Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA GLOIRE DE DIEU C'EST L'HOMME VIVANT

9 Avril 2008 , Rédigé par mgrclaudedagens.over-blog.com Publié dans #Méditations - récollections

 
 
Catéchèse lors du pèlerinage des jeunes à Lourdes. Dimanche 6 avril 2008
 
 
 
I – LAISSEZ PARLER LES SIGNES !
 
                        J’ai une première recommandation à vous faire : à Lourdes, durant ce pèlerinage, laissez parler les signes ! Laissez les signes de Dieu devenir parlants ! Et en particulier, deux signes particuliers, privilégiés !
 
            1 – Les signes de Lourdes, sur les traces de Bernadette
                        Premier signe, le plus visible, le plus fréquenté, le plus connu : la grotte de Massabielle. Là, en 1858, il y a 150 ans, un signe a été donné à une petite fille de 14 ans, Bernadette Soubirous : la Vierge Marie, Marie de Nazareth, est venue à elle, lui est apparue et lui a parlé.
            Et elle a donné ici, dans la grotte, un signe extraordinairement parlant : la source, l’eau qui jaillit peu à peu au milieu de la boue et des détritus. Et Bernadette s’est lavée à cette source, qui était là, mais qui restait enfouie.
            Aller à la grotte, c’est reconnaître qu’il y a dans notre terre, dans notre humanité, dans nos cœurs, des sources cachées, de vie, de confiance, de beauté, d’espérance.
            Je pense à Anita, si blessée par la vie et les violences de la vie : et elle a compris qu’il ne faut pas éviter ces réalités, qu’il faut les regarder en face et laisser Dieu passer par ces épreuves et nous appendre à vivre de sa vie : confiance, pardon.
            - Mais n’oubliez pas : il y a à Lourdes un autre lieu de source, beaucoup moins connu, mais revalorisé cette année : l’église paroissiale, là où Bernadette a été baptisée, peu après sa naissance. Elle a été marquée pour toujours du signe de l’Amour de Dieu, au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, et elle en vivait, avant de voir la Vierge Marie lui apparaître.
 
            2 – Le signe de votre pèlerinage : la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant !
                        C’est un très beau signe, vivant, dynamique ou plutôt porteur, révélateur d’un dynamisme intérieur, avec une double évocation :
            - en bas, les formes arrondies ou sphériques, avec les mains qui se tiennent, qui s’emboîtent, en signe d’entente, de fraternité, d’amour, et aussi la dimension de profondeur ou d’intériorité : la mer, ou le ventre maternel, ou la graine enfouie dans la terre et qui germe…
            - et l’autre mouvement, l’élan vers le haut, avec la sortie de la sphère, et les bras ouverts largement, et la silhouette qui peut être celle de l’enfant à sa naissance, ou de Jésus crucifié, les bras ouverts, ou du Christ ressuscité qui sort du tombeau.
           
 
            En tout cas, il y a là toute une évocation du mystère de la vie : pas seulement un problème de biologie, avec des manipulations possibles sur l’embryon, mais une réalité spirituelle : l’homme vivant, l’être humain est appelé à vivre, et à laisser Dieu vivre en lui, dans une sorte d’Alliance qui est le cœur même de l’existence chrétienne.
 
 
II – MAIS QUI EST DIEU POUR NOUS ? LE SÉPARÉ OU LE RELIÉ ?
 
                        J’ai fait jusqu’ici comme si la relation entre Dieu et l’homme était évidente. Ce n’est pas vrai. Et il faut nous arrêter là, à cette question : qui est Dieu pour nous ?
            « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ! » est une affirmation qui vient d’un grand penseur chrétien du IIème siècle, Irénée, devenu évêque de Lyon à une époque où se produisaient à la fois l’expansion du christianisme, l’accentuation des persécutions anti-chrétiennes et le développement des hérésies.
            Et la plus grande des hérésies de cette époque, c’est ce que l’on appelle la gnose, en grec la connaissance qui donne le salut : pour être sauvé, il faut entrer dans les secrets de Dieu, dans les mystères qui sont révélés à quelques initiés, comme dans une secte.
            Or, quelle est l’idée qu’inspire ces sectes inspirées par la pensée gnostique?
            C’est l’idée d’une séparation radicale, et même d’une opposition radicale entre Dieu et le monde, Dieu et l’humanité.
            - Dieu est Dieu, le Maître tout-puissant qui reste dans son ciel. Il rayonne de puissance, mais il est séparé. Il règne sur le Royaume de la Lumière, alors que le monde et les hommes sont dans les ténèbres.
            - Le monde d’en bas, la terre, est sous la domination du mal. Les esprits mauvais sont les maîtres du monde. Et la révélation gnostique enseigne les moyens d’échapper à ce monde mauvais en captant les particules de lumière qui permettront de s’élever peu à peu vers le monde d’en haut, le monde où Dieu règne en souverain.
            C’est là que la pensée d’Irénée a été libératrice. Il refuse cette vision de Dieu et du monde en termes de séparation et d’opposition. Ce qui est premier dans la révélation biblique, depuis le récit de la Genèse jusqu’au livre de l’Apocalypse, c’est tout le contraire :
            - Dieu s’ouvre aux hommes. Il leur parle. Il fait Alliance avec eux. Il s’engage avec eux. Il les appelle à vivre de sa vie.
            - Et le sommet ou le cœur de cette Alliance, c’est le mystère du Christ : Dieu s’est fait homme en Jésus Christ. Il nous donne son Fils, qui a pris chair de notre chair et qui a tout pris sur lui de notre condition humaine, y compris le mal, la violence et la mort.
            - La Révélation chrétienne, c’est la promesse faite aux hommes de partager la gloire de Dieu. Et en écrivant : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant », Irénée n’oubliait pas qu’il était disciple d’un vieil évêque de Smyrne, en Asie mineure, Polycarpe, qui lui-même avait connu l’apôtre Jean, qui lui-même avait été un des premiers compagnons et témoins de Jésus, le Fils, le Verbe incarné, avec sa grande révélation :
            - « Le Verbe s’est fait chair, et il a « campé » parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient du Père, comme Fils unique, unique engendré, plein de grâce et de vérité ». (Jean 1, 14).
             - Et le début de sa première lettre :
            «  Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie, car la vie s’est manifestée : nous l’avons vue, nous en rendons témoignage, et nous vous annonçons cette vie éternelle qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue ». (Jean 1, 1-2).
 
 
III – LA GLOIRE DE DIEU DANS L’HUMANITÉ DE JÉSUS CHRIST
 
            Le terme de gloire suggère un rayonnement de lumière, une lumière qui se manifeste au dehors, mais qui a une source intérieure. La lumière visible de Dieu passe par la personne, par le corps de Jésus, le Fils, et, en même temps, cette lumière, ce rayonnement, est inséparable de sa source qui est l’amour du Père.
            Voilà le cœur de la gloire de Dieu en Jésus Christ : le cœur de la gloire, c’est l’Amour unique, intense, indestructible, qui existe entre le Père et le Fils. Et la lumière rayonne quand l’Amour se manifeste et il se manifeste à travers des paroles et des dialogues. Spécialement à trois moments : le baptême de Jésus, la Transfiguration et la Résurrection.
 
- Le baptême de Jésus (Marc 1, 9-11).
            Jésus a une trentaine d’années. Il est venu de Nazareth, en Galilée, au bord du Jourdain, là où Jean, son cousin, donne un baptême de conversion. Il se plonge dans l’eau et à ce moment, les cieux s’ouvrent et on perçoit une voix, une parole : « Tu es mon Fils bien aimé, tu as toute ma faveur, tout mon amour. » (Marc 1, 11).
            Notez bien le mouvement : descente dans l’eau et remontée vers le haut, sortie de l’eau, comme sur le signe du pèlerinage. C’est déjà comme un début de résurrection.
            Et puis, l’ouverture des cieux : le monde de Dieu s’ouvre à l’homme Jésus pour le désigner comme le Fils. La lumière et la gloire sont là, non pas dans un éclair éblouissant, mais dans une parole d’amour. C’est l’Amour du Père qui rayonne dans l’humanité du Fils, et l’Esprit descend sur le Fils, comme une colombe.
 
- La transfiguration (Marc 9, 2-10).
            Nous sommes sur la montagne et Jésus a pris avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il va être « transfiguré » devant eux, rayonnant d’une lumière qui l’enveloppe et qui le pénètre entièrement, dans ses vêtements et dans son corps.
            Mais, là encore, le rayonnement de lumière s’accompagne d’un dialogue, d’une parole révélatrice. Il y a à entendre autant qu’à voir : « Celui-ci est mon Fils, mon bien aimé. Écoutez-le ». (Marc 9, 7).
            Et aussitôt après, Jésus leur demande de ne pas raconter ce qu’ils ont vu, «  avant la résurrection des morts ». (Marc 9, 7). Comme s’il craignait un malentendu, ou une illusion. La lumière de gloire, qui annonce la Résurrection, est inséparable de l’épreuve de la Passion, des souffrances et de la mort sur la Croix.
            La gloire de Dieu se révèle à travers l’humanité blessée de Jésus.
 
- La Résurrection (Luc 24, 13-33).
            L’apparition de Jésus aux disciples d’Emmaüs est extrêmement parlante. Il est près d’eux, il marche avec eux sur la route et ils ne le reconnaissent pas. Leurs yeux et leurs cœurs sont comme fermés à sa lumière, et sa lumière n’est pas du tout éblouissante.          
            Et à quels signes vont-ils le reconnaître ? À deux signes :
                        - Le signe du pain rompu, le signe de l’Eucharistie, de la vie donnée, le signe par lequel Jésus se livre avec son corps et devient notre nourriture.
                        - Le signe de sa parole qui leur a « ouvert », expliqué les Écritures. Il leur a fait comprendre ceci, qui n’est pas du tout évident : Dieu n’est pas une force supérieure, comme dans des bandes dessinées, où l’on voit des êtres surnaturels qui dominent les événements et disposent de pouvoirs extraordinaires. La lumière vient au cœur des disciples d’Emmaüs quand ils se souviennent et comprennent : Dieu n’est pas le vainqueur suprême. Dieu se donne, et la Croix du Christ est le signe de ce don total qui va jusqu’au pardon. Ceci n’est pas un spectacle éblouissant, c’est une lumière intérieure. « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! » (Luc 23, 34).
 
                        Voilà le mystère chrétien dans ce qu’il a de plus profond :
            - La vie de Dieu jaillit de la mort du Christ. Le chemin qu’il ouvre ne va pas de la vie à la mort, mais de la mort à la vie, à travers le signe de la Croix. C’est la parole de l’un de vous : « C’est la Croix qui s’enracine dans le germe de vie et d’amour. » Et c’est la vie qui jaillit de la Croix.
            Et si lumière il y a, la lumière passe par la Croix. La gloire passe par la Croix. La victoire de l’Amour de Dieu, ce n’est pas un spectacle, c’est un acte de don et de pardon.
            Et voilà la vie chrétienne : nous sommes appelés à vivre de la vie du Christ, et, comme dit si fortement l’apôtre Paul, à mourir avec Lui pour ressusciter avec Lui. C’est une nouvelle naissance qui nous est proposée : nous sommes faits pour « entrer dans le mystère du Christ », pour participer à la vie du Christ, pour devenir le Corps du Christ
 
 
IV – LA VIE CHRÉTIENNE : ENTRER DANS LE MYSTÈRE DE DIEU
 
                        Comment vivre de la vie de Dieu, comment être habités par la lumière du Christ ?
 
- REGARDEZ ET ÉCOUTEZ !
            On peut regarder sans voir. À nous d’ouvrir les yeux pour voir les signes de Dieu :
            - la beauté du monde, le ciel, la terre, les montagnes, la lumière qui germe ou qui s’éteint peu à peu. Douceur de la lumière…
            - les visages des autres et à travers les visages, les cœurs : visages des gens que nous aimons. Ne dites rien ! Regardez, contemplez, tentez de comprendre au-delà des apparences belles ou laides ! Et surtout, évitez les étiquettes : petit ou grand, gros ou maigre, riche ou pauvre…
            Et si jamais la lumière de Dieu venait à nous à travers les autres ? Cela s’appelle l’amitié ou l’amour ! Ce n’est pas un acte de possession, c’est un acte de confiance, et de don. Pas besoin de se protéger !
 
- PRIEZ !
            Et acceptez que la prière soit modeste, ordinaire, simple.
- « Me voici, Seigneur ! Sois avec moi ! Sois avec des personnes qui ne croient pas en toi, mais qui savent aimer et se donner ! »
            Faire silence devant des signes parlants de la présence de Dieu : la grotte, le cierge pascal, l’Eucharistie et aussi des icônes, des images belles et lumineuses, qui laissent rayonner la gloire de Dieu, à travers l’humanité de Jésus, ou à travers les figures des saints et des saintes.
 
- VIVEZ DES SACREMENTS DE L’ÉGLISE !
            Les sacrements : des actes et des signes du Christ qui inscrivent en nous son Alliance, du baptême à l’Eucharistie.
            Et chaque sacrement est comme un prolongement particulier du mystère pascal : mort et résurrection, descente et relèvement, enfouissement et jaillissement.
            . Le baptême : mort au péché, vie pour Dieu, entrée dans le Corps du Christ.
            . Le sacrement de pardon : comme un renouveau de baptême – mort et résurrection. Qu’est-ce qui vous fait mal ? Qu’est-ce qui vous empêche de vivre vraiment, de déployer ce que vous portez en vous ? La peur, le manque de confiance, la jalousie, la haine, la désespérance ?
            -Approchez du prêtre avec confiance. Il est le signe vivant de la confiance du Christ : « Tu es un enfant de Dieu ! Ne doute pas de toi-même ! Ne te referme pas sur toi-même, sur tes doutes, sur tes rancunes, sur tes violences ! Ouvre-toi à la miséricorde de Dieu ! »
            Et c’est comme une nouvelle naissance, comme un nouveau commencement, et la joie de se savoir aimé de Dieu donne ou rend le désir d’en témoigner !
 

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