Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA MISSION DU CONSEIL PASTORAL DIOCÉSAIN

15 Décembre 2009 , Rédigé par mgrclaudedagens.over-blog.com Publié dans #Interventions diverses

Rencontre du Conseil pastoral diocésain, le 5 décembre 2009

 

 

Je laisse d’abord la parole au droit canonique :

            « Dans chaque diocèse, dans la mesure où les circonstances pastorales le suggèrent, sera constitué le Conseil pastoral auquel il revient, sous l’autorité de l’évêque, d’étudier ce qui, dans le diocèse, touche l’activité pastorale, de l’évaluer et de proposer des conclusions pratiques… » (Canon 511).

            « Les fidèles délégués au Conseil pastoral seront choisis de telle manière que, par eux, la portion tout entière du peuple de Dieu qui constitue le diocèse soit réellement représentée, compte tenu des diverses régions du diocèse, des conditions sociales et professionnelles et de la participation qu’individuellement ou avec d’autres, ils ont à l’apostolat » (Canon 512).

 

 

            Permettez-moi de mettre en relief les enjeux de cette mission.

 

            1. Vous êtes ici comme des délégués, des représentants du peuple des baptisés, avec la responsabilité d’élargir votre regard, en ayant en vue la vie de l’ensemble de notre diocèse.

            Ce serait trop facile de parler de communion dans la diversité.

            Je préfère préciser autrement votre mission.

            Vous êtes chargés d’un va-et-vient : entre le secteur particulier que vous représentez (paroisse, doyenné ou service) et la mission de l’Église entière, la présence de l’Évangile en Charente.

            Ici, vous témoignerez de vos expériences locales et vous aurez à relier ces expériences locales à notre travail commun.

            Car nous avons besoin d’une dynamique globale qui ressaisit nos expériences particulières. Nous avons besoin de nous connaître davantage, de connaître les initiatives prises en d’autres doyennés (par exemple pour la constitution des Équipes d’animation pastorale ou la pratique du dimanche autrement). À vous la parole !

 

            2. Comment mettre en œuvre cette dynamique pastorale dont nous avons besoin ?

            Je ne répondrai pas à votre place. Mais je voudrais seulement vous confier quelques convictions simples que j’ai déjà exprimées dans ma lettre pastorale du mois de septembre.

 

 

Ø      Nous participons à la naissance permanente de l’Église comme Corps du Christ.

            Nous pensons trop souvent l’Église comme un système à organiser. Or, l’Église est un Corps toujours fragile, et toujours renaissant. Elle est le Corps du Christ qui vit de sa Pâque, mort et résurrection. Ce n’est pas une formule. C’est notre expérience actuelle. Nous savons tout ce qui nous fragilise, tout ce qui nous inquiète pour l’avenir et nous mesurons la disproportion formidable entre la pauvreté de nos moyens et l’ampleur de nos besoins ou des appels que nous percevons (besoins et appels de formation, d’accompagnement, d’initiation, de solidarité).

            À nous de vivre cette disproportion selon l’Évangile : les premiers disciples « rapportèrent à Jésus tout ce qu’ils avaient fait et tout ce qu’ils avaient enseigné. Il leur dit : ‘Vous autres, venez à l’écart dans un lieu désert et reposez-vous un peu’ » (Marc 6, 30-31). Et aussitôt après viendra l’heure de la multiplication des pains et des poissons, 7 pains et 2 poissons pour une foule très nombreuse.

            Nous avons un besoin vital, dans nos communautés, dans nos groupes, de nous arrêter et de nous raconter des histoires vraies : quelles sont les personnes qui sont pour nous des signes de Dieu, non pas des clients de l’Église ou des demandeurs, mais des signes, à travers lesquels Dieu nous parle et nous appelle ?

            Nous avons besoin de nous situer sur ce terrain du discernement spirituel, de l’expérience spirituelle : voir le monde autrement, comme un lieu d’attente spirituelle. Ce n’est pas une affaire de quantité et de nombre, mais de confiance et d’amour.

 

Ø     Et pour cela, nous sommes appelés à former des communautés chrétiennes qui soient à la fois fraternelles et apostoliques :

            - fraternelles, c’est-à-dire où l’on se reconnaît non pas à partir de ses fonctions, mais à partir de sa simple identité d’enfants de Dieu appelés à aimer et à être aimés, au-delà de nos capacités ou de nos indignités

            - apostoliques, en allant à la source de l’apostolat qui se trouve et se cache dans le mystère pascal de Jésus Christ, révélé et précédé par un double signe : le lavement des pieds et le sacrement de l’Eucharistie, le geste fraternel du service et le geste liturgique du sacrement de l’Eucharistie.

            Tel est l’enjeu de toute notre organisation : relier la vie fraternelle et la vie sacramentelle. Et cela vaut pour tout : des relais paroissiaux à la constitution des équipes d’animation pastorale, de la catéchèse à la pastorale de la santé et du deuil.

 

Ø      Alors quelle est ou que devient la mission des prêtres dans cette figure de l’Église ?

            Ils sont au cœur du Corps, non au-dessus, mais au cœur, chargés de veiller à ce va-et-vient que je viens d’évoquer entre la vie fraternelle et la vie sacramentelle, la charité et la foi, la mission et le culte. Qu’il n’y ait pas deux Églises, celle des prêtres et celle des laïcs, ou celle des laïcs engagés et celle des fidèles inactifs. Qu’il y ait une seule Église, qui apprend à être signe du Christ pour le salut du monde !

            Et nous sommes, comme pasteurs, situés du côté du Christ et de sa Pâque. Notre ministère est inséparable de l’événement de sa Passion et de sa résurrection. Nous devenons apôtres en vivant du Christ.

            « Le connaître, Lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances » (Phil. 3, 10).

            « Pour que cette incomparable puissance soit de Dieu et non de nous. Pressés de toutes parts, nous ne sommes pas écrasés. Dans des impasses, mais nous arrivons à passer... Sans cesse, nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre corps. Ainsi la mort est à l’œuvre en nous, mais la vie en vous… » (2 Cor. 4, 7-8.12).

 

            Il y a des heures où cette présence pascale du Christ prend chair en nous, d’une manière radicale. Nous sommes réellement plongés dans la Pâque du Christ. Plongés, avec l’impression d’être noyés ou broyés. Et c’est alors qu’en étant dessaisis de nous-mêmes, nous pouvons être comme ressaisis, relevés, associés à la Pâque du Christ.

            Voilà le mystère des prêtres : saisie par le Christ, notre humanité d’hommes est mise au service de son Corps et il est vital pour nous qu’avec le peuple des baptisés, nous puissions rendre compte de ce mystère qui nous habite.

            Il est vital que l’Église ne se comprenne pas seulement à partir de son organisation et de ses fonctions, mais à partir de sa réalité sacramentelle. Ce qui nous unit, prêtres et laïcs, et aussi ce qui nous distingue, c’est notre relation au Christ et notre façon de relier à Lui ceux et celles qui sont non pas des clients, mais des signes.

            C’est ainsi que nous faisons l’expérience de la sacramentalité de l’Église et que nous la laissons se déployer en nous.

 

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