Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA LITURGIE DANS LA MISSION DE L'ÉGLISE

25 Janvier 2008 , Rédigé par mgrclaudedagens.over-blog.com Publié dans #Conférences

                                                                        

Conférence donnée à Saintes le 19 janvier 2008 pour la première session du cycle régional de formation des animateurs liturgiques (CYFFAL)

 

 

I - LA LITURGIE DE L’ÉGLISE EST UN TERRAIN SENSIBLE

 

            Je suis heureux d’être parmi vous comme un éducateur, et de contribuer à votre formation, car vous êtes réunis pour participer à l’éducation liturgique du peuple des baptisés. Je voudrais donc vous encourager dans cette responsabilité éducative, en tâchant d’en mesurer les enjeux profonds. Profonds, c’est-à-dire qui ne font pas appel d’abord à des techniques et à des méthodes, mais à des convictions spirituelles, ou, plus précisément, à la conscience de l’importance primordiale qu’a la liturgie dans la vie et la mission de l’Église et de chacune de nos communautés.

            D’où cette affirmation introductive : la liturgie de l’Église est un terrain sensible. Pourquoi ?

 

            1. Parce que la liturgie fait appel au langage des signes

            Je ne suis pas sûr que nous soyons assez familiers du langage des signes. Nous sommes tous tributaires des catégories dominantes de la culture ambiante qui survalorisent le langage des chiffres, des calculs, des résultats, de la rentabilité marchande.

                        - Nous avons besoin de revaloriser le langage des signes dans notre existence chrétienne et dans celle de nos communautés. Pratiquer et respecter la liturgie de l’Église, c’est aussi laisser parler le langage des signes, des signes sacramentels ou des sacramentaux, à travers lesquels se communique à nous le mystère de Dieu.

            Laisser parler les signes dans leur diversité : l’eau du baptême (il faut qu’elle coule), l’huile de la confirmation (il faut qu’elle sente et qu’elle brille, qu’elle imprègne !), la flamme des cierges et spécialement du cierge pascal.

            On entre dans le mystère de la liturgie en regardant, en écoutant, et aussi en touchant et en sentant. Le mystère chrétien, à partir de l’Incarnation, vient à nous à travers nos corps et nos sens, et à travers le Corps de l’Église.

                        - Deuxième recommandation qui vaut surtout pour la pastorale sacramentelle : les personnes qui demandent et qui reçoivent des sacrements ne sont pas d’abord des clients. Ce sont d’abord des signes à travers lesquels Dieu nous parle et se manifeste à nous. Il faut écarter la logique marchande de l’offre et de la demande dans la pastorale sacramentelle. Il faut apprendre à regarder, à écouter, à percevoir au-delà des demandes immédiates. Ces hommes, ces femmes, ces enfants nous sont donnés par Dieu. De la manière dont nous les accueillons et dont nous les écoutons dépend, dans une large mesure, leur ouverture à Dieu.

 

            2. La liturgie fait appel à notre sensibilité chrétienne

            C’est là qu’il nous faut être à la fois réalistes et exigeants.

                        - Réalistes, en acceptant que la communication de la foi passe par des signes sensibles, par des rencontres humaines, par des relais humains. Le don de Dieu ne tombe pas d’en haut. Il suit les chemins de nos dialogues : d’où l’importance de l’accueil, de l’écoute, de l’hospitalité.

 

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(*)  Ce texte est celui d’une conférence donnée à Saintes le 19 janvier 2008 pour la première session du cycle régional de formation des animateurs liturgiques (CYFFAL)

 

                        - Mais, en même temps, on ne peut pas réduire la Révélation chrétienne à l’appréhension humaine que nous pouvons en avoir. On ne peut pas confondre ou identifier nos pressentiments sur Dieu et la Vérité de Dieu telle qu’elle se révèle en Jésus Christ, dans sa mort et sa résurrection.

            Je m’explique, en pensant à des critiques souvent adressées à la liturgie catholique, notamment après le Concile Vatican II. Que de fois n’avons-nous pas entendu ces reproches lancinants : vous perdez le sens du sacré, vous perdez le sens du mystère ! Que veut-on dire par là ? Comment répondre à ces critiques ? En étant simplement fidèles au sacré chrétien, au mystère chrétien.

 

                        - Oui, il y a en tout être humain comme une aspiration au sacré, à ce qui nous dépasse et qui nous enveloppe. Mais le sacré chrétien, en dernière instance, ce ne sont pas des choses, c’est l’homme, c’est la personne humaine, créée et aimée par le Père, sauvée par le Fils, habitée par l’Esprit.

            Le sacré chrétien, c’est cette relation intime entre Dieu et l’homme, entre la Révélation de Dieu et nos attentes humaines. Ce n’est pas un sacré de séparation, mais de relation et de communion.

 

                        - De même, pour le mystère. Oui, il y a en tout être humain une capacité d’ouverture à l’Absolu, à l’Infini. Mais justement cet Absolu ne reste pas perdu dans son domaine lointain. Il s’ouvre à nous. Il fait acte d’Alliance à travers des paroles et des événements. Et cette Alliance a son sommet ou son cœur dans l’homme Jésus, le Fils du Dieu vivant qui prend tout sur Lui de notre condition humaine, et jusqu’à notre mort. Le mystère de la foi chrétienne culmine ou a son centre dans le mystère pascal du Fils de Dieu qui se donne sans conditions, à travers mort et résurrection.

            Et c’est dans le Corps de l’Église, dans sa liturgie et ses sacrements, que ce mystère d’Alliance nous est communiqué. De sorte que l’Église « fait » la liturgie, elle reçoit et célèbre le don de Dieu manifesté en Jésus Christ, et, en même temps, on peut dire que la liturgie fait l’Église, elle fait entrer l’Église, le peuple des baptisés, dans le mystère de Dieu et elle constitue ce peuple comme Corps et signe du Christ, « signe et moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Lumen gentium, 1).

 

            3. Vous avez la responsabilité d’initier au mystère de Dieu par la liturgie et les sacrements

                        - Comme « animateurs liturgiques », votre responsabilité primordiale ne consiste pas à « fabriquer » des célébrations liturgiques, mais à accompagner le peuple de Dieu en lui permettant d’entrer dans le mystère de Dieu à travers la prière, la liturgie et les sacrements de l’Église.

 

                        - Deux remarques explicatives au sujet de cette mission primordiale :

                                   . En négatif, vous savez bien que l’on s’épuise et que l’on s’ennuie si l’on doit sans cesse « fabriquer » des liturgies, comme on agence les pièces d’un puzzle. La liturgie ne se fabrique pas, elle se reçoit, parce qu’elle fait partie de la Tradition vivante de l’Église qui apprend sans cesse à accueillir le don de Dieu et à en rendre grâce.

                                   . Le plus beau de l’animation liturgique passe donc par notre propre participation au mystère de la liturgie, par notre façon personnelle d’être ouverts au don de Dieu, par la lecture, par les chants, par l’animation de l’assemblée, tout en étant intimement liés au peuple de Dieu qui prie et qui chante. On peut l’affirmer clairement : vous êtes situés non pas à part, mais au-dedans de l’assemblée pour vous éveiller avec elle au mystère de Dieu, pour guetter et pour reconnaître le passage du Seigneur.

            Pas d’animation liturgique sans cette éducation intérieure …

 

II - COMMENT ENTRER DANS LE MYSTÈRE DE DIEU PAR LA PRIÈRE ?

 

            La « Lettre aux catholiques de France » avait donné la priorité à la liturgie dans le travail d’évangélisation : l’Église propose la foi par la liturgie et les sacrements, et elle insistait sur la relation vitale entre vie sacramentelle et expérience spirituelle :

            « Valoriser la vie sacramentelle dans l’Église n’a de sens que si, corrélativement, on accorde toute sa place à l’expérience spirituelle. Car, en dehors de cette expérience, les démarches sacramentelles perdraient de leur profondeur. Il est donc important de relier sans cesse la pastorale sacramentelle à la proposition d’une vie animée par l’Esprit Saint, à la suite du Christ, une vie nourrie par la prière et par la lecture des Écritures. » (Lettre aux catholiques de France, Paris, 1996, p. 94).

 

            1. L’expérience spirituelle passe par la prière

            La prière passe par nous, elle est notre acte humain, mais elle nous dépasse. Il est très difficile de parler de sa prière, et encore plus de l’apprécier ou d’en apprécier les effets.

            Laissons la Bible et en particulier les psaumes relayer notre expérience humaine, en faisant apparaître comme un dialogue avec Celui que nous désirons, vers qui nous tendons. La prière est comme un désir plus ou moins insatisfait, un mouvement, un élan, une relation …

« Comme languit une biche

Après l’eau vive,

Ainsi languit mon âme

Vers Toi, mon Dieu.

Mon âme a soif de Dieu,

Du Dieu de vie ;

Quand irai-je voir

La face de Dieu ? »

(Ps. 41, 2-3).

            Nous pouvons au moins pratiquer la prière des psaumes. Ils mettent notre désir de prier à l’unisson de ce grand mouvement du désir de Dieu qui habite notre humanité et qui traverse la Bible.

            Comment revaloriser la prière des psaumes dans nos communautés ?

            Et pourquoi ne pas reconnaître que les monastères sont aussi comme un relais pour l’expérience spirituelle et l’éducation liturgique des baptisés, de tout ceux et celles qui cherchent « la face de Dieu » ?

 

            2. Nos communautés chrétiennes sont des lieux de prière

 

                        - À travers les célébrations liturgiques, d’abord : nous sommes rassemblés pour participer à la prière de l’Église. Et, sans pouvoir le dire, nous savons ceci : c’est l’Église célébrante et priante qui porte notre prière, notre joie de prier, ou notre difficulté à prier.

            Comme animateurs liturgiques, vous êtes chargés de susciter, de favoriser, de soutenir cette entrée dans la prière de l’Église, avec tout ce que cette entrée comporte de lourdeurs, de résistances, et aussi d’attentes ou de découvertes. Et c’est aussi le secret de Dieu pour chacun.

                        - Mais il me semble que nous devons faire valoir davantage comme un a priori, relativement facile à vérifier : il y a parmi nous des personnes qui prient, qui sont venues pour prier, et qui, peut-être n’ont pas d’autre mission dans l’Église que de prier.

            En particulier des pauvres, des malades des personnes âgées ou des enfants : la prière est comme un courant souterrain dans lequel plonge l’Église invisible. Je pense en disant cela à cette femme  de 77 ans à qui j’ai donné récemment le sacrement de confirmation : elle m’a raconté comment elle a soigné son mari paralysé pendant 12 ans et comment elle avait été soutenue par la prière. Et elle écrivait : « Je veux passer le reste de ma vie à prier pour ceux qui ne prient pas. Ils ne le sauront peut-être jamais. Mais ce sera comme une lueur dans la nuit. »

                        - Notre prière commune, souvent préparée et animée, est inséparable de ce courant invisible de prière qui est présent au milieu de nous. Et qui est attesté aussi par un autre signe : les cahiers qui sont au fond, ou à l’entrée de nos églises, et qui portent les traces de cette espèce de supplication continue qui traverse notre humanité. Cris de souffrance et de détresse, parfois de révoltes, questions, appels, élans de confiance et de joie aussi, remerciements pour les grâces reçues : nos églises témoignent de ce dialogue mystérieux, non évaluable, non calculé, qui fait partie du mystère de l’Église en route vers son Seigneur.

            Il me semble qu’au titre de l’animation liturgique, vous devez faire le lien entre la prière publique de l’Église et les prières cachées. Pour une simple raison : pour savoir et pour montrer, s’il le faut, que le mystère du dialogue vivant des hommes avec le Dieu vivant nous dépasse et s’inscrit parmi nous …

 

            3. Éduquer à la prière

                        - Éduquer à la prière en faisant effectivement place à la prière. Je pense à notre rencontre diocésaine de la pastorale liturgique, en octobre 2007. Sur la demande de l’une d’entre nous, nous avons voulu commencer par un temps substantiel de prière : ½ heure, selon le style de Taizé. Parole de Dieu, refrains liturgiques, silences prolongés et quelques intentions. Ce fut un temps étonnant de calme et d’attention. Notre rencontre ensuite a été marquée par cette entrée initiale dans le mystère de la prière. Nous comprenions que nous étions là pour écouter et pour témoigner. La prière nous avait ouverts au mystère de Dieu, à sa présence.

                        - Des jeunes et des adultes attendent d’être initiés à la prière. Il y a des méthodes diverses, il y a même des « écoles de prière », avec des indications pratiques concernant les postures, les moments, les phases à respecter. Et l’on ne peut pas ignorer que certains groupes spirituels proposent des techniques de prière, plus ou moins liées à la foi chrétienne.

           

            Je ne veux pas ici prendre parti. Sinon en soulignant deux points qui me semblent vitaux :

            - Il y a aujourd’hui une attente spirituelle diffuse dans notre société. Elle se perd parfois dans des voies plus ou moins bizarres ou ésotériques. Ce n’est pas le moment de renoncer à faire valoir les ressources de la vie chrétienne dans ce domaine : « Seigneur, apprends-nous à prier ! » Et on peut enseigner aussi les mots de la prière chrétienne, en particulier le Notre Père.

            - Ce qui se passe à Taizé me semble sinon un modèle, du moins un signe. Chacun se sent respecté pour soi-même, avec ses attentes personnelles, ses blessures, ses désirs. Et, en même temps, il y a la joie d’être rassemblés et tournés dans la même direction, vers une présence mystérieuse et bienveillante, qui est là et qui se manifeste à travers des signes (silences, chants, invocations).

            Il ne s’agit pas de copier Taizé, mais il me semble possible de nous demander au moins ceci : comment reconnaître que la vie spirituelle n’est pas un domaine réservé, mais qu’elle est proposable à tous et qu’elle passe par la prière de chacun et par la prière de l’Église ? Comment relier davantage nos liturgies à ce terrain primordial de la vie spirituelle du peuple de Dieu ?

 

III - COMMENT ENTRER DANS LE MYSTÈRE DE DIEU À TRAVERS SA PAROLE ?

 

            1. En reconnaissant la place centrale de la Parole de Dieu à l’intérieur du culte chrétien.

            C’était l’argument majeur que développait le théologien Joseph RATZINGER en 1966, au lendemain du Concile, en répondant à ceux qui estimaient que le renouveau liturgique dévalorisait le sens du mystère. Il insistait sur ce fait théologique et pastoral : les rites liturgiques ne doivent pas se substituer à la Parole de Dieu, telle qu’elle est présente dans la liturgie de l’Église.

            « Le culte chrétien est essentiellement annonce de la bonne nouvelle de Dieu à la communauté rassemblée, accueil de cette annonce par la communauté qui répond, parole de l’Église adressée en commun à Dieu … » (Exposé au Katholikentag de Bamberg, juillet 1966, Doc. Cathol. Hors série, 2005, n°1, p.6).

            Et il montrait ensuite qu’au cœur de la liturgie se trouve comme une structure « dialogique », un dialogue entre Dieu qui s’ouvre à nous, et l’Église qui écoute sa Parole, et qui reçoit cette Parole pour en vivre.

            De sorte que la liturgie doit susciter, favoriser, faire émerger ce « nous » du peuple des baptisés qui se constitue à partir de la Parole de Dieu écoutée, célébrée, reçue et vécue.

            Et il critiquait, dans la même réflexion, ceux qui reprochent à la liturgie de dévaloriser la prière individuelle au profit des affirmations communautaires en soulignant ceci : la communion avec Dieu fait partie de l’essence même de la liturgie, qui « nous introduit dans le « nous » des enfants de Dieu », à partir du « glaive tranchant » de la Parole de Dieu (Ibid, p.7).

            Et on sait que, dans la Tradition chrétienne des premiers siècles, les Pères de l’Église feront valoir ce qu’ils appellent « les deux tables de l’Eucharistie » : la table de la Parole et la table du pain rompu. Parole de vie et Pain de vie sont comme les deux pôles de l’acte eucharistique.

 

            2. En tant qu’animateurs liturgiques, vous avez la responsabilité de faire valoir la Parole de Dieu comme constitutive de la liturgie de l’Église, ou plutôt comme constitutive du peuple de Dieu à partir de sa Parole.

            D’où l’importance de la proclamation de la Parole de Dieu comme Parole de Dieu, et non pas comme parole humaine.

            D’où les exigences spirituelles liées à cette proclamation : il s’agit de se laisser dépasser par cette Parole, en apprenant à la recevoir tout en la lisant, à l’accueillir à l’intérieur de soi, tout en l’annonçant aux autres.

            C’est comme un double mouvement qui s’accomplit ainsi à travers l’acte de lecture et de proclamation : réception, intériorisation et annonce. Le lecteur ou  la lectrice sont appelés à recevoir et à donner, en faisant l’expérience de la Parole de Dieu en nous.

            Je pense à cette affirmation de Grégoire le Grand : « Eloquia divina crescunt cum legente. » Les Paroles de Dieu croissent, se développent avec celui qui les lit. Il y a donc comme une genèse, un développement en nous de la Parole de Dieu. D’une certaine manière, l’Incarnation de Dieu s’accomplit en nous : Dieu parle, Dieu inscrit en nous sa Parole de vie et nos vies deviennent porteuses de sa Parole.

            Il y a sans doute à veiller avec beaucoup de soin à ce ministère de proclamation de la Parole de Dieu, pour que ce ne soit pas une formalité, mais comme un acte d’engendrement.

 

            3. La Parole de Dieu prend place à l’intérieur de la pastorale sacramentelle.

            Nous comprenons de plus en plus que nos dialogues en vue de la proposition des sacrements doivent inclure la Parole de Dieu.

            La pastorale des sacrements est une pastorale non seulement de l’accueil, mais de la proposition de la foi. Et la foi passe par la connaissance, l’écoute et l’accueil de  la Parole.

            Et l’expérience montre que beaucoup de personnes sont capables de s’initier ainsi à la Parole de Dieu, d’entrer même dans une première découverte de Dieu à travers sa Parole.

            Cela vaut pour les parents qui demandent le baptême pour leurs enfants, pour les jeunes couples qui se préparent au sacrement chrétien du mariage, ou pour la célébration des funérailles.

            La Parole de Dieu peut alors être reçue comme une véritable initiation au mystère de Dieu et de sa présence. Comme pour ces futurs mariés qui vont découvrir la présence de Dieu « dans le murmure d’une brise légère » (1 Rois, 19,12) ou au milieu de la tempête, à travers un récit de l’Évangile de Marc. (Marc  4, 33-41)

            Ou comme pour cet homme jeune qui, pour les obsèques de sa mère, après un premier mouvement de refus, choisit le texte des Béatitudes.

            Sans parler des réactions spontanées de ceux et celles qui découvrent le sens profond du mariage chrétien à partir d’Éphésiens 5, 32 : « Ce mystère est grand, je le dis en pensant au Christ et à l’Église … »

            Comme animateurs liturgiques, je souhaite que vous puissiez contribuer à donner sa place vitale, « mystagogique », à la Parole de Dieu, dans le cadre de la pastorale sacramentelle. Nous sommes à cet égard dans un état de découverte.

 

IV - COMMENT ENTRER DANS LE MYSTÈRE DE DIEU À TRAVERS LES SACREMENTS ?

 

            1. Du baptême à l’Eucharistie

            Les sacrements célébrés par l’Église sont des signes et des dons de Dieu pour que nous entrions dans son mystère et pour que nous devenions le Corps du Christ, animé par l’Éprit.

            C’est là que la logique marchande doit être bannie, et que la logique sacramentelle doit être pleinement comprise et mise en œuvre. Cette logique sacramentelle comporte deux accents majeurs :

                        - Le signe sacramentel lui-même doit être manifesté, doit être visible. Il doit être visible que l’Église tient et vit à partir du don de Dieu. Le sacrement donne à voir ce qui vient de Dieu et qui passe par nous.

                        - Les personnes qui sont marquées de ce signe sacramentel deviennent elles-mêmes des signes de Dieu. Elles reçoivent ce signe pour le porter dans le monde.

            Et l’on peut donner de nombreuses illustrations de cette logique. En particulier pour le baptême, soit des petits enfants avec leurs parents, soit des enfants en âge scolaire, soit des adultes.

            Nous avons certainement besoin de découvrir davantage à quel point le baptême met l’Église en état de naissance ou de renaissance.

            Je pense au baptême de cette fille de 12 ans, au milieu d’autres enfants qui faisaient leur profession de foi. Cette enfant entraînait l’assemblée par la gravité avec laquelle elle répondait aux questions du dialogue précédant le sacrement. Et je regardais alors vers ses parents séparés, sa mère, d’un côté, son père de l’autre, et je voyais que l’acte et le signe du baptême devenaient pour cette femme et cet homme comme un signe de Dieu sur leurs chemins séparés …

                        - J’aurais beaucoup à dire sur le sacrement de confirmation. Je crois qu’il est encore trop méconnu. Mais j’atteste que des jeunes et des adultes s’y préparent et le reçoivent comme un véritable acte d’Alliance avec Dieu. C’est le don et la force de l’Esprit Consolateur qu’ils ont conscience de recevoir, sans avoir les mots pour le dire. Surtout s’ils portent en eux des blessures et des doutes. Consolateur au sens fort : Celui qui nous rend plus solides que tout ce qui pourrait nous démolir.

            Par rapport à ce sacrement, ma préoccupation est la suivante : comment faire pour qu’il soit davantage reconnu dans nos communautés chrétiennes comme une étape décisive dans le « devenir » chrétien, à la fois pour l’affermissement de la foi et pour la participation à l’Église, et spécialement à l’Eucharistie.

            Car l’Esprit Saint donne de comprendre le mystère du Corps du Christ que nous formons et qui a sa source dans le pain rompu …

                        - Pour ce qui est de l’Eucharistie, je crois que nous devrions comprendre davantage qu’elle est le « sacrement pour la route », pour les marcheurs ou les pèlerins que nous sommes.

            « Viatique » : nourriture pour la route, pas seulement pour l’ultime départ, mais pour la route ordinaire de nos vies plus ou moins itinérantes.

            L’Eucharistie comme halte, comme dans le récit d’Emmaüs : et la halte eucharistique est inséparable de ce qui la précède, le dialogue sur la route, et de ce qui la suit, les retrouvailles avec l’Église des apôtres et l’authentification de la rencontre (Cf. Luc 24, 13-35).

            Ce qui suppose une pastorale du cheminement chrétien, dont nous ne sommes pas assez familiers : nous ne sommes pas les éléments d’un bloc plus ou moins monolithique, mais les membres d’un Corps qui est lui-même en déplacement, en mouvement, en route …

            Comment appeler le peuple des baptisés à venir participer à l’Eucharistie comme on vient à une source ?

 

            2. Déployer la sacramentalité de l’Église.

            Si j’avais pour finir à mettre en relief les enjeux principaux de la pastorale sacramentelle, j’en soulignerais deux :

                        - À travers la prière, la liturgie et les sacrements, vous avez à comprendre vous-mêmes et à faire comprendre ce qui fait de l’Église non pas un bloc, et encore moins une machine ou un spectacle, mais un signe, le signe et le sacrement du Christ qui se déploie à travers nos existences humaines.

            Laissez passer le mystère de Dieu à travers les signes de la liturgie et des sacrements ! Éveillez des personnes à ce regard contemplatif qui donne à voir ce qui vient de Dieu et qui passe par nous ! Soyez au service de la sacramentalité essentielle et vivante du Corps du Christ !

                        - Et, en même temps, comprenez et montrez que cette sacramentalité chrétienne a une dimension sociale : la liturgie fait l’Église et elle fait de l’Église un signe inscrit dans notre société.

            Nos actes sacramentels ont des implications sociales, et c’est à nous de le comprendre. Accueillir des enfants pour la catéchèse et les préparer au baptême leur donne de ne pas être seuls, surtout s’ils souffrent de déchirures familiales.

            Préparer des jeunes couples au mariage leur donne de découvrir l’Église, parfois pour la première fois, et sous le signe de la confiance.

            Quant à la célébration des obsèques, elle est un geste d’amitié et d’espérance, dont nous ne pouvons pas mesurer les effets. Mais c’est cela aussi le mystère de l’Église : nous donnons, nous semons, et nous laissons à l’Esprit Saint la liberté de faire fructifier ce que nous avons semé !                                                    

                                                                                                             Claude DAGENS

                                                                                                          évêque d’Angoulême

                                                                                                     à Saintes, le 19 janvier 2008

 

 

           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

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