirées par Jean VANIER, sont extraordinairement révélatrices : les personnes handicapées sont reconnues comme des personnes capables d’aimer et d’être aimées, et qui viennent réveiller la conscience de notre propre dignité, à l’intérieur de nos fragilités. De sorte qu’il n’y a pas d’un côté des personnes handicapées et de l’autre des personnes fortes, mais une expérience commune et réciproque de notre dignité d’enfants de Dieu. Et de cette expérience peut jaillir la joie d’appartenir à une même humanité, et la joie d’avoir besoin les uns des autres, sans aucune discrimination.

            La révélation chrétienne de Dieu implique, en ce domaine, une grande nouveauté. Et c’est une des dimensions de la nouvelle évangélisation, inséparable de la nouveauté de Dieu pour nous et avec nous, la nouveauté de la nouvelle Alliance du Dieu vivant à l’intérieur de notre humanité.

            Entre Dieu et les hommes, nous savons bien qu’il existe un rapport d’Alliance, que cette Alliance est fondée avec Abraham et Sarah, et qu’elle se déploie dans l’histoire, avec Moïse, les prophètes et le peuple élu. Mais cette histoire d’Alliance, parcourue de crises et de ruptures, parvient à son sommet à travers l’histoire de Jésus, Celui qui accomplit l’Alliance dans sa chair, au-dedans même de notre humanité et spécialement de nos fragilités : car en Jésus, le Christ, tout est ressaisi dans l’humanité de Dieu, tout, de notre naissance à notre mort, en passant par nos violences et nos peurs. Dieu n’est plus extérieur à notre humanité : il la prend sur Lui, il l’assume, et en l’assumant, il la transfigure. « C’est par ses blessures que nous sommes guéris » : le mystère pascal de mort de résurrection révèle la présence de Dieu au plus profond de ce qui nous brise. C’est une véritable renaissance qui s’opère alors, parce que la force de Dieu, de l’Amour de Dieu, vient s’inscrire et agir au sein même de nos faiblesses. « Ma grâce te suffit, dit Jésus à l’apôtre Paul. Ma puissance se déploie dans la faiblesse. » (2 Cor. 12,10).

 

            Il faut oser aller jusque-là, dans le travail de la nouvelle évangélisation. Il ne suffit pas de dire : « Dieu vous aime et nous irons tous au paradis », il faut laisser paraître le caractère dramatique de l’engagement de Dieu pour nous, la violence de sa Passion, la puissance cachée de sa Pâque, et ce qui nous advient quand nous sommes ressaisis par ce mouvement inattendu, à partir du baptême. Ah ! le baptême, parfois si dévalué, et pourtant si précieux : un geste de vie, à travers la mort, une promesse de résurrection, une incorporation au Christ, une nouvelle naissance, de sorte que nous sommes appelés à nous regarder les uns les autres comme ces enfants de Dieu appelés à vivre d’une vie éternelle, éternelle et présente dès maintenant dans notre humanité fragile.

           

 

III – PLUS FORTE QUE LA PEUR : LA FRATERNITÉ CHRÉTIENNE

 

            Inutile de faire des dessins : notre société est tourmentée par la peur, la peur de l’inconnu, des inconnus, des autres que l’on ne connaît pas et qui font d’autant plus peur. Et la peur est une manière de réagir à la réalité si impressionnante du mal : le mal, c’est ce qui fait mal, ce que l’on refuse, que l’on ne comprend pas, que l’on combat et qui, en même temps, fascine.

            Voyez les médias : c’est leur logique habituelle. Il y a du mal dans le monde : on le montre, accidents, suicides, enlèvements, violences en tout genre, à travers la guerre ou dans d’autres drames naturels ou humains, et le spectacle du mal déferle, tandis que le mystère du mal reste caché.

            À moins que l’on ne déclenche la terrible logique de la culpabilité : s’il y a du mal, c’est qu’il y a des coupables ; s’il y a des coupables, il faut les chercher, et si on les cherche bien, on les trouvera et on devra tout faire pour les dénoncer, pour les punir, pour les exclure.

            Nous sommes tous pris dans cet engrenage et dans cette mise en scène qui nous enferme dans la peur. Et il est si facile de décider que les coupables, ce sont les autres, ceux et celles que l’on soupçonne et que l’on se prépare à condamner, en organisant la guerre contre eux. Ce n’est plus un spectacle, c’est une corrida, c’est un processus indéfini de règlements de comptes.

 

            La nouvelle évangélisation ne peut pas ignorer ces réalités redoutables. Elle nous y plonge : comment arrêter cet engrenage ? Comment interrompre la logique de la peur ? Comment sortir du piège où nous nous sommes enfermés en décidant qu’ici, il y a le camp du Bien et là, le camp du Mal, et que nous avons évidemment choisi d’être du côté du Bien et d’organiser l’affrontement avec le mal, tel que nous l’avons identifié ? C’est la logique perverse de la « guerre des civilisations », et c’est aussi la logique à laquelle on a recours lorsqu’on veut assainir notre société de ceux qui viendraient la troubler…

            La nouvelle évangélisation nous oblige à relever ce défi, en faisant face à la peur, non pas par la logique implacable du manichéisme, mais par la logique chrétienne de la fraternité et du pardon.

            Quelle audace il nous faut parfois pour parler de fraternité chrétienne entre nous, alors que pullulent les tensions, les rancœurs, les soupçons, les attitudes de mépris et de rejet, et ces vieux préjugés en fonction desquels nous décidons nous-mêmes de ce qui est bon pour les autres !

            Je n’exagère pas : il y a des moments où des communautés chrétiennes témoignent non pas de la victoire de l’Amour du Christ, mais de l’ignorance mutuelle, de la peur des autres, de la pire des étroitesses de l’esprit, celle qui ne veut voir le monde qu’à travers sa propre myopie !

            Alors la fraternité chrétienne est un miracle et les évêques et les prêtres sont au service de ce miracle. Halte là, faut-il dire ! Vous vous trompez, vous ne prenez aucun recul, vous laissez parler les rumeurs, et vous refusez de comprendre qu’il ne servirait à rien de changer les horaires des messes et l’aménagement des locaux dont nous disposons si nous ne nous étions pas d’abord convertis au mystère du Christ, au mystère de sa Croix, en recevant de Lui une de ses dernières paroles : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! » (Luc 23,34).

 

            Et si vous me demandiez ce qu’il faut faire pour pratiquer cette nouvelle évangélisation, je vous répondrai simplement : trois choses très simples et très fondamentales :

-                     D’abord faire silence devant Dieu et l’attendre, en l’écoutant : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? Qu’attends-tu de moi, de nous ? » Et revenir sans cesse à cette attitude et à cette question, et attendre : il fera signe, Lui, et il nous surprendra.

-                     Ensuite aimer les autres d’un amour fraternel, comme le disait fortement Madeleine DELBRÊL : « Nous ne venons pas comme des justes parmi des pécheurs, comme des gens qui ont conquis des diplômes parmi des gens incultes ; nous venons parler d’un Père commun, connu des uns, inconnu des autres ; comme des pardonnés, non comme des innocents, comme des gens qui ont eu la chance d’être appelés à croire, de recevoir la foi, mais de la recevoir comme un bien qui n’est pas à nous, qui est déposé en nous pour le monde[1]. »

-                     Enfin et peut-être avant tout, cette manière d’évangéliser passe par une « pastorale de la bonté », et d’une bonté inséparablement ouverte au cœur de Dieu et au cœur des autres, car « l’Évangile n’est annoncé vraiment que si l’évangélisation reproduit entre le chrétien et les autres le cœur à cœur du chrétien avec le Christ de l’Évangile. Mais rien au monde ne nous donnera la bonté du Christ sinon le Christ lui-même. Rien au monde ne nous donnera l’accès au cœur de notre prochain sinon le fait d’avoir donné au Christ l’accès au nôtre[2]. »

Quel programme ! Mais c’est le nôtre ! Ainsi soit-il !

 

 

+ Claude DAGENS

évêque d’Angoulême 



[1].  Madeleine DELBRÊL. Nous autres, gens des rues, Athéismes et évangélisation. Paris, 1966, p.271.

[2]. Ibid.

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