Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA MISSION DE L'ÉGLISE RENOUVELÉE À PARTIR DU PARTAGE DES CHARISMES FONDATEURS

15 Mars 2008 , Rédigé par mgrclaudedagens.over-blog.com Publié dans #Interventions diverses

 Intervention lors de la journée des religieuses du diocèse d'Angoulême, le 1er mars 2008

 

 

1. LA PRÉSENCE RÉELLE DES RELIGIEUSES DANS NOTRE DIOCÈSE 

 

                        Je me souviens de la parole de Monseigneur KÉRAUTRET au moment de mon envoi en Charente : « Vous verrez : il y a peu de prêtres, mais il y a les religieuses ! ».

            C’était un cri du cœur et un cri de reconnaissance.

            Je partage la reconnaissance, en ajoutant une précision : vous n’êtes pas d’abord des « adjointes en pastorale », des « employées » de l’Église. Vous êtes vraiment des femmes qui vivent de Dieu dans le monde, au milieu des autres : vous vous donnez, vous priez, vous êtes présentes, vous êtes des signes de la charité du Christ, avec vos nuances et vos couleurs particulières.

 

 

2. QUE SIGNIFIE LE PARTAGE DES CHARISMES OU DU CHARISME DE VOTRE CONGRÉGATION ?

 

                        Un élargissement de vos familles spirituelles et un renouvellement de la mission de l’Église à partir de ces charismes.

 

            1. Je commence par un aveu : j’ai pensé d’abord que c’était comme une « opération survie ». Comme on voit venir la mort, ou du moins l’affaiblissement, on fait appel à des laïcs pour masquer la réalité. Partager ces charismes avec des laïcs serait donc une sorte d’alibi, ou un repliement égoïste. On va mourir, mais on mourra avec d’autres…

 

            2. Désormais, j’ai compris. Ce partage des charismes est un appel et un don de l’Esprit Saint, avec ce quelque chose d’inespéré, d’inattendu, de non-programmé, qui est le propre de l’Esprit Saint.

            Il faut faire une lecture spirituelle de ce phénomène, sans oublier son importance numérique : plus de 200 groupes d’associés constitués depuis 1975, dont beaucoup dans les dix dernières années, avec des vocations multiples (faire vivre une institution, être lié à un centre spirituel, s’engager dans la société).

            La lecture spirituelle permet de comprendre ce paradoxe réel :

- Oui, il existe des phénomènes incontestables de vieillissement, d’affaiblissement, d’usure de vos communautés et de vos congrégations.

- Mais, en même temps, il s’y produit comme un renouvellement en profondeur, une volonté ou un désir d’aller à la source et de se ressourcer dans l’élan originel (originel : pas seulement par le souvenir des origines historiques, mais par la participation au travail de Dieu quand il a ouvert le cœur de votre fondateur ou de votre fondatrice).

            Et voilà le signe du travail de Dieu et de l’Esprit de Dieu : il agit au-dedans de nos limites, il fait jaillir la vie de ce qui semble destiné à la mort (c’est l’espérance de ces femmes de la Bible qui s’appellent Sarah, l’épouse  d’Abraham, ou Elizabeth, l’épouse de Zacharie : Dieu donne la vie au-delà des possibilités humaines…)

            3. Que se passe-t-il donc pour vous et pour ces baptisés qui sont associés à votre famille spirituelle sans devenir des consacrés ?

            . Ces hommes et ces femmes comprennent vos charismes comme un appel qui se greffe sur leur baptême : ils sont capables de vivre de Dieu et pour Dieu dans le monde avec la force de l’expérience spirituelle spécifique dont votre congrégation est porteuse.

            Pour ces baptisés, la vie spirituelle prend une couleur particulière, une forme précise, une orientation qui les engage.

            D’où, pour vous, la responsabilité de faire valoir ce qu’il y a de spécifique dans votre charisme fondateur : quelle figure de Jésus-Christ ? quelle façon de comprendre l’Alliance entre Dieu et les hommes ? quelles urgences à discerner et à pratiquer dans la mission de l’Église ? (des jeunes , des pauvres, des malades, ou des gens en responsabilité…)

            4. Bref, ce partage des charismes fondateurs provoque comme un double mouvement dans la mission de l’Église.

            - Un travail de ressourcement : il s’agit de comprendre comment cette source découverte il y a un, deux ou trois siècles, demeure une source vive, à travers la vie, les engagements, les combats de ceux et celles qui s’y réfèrent…

            - Un travail de déploiement : croyez que cette expérience spirituelle est proposable et partageable, à l’intérieur de l’existence des baptisés ! Et laissez ces baptisés témoigner eux-mêmes du renouvellement qui s’opère en eux à partir de cette source…

              

            Alors grandit la conscience vive de l’Église comme un Corps vivant, ou  de l’Église avec sa figure personnelle. Il est clair que le signe actuel du Christ passe par des personnes.

 

3. LES DEUX RIRES DE SARAH

           

            Le récit biblique des deux rires de Sarah, la mère d’Isaac, est très significatif de cette espérance actuelle de l’Église.

            -Le premier rire est un rire de désenchantement lors du passage des trois mystérieux visiteurs à Mambré. Sarah sait qu’elle est stérile. Elle a conscience de sa déchéance. Elle supporte mal la promesse faite à Abraham. Le scepticisme est plus fort que tout. (Cf. Genèse, 18, 6-15).

            - Et puis voici qu’un enfant lui est donné. Isaac va naître et il porte le nom du don de Dieu : « Dieu rit ». Isaac est l’enfant du rire, et ce rire-là est un rire de joie, de reconnaissance, d’allégresse devant l’action inimaginable de Dieu. (Cf. Genèse. 21, 1-7).

                                    L’Église elle-même n’en finit pas de passer de ce rire du scepticisme et de l’amertume au rire de la reconnaissance et de la joie…Dieu n’en finit pas de nous surprendre en nous faisant revivre…

            Qu’il vous soit donné, qu’il nous soit donné de comprendre et d’accepter que nos heures d’épreuves et d’affaiblissement peuvent être aussi des heures de renaissance ! Et que ce partage des charismes fondateurs avec des laïcs associés soit un signe de cette renaissance !

 

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