Le blog de Mgr Claude DAGENS

"JE TROUVE MA GLOIRE EN EUX". Eucharistie à Pranzac avec bénédiction de l'orgue, le dimanche 5 juin 2011

14 Juin 2011 Publié dans #Homélies

 

 

            « Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné l’autorité sur tout être vivant, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. »

            À première vue, ou à première écoute, ces paroles de Jésus sont extrêmement simples. Les mots prononcés sont simples : Père et Fils, vie et gloire, autorité et don.

            Mais, en réalité, et nous le sentons bien, ces paroles si simples sont en réalité presque vertigineuses. Elles ouvrent sur la profondeur de Dieu dans son intimité même. Et c’est alors que nous avons le droit d’être surpris. Car la relation à Dieu qu’évoquent ces paroles n’est pas du tout conforme à ce que nous, nous pourrions imaginer de Dieu.

            Pas du tout, car la gloire dont il est question ici est à l’opposé de nos conceptions mondaines de la gloire : éclat de fanfares, étincellement de lumières, déferlement de cris et tout un déploiement de fastes et de mouvements bruyants.

            Or, ce soir-là, à Jérusalem, Jésus, le Fils, s’ouvre pour nous au mystère de Dieu, ou plutôt ouvre pour nous ce mystère. Et le cœur de ce mystère, c’est une étonnante puissance de Don. Ce Dieu que nous imaginions comme un Empereur ou un Dictateur céleste, c’est ce Père qui se donne en son Fils, qui nous donne son Fils, et c’est ce Fils, qui donne à ses disciples tout ce qu’il a reçu du Père, jusqu’à trouver sa gloire non seulement dans le cœur de Dieu, mais dans les cœurs et les corps des hommes qui s’ouvrent à Lui, Jésus.

            Ce n’est pas une définition de Dieu. C’est la révélation inouïe de ce mouvement inséparable de don qu’il est lui-même, lui, notre Père, qui nous saisit avec son Fils pour que nous entrions dans son Royaume.

            Et le plus saisissant, ce n’est pas seulement ce rayonnement du Don de Dieu. C’est que ce rayonnement veut s’inscrire en nous. Jésus le dit : « Je trouve ma gloire en eux, en ceux que tu m’as donnés et qui croiront en moi, Père. »

            Et Jésus déploie cette révélation simple et vertigineuse, à l’heure où il passe de ce monde à son Père, à travers la violence et le drame de la Croix.

            Lui, Jésus, à la veille du jour où il va subir la mort, se relie consciemment à ceux qui vont devenir ses témoins, ces pauvres hommes qui sont là près de lui et qui vont l’abandonner presque tous : Simon-Pierre, André, Jacques et les autres.

            Jésus trouve sa gloire en eux, en nous, peuple de pécheurs, d’hommes coupables de lâcheté, de trahison, de cruauté, d’abandon.

            Voilà ce qu’il y a de plus bouleversant et de plus réel dans le mystère du Christ et de l’Église : c’est la gloire qui passe par l’abaissement, c’est la victoire du Don et de l’Amour sur toutes les puissances de mort et de destruction. C’est le mystère pascal dans ce qu’il a de plus efficace, puisqu’il saisit et transfigure tout : notre péché, nos peurs, nos tentations suicidaires, nos refus de pardonner et d’être pardonnés. Oui, dans le Christ Jésus qui nous associe à sa Pâque, tout est renouvelé, inépuisablement…

            Les paroles ne suffisent pas pour rendre compte de ce mystère et de ce don, et de cette victoire. Peut-être que la musique, elle, est plus capable de faire percevoir cela qui nous dépasse : la vie qui jaillit de la mort, la lumière qui émerge des ténèbres, la gloire qui traverse la souffrance et la mort. Et c’est pourquoi l’orgue de cette église a été bénie : pour être ici l’écho de tous les appels, de tous les cris, de toutes les plaintes et de toutes les louanges qui montent de notre humanité.

            « Si l’on fait souffrir l’un d’entre vous, que ce ne soit pas comme meurtrier, voleur, malfaiteur, ou comme dénonciateur. Mais si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas de honte et qu’il rende gloire à Dieu à cause de ce nom de chrétien. »

            Car ce nom de chrétien, le nôtre, est inséparable du nom du Christ, de Jésus, le Fils qui s’est engagé pour toujours à prendre avec lui, dans sa Pâque, ceux que le Père lui a donnés.

            Dimanche prochain, au jour de la Pentecôte, plus d’une vingtaine d’adultes seront marqués du signe de l’Esprit Saint, dans notre cathédrale Saint-Pierre. À nous de réveiller ce don de Dieu, en laissant Jésus prier pour nous : « Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient aussi avec moi et qu’ils contemplent la gloire que tu m’as donnée… »

            Voilà notre espérance ! Voilà notre horizon ! Communier aux souffrances du Christ pour être avec Lui dans sa gloire.

 

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

  

Informations sur la bénédiction de l'orgue, à Pranzac, sur le site du diocèse : link

 

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