Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA FORCE DE LA FOI AU MILIEU DES VIOLENCES DU MONDE. Messe à la cathédrale, le 8 mai 2012

14 Mai 2012 Publié dans #Homélies

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          Cette fête nationale nous oblige à accomplir un acte d’espérance, tout en réveillant notre mémoire. Car nous nous souvenons de cette Seconde Guerre mondiale, qui a meurtri l’Europe et le monde entier, mais nous reconnaissons que la mémoire du mal, même si elle est profonde, n’empêche pas les réconciliations et la paix. Aujourd’hui, l’Europe est en paix, et pas seulement l’Europe occidentale, mais l’Europe tout entière, et elle le demeurera, surtout si les nations qui la constituent consentent non pas à gommer leur identité, et pas davantage à s’en prévaloir, mais à mettre en commun leurs projets, ou plutôt à développer le projet commun d’une union européenne, d’une réelle communauté de nations. Ceci n’est pas un programme politique. C’est une nécessité et le développement de l’unité européenne inclut l’accueil des hommes et des femmes qui viennent d’ailleurs, et notamment d’Afrique et d’Asie. Cette ouverture à l’universel fait partie de la tradition européenne et tout autant, et de façon encore plus radicale, de la tradition catholique.

            Comme le disent fortement les paroles de l’apôtre Paul aux Éphésiens et aussi l’Évangile de Luc, que j’ai choisis pour cette célébration. À travers ces paroles, nous comprenons que le réalisme n’exclut pas l’espérance, par le dépassement des frontières.

            Car Jésus appartient au peuple juif et il sait que la terre d’Israël est occupée par des païens. Et ce centurion qui s’adresse à lui est un païen : il est lié à la puissance romaine, à ce système où la religion et la politique sont étroitement reliées, puisqu’un citoyen romain, un sujet de l’Empire doit à tout à la fois adorer les dieux païens, Jupiter ou Vénus, et vénérer l’empereur, parce qu’il a un caractère divin.

            L’étonnant pour Jésus, c’est que ce païen est profondément ouvert à Dieu : non seulement il respecte les traditions juives, mais il a compris que le Dieu vivant qui a parlé à Abraham et à Moïse est capable d’agir pour les hommes qui se tournent vers lui, de les sauver et de les guérir. Et c’est sa foi qui le pousse à s’adresser à Jésus : « Dis seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. »

            Et le serviteur sera guéri, à partir de cette profession humaine de foi en Jésus, et Jésus le premier sera en admiration devant cet appel de détresse qui est déjà une victoire sur le mal.

            Mais le miracle, surtout dans cet Évangile de Luc où la conversion des païens apparaît comme un des signes majeurs de la nouveauté chrétienne, le miracle, c’est que la frontière qui séparait les juifs des païens est abolie. Ou plutôt cette frontière demeure et demeurera, mais elle n’empêche pas l’action du Dieu vivant d’agir partout où elle est attendue et reçue.

            Et c’est une nouvelle construction humaine qui surgit dans un monde toujours politiquement complexe : « Le Christ est notre paix… En sa personne, il a tué la haine… » Et il est devenu le fondement d’une citoyenneté nouvelle, présente en toutes les cités du monde, une citoyenneté où il n’y a plus d’étrangers et d’immigrés, mais des citoyens du peuple saint, des membres de la famille de Dieu.

            Il est évident que cette nouveauté bouleverse de l’intérieur l’ordre du monde, surtout quand cet ordre tolère les pires séparations et les pires rejets. Et tout ceci n’est pas un rêve. C’est une force réelle, la force résolue et sereine que suscite en nous le mystère du Christ, quand il vient nous associer à son action de réconciliation et de salut.

            À partir du mystère du Christ, l’Église ne cherche pas à imposer un programme. Elle témoigne de l’espérance de Dieu qui, lui, ne se résigne jamais à nos actes destructeurs, et qui, inlassablement, reconstruit ce qui est brisé, relève qui est en ruine, et fait renaître et revivre ce qui semblait enfermé dans la mort. Cela ne vaut pas seulement pour les personnes. Cela vaut pour les nations, pour les peuples, pour qu’en ce monde si fragile et si dur ne cesse pas de se lever et de s’affirmer le peuple des enfants de Dieu.

 

X Claude DAGENS

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