Le blog de Mgr Claude DAGENS

L'ÉGLISE CATHOLIQUE EST AU SERVICE DES COUPLES À PARTIR DU MYSTÈRE PASCAL. Session de la pastorale familiale sur le thème : "La vie des couples est une histoire", le 5 mai 2012

11 Mai 2012 Publié dans #Interventions diverses

1 – DEUX CONVICTIONS FONDAMENTALES

 

            - Première conviction, qui est radicalement théologale : la Révélation de Dieu en Jésus Christ n’est pas un bloc, ni un système. Elle a sa source dans le cœur de Dieu et dans le mystère pascal : ce qui nous inspire, c’est la Passion et la Pâque du Christ, dans laquelle sont intimement liées la mort et la résurrection, l’abaissement et le relèvement.

            Et comme chrétiens, nous sommes appelés à pratiquer une lecture pascale de nos existences : il n’y a pas seulement le bien et le mal, ce qui est permis et ce qui est défendu, il y a les réalités de mort et l’accueil de la résurrection. Il y a les temps d’échec et les temps de résurrection. C’est l’Amour de Dieu s’ouvrant à nous qui inspire cette lecture pascale.

            - Seconde conviction : c’est le mystère pascal qui nous appelle à pratiquer une initiation chrétienne avec les couples qui se préparent au mariage et avec les personnes divorcées. Il n’y a pas d’un côté les privilégiés de l’amour humain, et de l’autre les perdants de l’amour. Il y a des hommes et des femmes pétris de la même humanité, fragile et en attente de Dieu.

            Et c’est cela qui fait l’originalité de la pédagogie chrétienne : il ne s’agit pas d’initier à la vie de couple ou de donner des conseils pratiques pour « refaire sa vie ». Il s’agit de laisser le mystère pascal s’inscrire dans nos existences, de corps et d’âme, car tout se tient.

 

 

2 – PRATIQUER LE RÉALISME DU CHRIST SAUVEUR

 

            L’Évangile qui nous est proposé (Jean 8, 1-11) n’est pas une leçon de morale, avec un face à face entre une femme coupable et des hommes innocents. Au contraire : il y a avant tout la Révélation du Christ comme source du salut. Et le salut passe par la vérité, et la vérité vaut et pour la femme « surprise en train de commettre l’adultère » et pour ces hommes prêts à la condamner et à la lapider.

            Et nous sommes appelés à nous mettre du côté de Jésus qui va sauver cette femme menacée, en révélant la situation où elle est enfermée. Et c’est une situation très complexe, mais qui dit beaucoup sur les réalités profondes de nos existences.

 

            1. D’abord il y a des absents dans ce récit : les absents, ce sont des hommes, le mari de cette femme et son amant. Et c’est banal : cette femme est perdue, séparée, isolée, et coupable de cette séparation.

            Ce qui va la sauver, c’est une présence réelle et bienveillante : celle de Jésus, qui ne l’innocente pas, mais qui la voit et la comprend tout entière.

            Cela vaut pour notre travail d’accueil et d’initiation : il faut que les personnes qui se présentent à nous soient accueillies pour elles-mêmes, non pas comme des clients de l’Église, mais comme des personnes humaines pour lesquelles nous désirons le salut de Dieu. Et le salut commence par la reconnaissance de nos réalités et de nos fragilités, sans oublier les « absences » dont nous pouvons souffrir.

 

            2. Ensuite, il y a la grâce de la rencontre : ce n’est pas l’application d’un programme, avec des étapes déjà prévues. Il faut faire place à l’imprévu, avec la découverte progressive de celui ou de celle que l’on aime. Et il serait idiot de penser et de dire : « Il ou elle me ressemble. Nous avons les mêmes valeurs ou les mêmes expériences. Nous allons nous entendre facilement. »

            Alors que le mariage inclut la rencontre inattendue d’un homme et d’une femme qui se découvrent, qui s’aiment et qui sont « pris », non pas dans une fusion inhumaine, mais dans une relation heureuse, libératrice, ouverte à l’avenir.

            Et la préparation au mariage se situe sur ce terrain de la relation amoureuse, qui passe par une histoire et Dieu lui-même, même s’il n’est pas explicitement nommé, est perçu à travers cette histoire, surtout pour celui ou celle qui est étranger à la foi chrétienne. Alors lisez avec les futurs mariés des récits de révélation de Dieu : Élie à l’Horeb, les apôtres dans la tempête, Marie-Madeleine au tombeau. « Dieu est là, et je ne le savais pas. » Et nous le découvrons nous-mêmes avec celui ou celle qui perçoit sa présence ou avec celui ou celle qui désespère de lui, après le choc d’un divorce.

 

            3. À travers cette rencontre, peut se produire la libération du cœur : il n’y a plus, comme dans tant de relations humaines, un rapport de forces, plus ou moins sensible, entre dominant et dominé, entre celui ou celle qui a pris en mains le gouvernement de l’autre, et celui ou celle qui subit ce gouvernement.

            Il me semble même que l’amour véritable se déploie vraiment lorsque ces relations plus ou moins conscientes sont dépassées. Quand une femme comprend qu’elle « étouffait » son mari en décidant de tout pour lui, ou quand un homme est déstabilisé, en constatant que la femme qu’il croyait posséder lui échappe… Des conversions véritables ne peuvent-elles pas sortir de ces déséquilibres lorsqu’ils sont reconnus ?

            Un dernier mot sur l’attitude physique de Jésus : au début, il est assis et on amène la femme devant lui, et il va s’abaisser pour écrire sur le sol. Puis le récit nous dit qu’il se relève et que la femme elle aussi est comme relevée et debout devant lui. Abaissement et relèvement, échec et délivrance. Le mystère pascal est là comme en germe. La puissance de résurrection a agi. À nous de comprendre que toute relation amoureuse passe aussi par ce même mystère du salut.

 

            X Claude DAGENS

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