Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA LUMIÈRE DE DIEU DANS NOS TÉNÈBRES. Célébration de la Toussaint à la cathédrale d'Angoulême

8 Novembre 2010 Publié dans #Homélies

           Les paroles que nous entendons en cette fête de tous les saints sont des paroles de lumière et d’espérance. Elles nous disent que le ciel de Dieu est ouvert, que le Royaume de Dieu est proche, que la victoire du Christ est assurée.

            Écoutons encore : « J’ai vu, dit le livre de l’Apocalypse, j’ai vu une foule immense, en vêtements blancs, avec des palmes à la main ». Et cette foule des saints et des saintes glorifie le Dieu vivant.

            Et puis l’apôtre Jean écrit aux premiers baptisés : « Mes bien-aimés, voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a aimés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes. »

            Que vivent en nous cette foi et cette espérance ! Et pourtant, à certaines heures de détresse, de solitude ou de violence, nous avons l’impression, et plus que l’impression, que le ciel est vide, que Dieu se tait, que la puissance du mal nous écrase et qu’il n’y a pas d’issue, et que nous devons nous résigner à ce silence et à cette victoire des ténèbres.

            Penser cela n’est pas scandaleux. Cela fait partie de la sainteté chrétienne. Il serait facile d’invoquer le témoignage de la petite Thérèse de Lisieux, morte à 24 ans, après avoir connu la nuit du néant, la tentation du néant, et aussi mère Teresa, sainte Teresa de Calcutta, qui n’osait pas dire à ses sœurs qu’elle se donnait aux autres alors qu’elle ne percevait plus du tout la présence de Dieu.

            Mais c’est cela la vérité chrétienne, ce n’est pas une lumière qui éblouit, c’est la petite flamme de l’espérance qui brille dans les ténèbres, c’est le Christ Jésus lui-même, Lui, la lumière du monde, qui est descendu au plus obscur ou au plus violent de notre humanité.

            Et c’est cela qu’il révèle et qu’il annonce dans ce Sermon sur la montagne, dans ces paroles des Béatitudes que nous entendions tout à l’heure. Ces paroles sont un appel au bonheur de croire en Dieu. Mais ce ne sont pas du tout des paroles mièvres, doucereuses ou pieusardes.

            Ce sont des paroles de vérité. Elles sont extraordinairement réalistes et, en même temps, animées par une étonnante espérance. Oui, le mal existe, sous toutes ses formes – l’injustice, la violence, l’instinct de domination, la haine et la cruauté, la volonté de détruire et d’abaisser – mais, au sein même de ce mal dont Jésus sait bien la puissance, la force du don de Dieu est à l’œuvre, et cette force-là, elle est en Lui, le Fils, qui va ouvrir parmi nous, jusque dans nos ténèbres, le chemin qui conduit au Royaume de la Résurrection.

            « Oui, ce que nous serons ne paraît pas encore clairement, mais lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à Lui, parce que nous le verrons tel qu’il est ». Et Lui nous ouvre le chemin !

            Mais nous voudrions voir dès maintenant, et nous ne voyons pas, et nous sommes prévenus, comme l’apôtre Thomas : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! » Cette apparition de Jésus blessé et ressuscité à Thomas, elle est présente, durant quelques instants, dans le film de Xavier BEAUVOIS, « Des hommes et des dieux ». On voit le frère Luc (Michael Lonsdale) s’approchant d’un tableau représentant Jésus qui se montre à Thomas. Et l’on devine que le vieux moine va suivre le même chemin que Jésus, avec ses autres frères.

            On peut voir ce film étonnant. Mais, même si l’on ne l’a pas vu, on sait que les images de ces moines de Tibhirine parlent à des milliers de personnes, au-delà de l’événement de 1996. La question n’est pas de savoir qui les a enlevés et qui les a tués. L’important, et on le comprend très bien, que l’on soit croyant, ou agnostique, ou incroyant, c’est que ces hommes ont réellement donné leurs vies pour Dieu et pour leurs frères et sœurs en Algérie, et au-delà.

            Je ne cherche pas à les canoniser. Je sais qu’ils étaient pleins de défauts, comme nous. Mais je vois bien pourquoi ce film et cet événement ne peuvent laisser personne indifférent. Alors que notre monde nous semble parfois si opaque, si obscur et si incertain, il y a dans cette histoire réelle une lumière qui rayonne.

            Regardez l’affiche du film : le frère Christian et ses frères délibèrent pour savoir s’ils doivent rester ou partir. Et, juste au-dessus d’eux, il y a comme un trait de lumière, une lumière qui vient d’ailleurs et qui les enveloppe…

            Voilà le mystère du monde, et voilà, pour nous, chrétiens, le mystère de Dieu avec nous, en Jésus Christ mort et ressuscité, présent jusque dans nos ténèbres.

            Heureux les pauvres de cœur, comme François d’Assise ! Heureux les miséricordieux, comme Thérèse de l’Enfant Jésus, qui s’est offerte en victime à l’Amour miséricordieux de Dieu ! Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute, si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi…

            C’est Jésus qui s’engage. Il sait déjà ce qui l’attend. À vue humaine, il sera vaincu. Mais la force de l’Amour de Dieu qui est en Lui, le Fils, continue d’être à l’œuvre au milieu de toutes nos violences !

            Et c’est pourquoi nous ne cessons pas de prier, d’espérer, de pardonner, avec cette foule innombrable de ceux et celles qui ont accepté de vivre en eux-mêmes la Pâque de Jésus : mort et résurrection, humiliation et victoire, avec la lumière de Dieu plus forte que nos ténèbres.

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