Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA NOUVEAUTÉ DE SAINT BENOÎT. Homélie lors de l'Eucharistie à Belloc, pour la fête de saint Benoît

22 Juillet 2013 Publié dans #Homélies

 

St Benoît

 

     « Mon fils, accueille mes paroles…, rends ton oreille attentive à la sagesse, incline ton cœur vers la vérité. » Ces recommandations du livre des Proverbes sont comme un prélude à la règle de saint Benoît, qui commence elle aussi par un appel à un renouvellement de toute l’existence par la conversion à Dieu.

     Et c’est le même appel que l’apôtre Paul adressait aux premiers chrétiens d’Éphèse, qui devaient lutter contre les influences païennes qui pesaient sur eux : « Il faut dépouiller le vieil homme pour vous renouveler par une transformation spirituelle de votre jugement. »

     Ce travail ininterrompu de conversion, c’est notre vocation chrétienne à tous et l’Église existe pour faire retentir largement cet appel, surtout lorsque les logiques du monde semblent les plus fortes, les logiques de peur ou de résignation, comme s’il n’était pas possible de résister à tout ce qui déshumanise notre société.

     Mais Dieu, en tout temps de l’histoire, a la liberté de susciter des hommes et des femmes qui entendent cet appel à la conversion et dont l’existence devient comme un signe, à travers lequel on perçoit la force même de l’Évangile quand il vient transformer notre humanité.

     Ces hommes et ces femmes qui se laissent conduire par Dieu et transformer par Lui, nous les nommons des saints. Ils ne sont jamais prévus. Ils ne se conforment pas à un programme préfabriqué. Ils ne sont pas le résultat de quelques calculs pastoraux, ni même spirituels. Ils sont donnés par Dieu pour réveiller le peuple des baptisés.

     Tel fut saint Benoît en son temps, au tournant du Ve et du VIe siècle, alors que l’Église est relativement bien installée en Italie, peut-être trop bien installée et qu’elle ne perçoit pas les défis auxquels elle va être affrontée avec l’arrivée des populations nouvelles venant d’Europe centrale.

     Benoît n’a pas calculé sa vie. Il a été saisi par Dieu, à Rome, où il faisait des études. Et il est allé vivre à l’écart, d’abord seul, puis avec quelques compagnons, avec un seul souci : chercher le Dieu vivant pour vivre de Lui. Et, peu à peu, il a compris que ce renouveau radical pouvait passer par la prière et par le travail, et aussi par une vie communautaire, qui serait ouverte aux hôtes de passage – et il y en avait beaucoup à cette époque-là.

    Abbaye Belloc Cette forme de vie était simple, simple de la simplicité de Dieu, de Dieu dont Benoît avait compris  qu’il était possible non seulement de le chercher, mais de le trouver, de l’écouter, de lui parler, de le contempler et de contempler le monde enveloppé par sa lumière.

     On ne distinguait pas alors les ordres contemplatifs et les ordres apostoliques, et Benoît se serait sans doute amusé de cette distinction subtile. Lui avait fait un choix radical qu’il enseignait à tous ceux qui venaient à lui : « ne rien préférer à l’amour du Christ », choisir le Christ de façon aussi totale que possible, et remettre à leur place tous les autres biens du monde, y compris les affections familiales, comme Jésus l’explique à ses disciples. Ce n’est pas une attitude de rejet. C’est un acte de foi qui appelle à entrer dans le mystère même de Dieu, quand il se livre à nous en Jésus Christ et qu’il nous appelle à le suivre.

     Le plus beau, c’est que cette expérience personnelle de Benoît a donné naissance à une forme de vie nouvelle, une vie simple faite de prière, de travail, de communion fraternelle et d’hospitalité. Cette vie simple, cette tradition bénédictine a été reconnue, encouragée et reçue comme une source de renouveau pour l’Église tout entière.

     Comme le sera, quelques siècles plus tard, l’exemple de François d’Assise. Car l’Évangile du Christ a besoin pour être compris de ces illustrations personnelles qui inscrivent le travail de Dieu à l’intérieur de notre humanité.

     Voilà le plein sens de la sainteté ! Ces hommes, comme Benoît ou François, ou ces femmes comme Thérèse, la grande et la petite, et bien d’autres, et bientôt les saints Jean XXIII et Jean-Paul II, attestent que les actes les plus personnels de conversion, en réponse aux appels du Christ, participent à une œuvre commune, et que cette œuvre commune n’a pas d’autre but que de manifester la nouveauté du Christ et notre joie d’être en son nom « sel de la terre, lumière pour le monde, levain dans la pâte. »

 

+ Claude DAGENS

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