Le blog de Mgr Claude DAGENS

L'AMOUR DE DIEU NE RESTE PAS DANS LES NUAGES. Homélie lors de l'Eucharistie à la cathédrale, pour la journée mondiale des migrants, le 13 janvier 2013

14 Janvier 2013 Publié dans #Homélies

Past. des migrants

 

               « Par le bain du baptême, Dieu nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint. Cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous avec abondance, par Jésus Christ notre Sauveur. »

            Et le premier moment de ce don, de cette effusion de l’Esprit, c’est le baptême de Jésus lui-même. C’est l’événement que nous célébrons aujourd’hui. Car nous sommes encore dans le sillage de Noël et pourtant la liturgie nous transporte au bord du Jourdain, là où Jésus, venant de Nazareth, vient de recevoir le baptême de Jean. Et alors, au-dessus de lui, raconte l’Évangile de Luc, les cieux s’ouvrent, l’Esprit descend, comme une colombe, pour révéler Jésus, par une Parole unique : « C’est toi mon Fils bien-aimé : en toi j’ai mis tout mon amour. »

            L’Amour de Dieu ne reste donc pas dans les nuages. Il s’ouvre à nous. Il vient à nous, à travers l’humanité de Jésus, le Fils bien-aimé, qui s’unit à nous pour que soit enlevé le péché du monde, tout ce qui nous détourne de Dieu.

            Et le baptême donné et reçu au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit vient actualiser en chacun de nous, quel que soit notre âge, cet acte de renaissance. Car nous renaissons de Dieu, avec notre chair et notre sang hérités de nos parents. Nous devenons fils dans le Fils, enfants réels du Père des cieux, qui nous appelle à former en ce monde le peuple vivant des baptisés.

            J’étais à Rome il y a deux semaines, avec le grand rassemblement organisé par la communauté de Taizé. Le samedi soir, il y avait près de 40 000 jeunes devant la basilique Saint-Pierre, sous le ciel. Et nous avons prié, et fait silence, avec les frères de Taizé et avec le pape Benoît XVI, et le frère Aloïs, le prieur de Taizé, nous a dit que ce qui nous réunissait, c’était notre commun baptême au nom du Christ Sauveur, et il y avait là des jeunes de toute l’Europe, de l’Italie à la Pologne, à l’Ukraine et à la Hongrie.

            Baptême de JésusNotre commun baptême, c’est le signe en nous, dans notre chair mortelle, du don de Dieu pour la vie éternelle, à l’intérieur du Corps du Christ. Et c’est aussi cela qui justifie notre célébration de ce matin en notre cathédrale rénovée et toute blanche : nous sommes le peuple des baptisés, avec notre diversité si évidente, qui se voit à la couleur de notre peau, plus ou moins blanche ou noire, plus ou moins basanée et tannée par le soleil d’Afrique qui est le même que celui qui brille aussi chez nous.

            Notre fraternité est chrétienne. Si elle n’était fondée que sur nos sentiments, elle serait très fragile et parfois impossible, car nous sommes capables de nous mépriser et de nous rejeter les uns les autres. Mais la source de notre fraternité nous dépasse. Elle est un don de Dieu. Elle passe par le Christ Jésus, parce que Lui est devenu réellement, charnellement, notre frère en humanité. C’est lui qui nous demande de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés.

            Et c’est une joie de recevoir ce don de Dieu qui nous constitue membres d’une même famille qui n’obéit plus aux lois très humaines de nos tribus, de nos nations et même de nos familles naturelles.

            Quelque chose se passe lorsque nous regardons ensemble vers le Christ Sauveur, que nous écoutons sa parole et que nous y répondons : oui, « il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes (quel miracle !) et de nous purifier afin de faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien. »

            Vous, les migrants, vous qui avez dû quitter votre pays pour des raisons graves, vous savez bien que les lois humaines sont parfois inhumaines et qu’il faut autre chose pour faire l’expérience réelle de la fraternité, pour être accueilli, respecté, défendu dans tout ce qui fait notre dignité d’enfants de Dieu !

            Vive cette fraternité chrétienne qui a sa source en Jésus Christ, dans sa Parole vive et dans son Corps livré ! Vive ce Corps du Christ que nous formons, pas seulement pour être bien ensemble, mais pour témoigner en ce monde si rude que la fraternité est possible, mais qu’elle est exigeante : elle exige le combat de la foi, le travail par lequel nous apprenons à nous désarmer pour recevoir de Dieu la force de nous reconnaître, de nous pardonner, s’il le faut, et de lutter contre tout ce qui empêcherait cette reconnaissance et ce pardon.

            À partir du baptême de Jésus, commence une nouvelle histoire du salut ! Heureux sommes-nous de participer à cette histoire qui passe par nous, peuple de baptisés !

 

+ Claude DAGENS

évêque d’Angoulême

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