Le blog de Mgr Claude DAGENS

L'AFFECTION, LA MÉMOIRE DE LA FOI ET LE COMBAT APOSTOLIQUE. Homélie lors du 50e anniversaire du concile Vatican et du 25e de l'ordination épiscopale de Mgr Dagens. 25 novembre 2012

26 Novembre 2012 Publié dans #Homélies

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           Ce dialogue étonnamment révélateur entre Jésus et Pilate, c’est l’Évangile normal de cette fête du Christ Roi. Quant aux paroles que Paul adresse à Timothée, son disciple très aimé, je les avais choisies pour mon ordination d’évêque. Vingt-cinq ans après, avec vous, à Angoulême, je les reçois avec la même jubilation intérieure, où se mêlent l’affection, la longue mémoire de la foi en nous et l’appel à mener le combat apostolique, avec les épreuves de vérité qui nous attendent, à la suite de Jésus, le Christ Roi et le Crucifié.

            L’affection : elle fait partie de la vie chrétienne. Nous l’oublions parfois à cause d’une pudeur malsaine. Mais Paul a beaucoup d’affection pour Timothée, depuis leur première rencontre. Il souffre pour lui, surtout après leur séparation à Éphèse. Il l’invite à souffrir avec lui qui est prisonnier à Rome. Leur affection mutuelle fait partie de l’aventure apostolique.

            Comme pour nous tous, frères et sœurs : je sais bien que la fraternité chrétienne n’est pas un concours de bons sentiments, et qu’elle est parfois traversée de tensions, d’incompréhensions, de disputes. Mais je crois d’autant plus qu’il faut apprécier tout ce qui nous relie les uns aux autres, dans la confiance, dans l’amitié, dans la certitude d’être vivants du Christ comme dans un même cœur, Cor unum, et qu’il n’y a pas à avoir honte de croire en Dieu avec son cœur, et même avec les blessures de nos cœurs, et de faire appel au cœur de Dieu, c’est-à-dire à sa miséricorde. Rien n’est possible sans cette relation cordiale au cœur de Jésus Christ qui n’est pas une spécialité particulière, mais un don promis à chacun.

           DSC 4006 Et puis, pour Timothée, il y a – comme le lui rappelle l’apôtre Paul – la longue mémoire de sa foi chrétienne. Qu’il se souvienne de sa mère et de sa grand-mère ! Elles étaient chrétiennes. Il a tout reçu d’elles. Comme chacun de nous peut le savoir : en nous reconnaissant chrétiens, nous nous rattachons à une histoire qui nous précède et qui nous constitue. Même les catéchumènes le disent : l’appel à croire au Christ vient de loin ! Des parents, des grands-parents, parfois des inconnus ont été pour nous des relais humains de l’Amour de Dieu. Et c’est pourquoi, dans la famille des enfants de Dieu que nous formons, nous ne pouvons pas renoncer à cette solidarité spirituelle qui traverse les générations, même à travers des événements de rupture. Que les grands-pères et les  grands-mères se rassurent ! Malgré les apparences, ils participent à ce grand mouvement d’engendrement à la foi chrétienne qui traverse l’histoire de l’Église !

            Mais la joie d’être ainsi liés les uns aux autres n’enlève rien à la rudesse réelle du combat apostolique. « Souffre avec moi pour l’Évangile », dit Paul à Timothée. Accepte les épreuves de vérité que tu ne peux pas éviter !

            Et peut-être est-ce là que se trouve la racine des illusions auxquelles nous avons parfois succombé après le Concile Vatican II. Nous avons imaginé qu’il suffirait de quelques dépoussiérages pour rendre l’Église du Christ plus attirante et nous avons cru qu’en nous ouvrant au monde, de façon naïve, nous allions l’évangéliser plus facilement ! Quelle illusion !

            Car l’Évangile du Christ, et même du Christ Roi, est toujours l’Évangile de la Croix. Certes, le Seigneur Jésus, en ressuscitant, s’élève au-dessus du monde et entre dans la gloire de son Père ! Ne vous lassez pas de le contempler en haut de la façade de notre cathédrale ! Mais n’oubliez pas, n’oublions pas ! Celui qui règne ainsi n’est pas un conquérant. Il ne connaît aucun triomphe politique. Il n’a pas terrassé ses ennemis. Il s’est livré à eux.

            Et le voici devant Pilate, le représentant de la grande autorité romaine : « Je suis roi et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. »

            Cette dernière parole est stupéfiante. De deux choses l’une : ou bien cet homme est un imposteur, doté d’un orgueil immense ! Ou bien il dit vrai, mais alors quelle est cette vérité dont il se réclame, lui qui, dans quelques heures, va être condamné à mort ?

            Cette vérité dont il est porteur à travers le mystère de la Croix est une Vérité qui ne s’impose pas. C’est une « vérité désarmée », apparemment vaincue, une vérité mystérieuse et cachée, et pourtant agissante et finalement invincible, parce qu’elle résiste à tous les mensonges et à toutes les violences de ce monde. Et cette vérité se donne pour tous : elle a vraiment une portée universelle. C’est la Vérité de l’Amour de Dieu qui se livre à nous, en Jésus Christ, le Roi crucifié.DSC 4251

            Je me souviens de mon ami Grégoire le Grand qui, bien avant le Père VARILLON, célébrait cette bouleversante humilité de Dieu, et je n’oublie pas Emmanuel LEVINAS méditant sur le statut de cette vérité persécutée, qui est déjà au cœur de la première Alliance, d’Abraham aux prophètes. C’est une vérité immense, large, profonde, inlassablement offerte à tous les hommes.

            Peut-être que la nouvelle évangélisation, comme nous l’avons récemment entendu à Rome, doit passer elle aussi par ces épreuves qui nous donnent de connaître le Christ dans toute sa vérité, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances.

            Frères et sœurs, moi qui n’ai que 25 ans, laissez-moi vous le dire  comme je le découvre depuis quelques années : nous vivons aujourd’hui, en France comme ailleurs, un temps de renaissance, parce que nous sommes appelés à vivre de l’intérieur de nous-mêmes, et du Corps de l’Église, le mystère même du Christ, quand il passe de ce monde à son Père, en aimant les siens jusqu’au bout.

Et nous sommes heureux de partager cette expérience et de nous ouvrir à la joie inespérée de croire en Dieu, de vivre la Pâque avec le Christ et d’être dans le monde des témoins de sa Vérité désarmée et de son Amour victorieux !

« Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de discernement. » Alléluia !

 

+ Claude DAGENS

évêque d’Angoulême

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