Le blog de Mgr Claude DAGENS

L'IMPUISSANCE DE PILATE ET LA SAGESSE DE SALOMON. Messe du Saint Esprit pour la rentrée judiciaire d'Angoulême, à l'église Saint-André, le vendredi 21 janvier 2011

25 Janvier 2011 Publié dans #Homélies

            La Parole de Dieu est étonnante. Étonnante de réalisme et de réalisme à la fois politique et religieux.

            Cela est vrai du jeune roi Salomon qui vient de succéder à son père David et qui se prépare à exercer sa charge en recevant de Dieu un don extrêmement précieux : la sagesse et le discernement.

            Mais ce réalisme politique et religieux est encore plus manifeste dans le récit que nous venons d’entendre du procès de Jésus et de sa confrontation au procurateur romain Pilate, dans l’Évangile de Jean.

            Ce récit et ce dialogue sont saisissants. Bien sûr, on sait le caractère dramatique de cette confrontation. Jésus a été dénoncé, arrêté, conduit devant les autorités juives de Jérusalem. Et le voilà maintenant dans la résidence de l’homme qui représente en Judée l’autorité romaine, Pilate.

            Les artistes ont souvent représenté ces moments réellement dramatiques : Jésus est là, sans défense d’aucune sorte, trahi par l’un de ses compagnons et abandonné par presque tous les autres. Il est seul et ses ennemis ont beau jeu de triompher de lui, en le traitant comme un objet de dérision, en lui mettant sur la tête une couronne d’épines et en le revêtant d’un manteau de pourpre.

            Pauvre roi des Juifs, qui n’a rien pour résister à cet engrenage terrible qui va le broyer ! Depuis longtemps, il sait ce qui l’attend : il est traqué et il va vers sa mort, et il assume cette situation avec une dignité et une force étonnantes. Il est le Fils du Dieu vivant et il s’affirme en se donnant.

            Mais, dans ce récit de Jésus, le plus impressionnant, ce n’est sans doute pas Jésus. C’est Pilate, ce haut fonctionnaire très conscient de ses responsabilités, peut-être jusqu’à l’angoisse.

            Cet homme est comme prisonnier, alors qu’il détient sur Jésus un pouvoir de vie et de mort. À l’extérieur du palais, les autorités de Jérusalem s’impatientent et la foule gronde et réclame la mise à mort de Jésus, ce bouc émissaire.

            Face à ce déchaînement, Pilate essaie de négocier et d’éviter le pire. Il interroge encore Jésus, il ne trouve en lui aucun motif de condamnation, et il le dit. Et peut-être a-t-il espéré qu’en montrant ce pauvre homme ligoté et flagellé, il allait pouvoir apaiser la foule excitée.

            « Voici l’homme » : cet homme, que vous considérez comme un danger politique, le « roi des Juifs », est un pauvre homme qu’il faut renvoyer chez lui et oublier.

            Et ce moment-là est extraordinairement révélateur : voilà ce que devient l’homme quand il est traité comme un objet et voilà ce que deviennent des hommes aveuglés par leurs préjugés, leurs passions, leur rêve de faire un exemple.

            Il ne s’agit pas d’atténuer la responsabilité de Pilate, mais il faut bien reconnaître que la Révélation chrétienne n’ignore rien de ce qu’il y a de plus complexe dans l’exercice de la justice humaine.

            Tout se mêle dans ces heures dramatiques de jugement et de condamnation : le poids de l’opinion publique, l’influence des pouvoirs politiques et religieux, et l’impuissance à dénouer ce qui est devenu inextricable.

            Mais cette complexité évidente n’empêche pas de reconnaître que l’exercice de la justice fait aussi appel au travail de la conscience chez ceux et celles qui ont à juger, et la conscience humaine, ce n’est pas un oracle, ni même un sanctuaire, c’est cette capacité intérieure de comprendre, de discerner et de décider, souvent au-delà des apparences.

            Et toutes les législations du monde ne peuvent pas empêcher ce travail essentiel de la conscience, surtout quand il s’agit de la vie, de la dignité, de la liberté des autres, et aussi de soi-même.

            Et c’est pourquoi nous sommes rassemblés ce matin et j’ai choisi aussi le récit du songe de Salomon, dans le premier livre des Rois. Cet homme jeune appelé à une grande responsabilité va entrer en dialogue avec Dieu et il lui adresse une demande décisive :

            « Maintenant, Seigneur mon Dieu, il te faudra donner à ton serviteur un cœur qui ait de l’entendement pour gouverner ton peuple, pour discerner le bien du mal. »

            Car aucune décision humaine n’est écrite à l’avance. Toute décision, et en particulier les décisions de la justice humaine, font appel à cet art de peser, d’évaluer, de trancher, de décider ce qui est juste.

            Seigneur, c’est ce don que nous sollicitons de toi les uns pour les autres, avec la certitude que tu peux nous l’accorder, si nous sommes prêts à l’accueillir !

 

 

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