Le blog de Mgr Claude DAGENS

INDIFFÉRENCE RELIGIEUSE, PLACE DE L'ÉGLISE DANS LA SOCIÉTÉ ET AVENIR DU CHRISTIANISME

20 Décembre 2007 , Rédigé par mgrclaudedagens.over-blog.com Publié dans #Conférences

Conférence donnée le 10 décembre 2007 à Paris, pour les journalistes du groupe BAYARD-PRESSE, en présence de tous les responsables des services et des mouvements de l’Église catholique en France.

 

 

I – UN EXAMEN DE CONSCIENCE ET UN ENGAGEMENT

 

            Les réflexions que je vous propose ont valeur d’examen de conscience et d’engagement. Je voudrais tout de suite vous indiquer d’où proviennent et où s’enracinent cet examen de conscience et cet engagement.

 

            - Avant tout, de mon expérience pastorale d’évêque en Charente, c’est-à-dire dans un département qui n’est pas du tout une terre de chrétienté, et où je vérifie d’autant plus un double phénomène.

 

            - D’abord, je constate, comme ailleurs, un affaiblissement incontestable de l’Église catholique dans notre société : baisse de la pratique religieuse, vieillissement des prêtres et perte ou éclatement de la mémoire chrétienne. Mais je suis obligé de compléter immédiatement ce diagnostic par rapport aux vocations : hier, j’ai ordonné un nouveau diacre qui deviendra prêtre dans quelques mois, j’en ordonnerai un second juste avant Noël, et un troisième au début février ; sans oublier deux futurs diacres permanents. Ce qui signifie simplement que les indications statistiques sont toujours relatives.

 

            - Mais, sans nier cet affaiblissement, je constate aussi un autre phénomène, sans doute moins apparent, mais tout aussi réel : une sorte de recomposition du tissu de la foi et de l’Église, qui passe chez nous par des « relais paroissiaux » et par la constitution d’équipes d’animation pastorale.

            J’atteste que l’on assiste alors à une sorte de métamorphose intérieure à l’Église : elle se reconnaît elle-même, à travers ses membres, non plus comme un bloc, mais comme un Corps formé de membres différents et solidaires qui partagent non seulement leurs responsabilités, mais leur foi au Christ. Et il s’agit là d’une véritable conversion. Comme me le disait cette femme qui est à la fois relais paroissial et conseillère municipale : « Je comprends maintenant que ce qui me fait agir, ce ne sont pas les sentiments, c’est la charité du Christ. »

 

            - Autrement dit – et c’est ma seconde référence – je vérifie sur le terrain charentais ce que j’avais moi-même écrit dans le rapport conçu en 1994 en vue de « proposer la foi dans la société actuelle ».

            « Dans les mutations actuelles de la société et de l’Église, qu’est-ce qui s’efface et qu’est-ce qui émerge ? Et comment des croyants, des membres de l’Église, relèvent-ils effectivement le défi de la foi auquel ils sont confrontés ? »

            Il y a dans ces questions un double élément : le réalisme face aux difficultés rencontrées et, en même temps, le refus de la résignation.

 

            Et il faut préciser encore : les difficultés sont certainement du côté de la société et de la culture ambiantes, rongées par une indifférence épaisse à l’égard des réalités religieuses et de l’Église elle-même. Mais il existe aussi parfois un grave défaut de regard chez les catholiques eux-mêmes, une sorte de « strabisme » plus ou moins inconscient. On voit ce qui disparaît et on se lamente. Mais on ne voit pas, et parfois on ne veut pas voir ce qui émerge, et en particulier les signes d’une attente spirituelle qui va de pair avec l’indifférence régnante. Je vois ces signes en particulier chez des jeunes et chez des élus locaux, et ils valent en même temps et pour l’Église et pour la société.

 

            - Ma troisième référence se situe du côté des origines chrétiennes. Je demeure un ami des évêques Augustin et Grégoire le Grand : j’ai appris d’eux et je continue à apprendre ce qu’est l’espérance chrétienne en des temps de crises. Et  je l’ai appris d’eux à travers mon maître de la Sorbonne, Henri Irénée MARROU. Ce spécialiste reconnu de l’Antiquité tardive (nous venons de constituer à l’École Normale Supérieure la société de ses amis) a longuement réfléchi à ce qu’il appelait le « mystère de l’histoire » et à la responsabilité des chrétiens dans l’histoire, spécialement dans ces périodes de l’histoire qu’il appelait les « Darks ages », les âges obscurs, comme le Bas Empire ou l’époque des invasions barbares : ces temps de crises et d’effondrement peuvent être aussi des temps de renouvellement de la vie chrétienne. À la mort d’Emmanuel MOUNIER, en 1950, il célébrait chez le fondateur du personnalisme celui qui avait incité les chrétiens à accepter franchement la situation historique qui leur était faite désormais : « celle où la volonté de Dieu nous a appelés à travailler, sans ce regret lancinant qui ne cessait de marquer les vieux milieux catholiques, le regret de n’avoir pas plutôt vécu sous saint Louis, ou, à défaut, sous Louis XIV, à la rigueur Charles X, voire Mac Mahon ».

            Et MARROU faisait ainsi écho à ce que MOUNIER lui-même avait écrit dans la préface de son dernier livre : « Feu la chrétienté » : « De tous côtés, le christianisme qui voudrait s’installer est refoulé vers son drame essentiel, vers sa condition natale : itinérance, faiblesse, pauvreté. Un peu partout, mais spécialement en France, des chrétiens prennent conscience, depuis les grandes secousses de ce siècle impitoyable, d’une leçon qui les déborde largement, ils redécouvrent, en tâtonnant, la nature même, la nature paradoxale du Royaume de Dieu, désarmé et triomphant, insaisissable et enraciné. » (Feu la chrétienté, p. 7-8).

 

            Ces trois références m’autorisent à déployer maintenant quelques réflexions sur le présent et l’avenir de l’Église catholique et du christianisme dans notre société française.

            - Je commencerai par un acte de réalisme culturel : oui, l’Église et le christianisme sont à l’épreuve de la culture ambiante.

            - Je continuerai par un acte de réalisme spirituel : oui, le défi de la foi chrétienne est relevable et relevé à l’intérieur de notre société.

            - Enfin, je plaiderai pour l’évangélisation ordinaire et profonde selon l’Évangile du Christ.

 

 

II – L’ÉGLISE CATHOLIQUE ET LE CHRISTIANISME À L’ÉPREUVE DE LA CULTURE AMBIANTE

 

            1. L’expression d’une inquiétude

            Dans l’intitulé du groupe de travail dont je suis chargé : « Indifférence religieuse et visibilité de l’Église », il y a sans aucun doute, l’expression d’une inquiétude et même d’une souffrance réelle. Cette inquiétude et cette souffrance sont justifiées par des faits qui manifestent une dévalorisation ou une mise à l’écart du phénomène catholique et plus largement du phénomène chrétien dans notre société. Au sens propre du terme « phénomène » : ce qui apparaît et qui se voit. Il est vrai que le phénomène chrétien apparaît peu et se voit mal sur la place publique. En voici des preuves et des symptômes :

 

            - Première preuve : le faible écho médiatique des initiatives catholiques, qu’il s’agisse du grand rassemblement Ecclesia 2007 organisé à Lourdes fin octobre 2007 autour de la catéchèse et de l’initiation chrétienne, ou qu’il s’agisse des enquêtes et des débats suscités par la JOC autour du chômage et de la précarité des jeunes ! Comme si ces manifestations catholiques étaient celles d’une secte, ou réservées à une élite de spécialistes !

 

            - Second signe, plus complexe, mais qui confirme le premier : une sorte de réduction culturelle du christianisme et du catholicisme. On nous dira plus ou moins gentiment : « Vous faites partie du passé ! Votre culture est respectable, mais elle ne peut plus avoir prise sur la culture moderne ou post-moderne !  On admire vos églises. On s’alarme même si des clochers menacent de s’effondrer. Mais ces monuments sont plus ou moins condamnés à devenir des musées. Ils n’ont aucun lien avec les besoins actuels de notre société. »

 

            - Et un troisième signe, ou un troisième discours accompagne les précédents : « Au fond, vous n’êtes qu’un groupe religieux parmi d’autres. On ne peut pas vous accorder une position privilégiée que l’on refuserait aux autres, et spécialement aux musulmans ! »

 

            Ces réflexions impliquent évidemment une immense ignorance sur la place de la tradition chrétienne dans notre histoire commune et, en même temps, ce soupçon rémanent selon lequel toutes les religions seraient causes, soit de débordements violents, soit de dérives irrationnelles.

            Et, par-dessus tout, à travers tout ce méli-mélo culturel, il y a cet air blasé d’indifférence qui éclate parfois en des paroles plus ou moins sarcastiques dont des jeunes font les frais : « Tu es croyant ! Encore ! Mais c’est ringard et ça ne sert à rien ! »

 

            2. Voilà quelques traits du paysage culturel qui est le nôtre ! Je sais très bien qu’il faudrait les compléter par d’autres traits qui touchent aux limites inhérentes au processus de la sécularisation.

            Mais j’ai voulu souligner, pour être honnête, ce qui justifie l’inquiétude de certains et même de journalistes chrétiens. Mais l’inquiétude ne dispense pas d’être intelligent, ou du moins réaliste. Autrement dit, il faut tirer toutes les conséquences de cette situation critique. Il faut être critique à l’égard des critiques.

            Si toutes ces constatations sont fondées, alors il faut en tirer deux conséquences majeures :

                        - La première est une évidence : l’Église catholique, dans notre société pluraliste, n’est plus, si elle l’a jamais été, en position hégémonique, et elle ne cherche pas à reconquérir le terrain qu’elle aurait perdu.

                        - Dans ce contexte, l’adhésion à la foi chrétienne ne peut pas être, ne peut plus être un acte de conformisme social. Elle est un acte de liberté personnelle. Et c’est aussi une évolution considérable, si l’on se souvient de ce que la culture catholique a souvent été identifiée à une culture de l’obligation et de l’autorité contraignante opposée à la culture de la liberté.

                        - Et si jamais vous estimiez que j’exagère, alors, je vous conseille de lire et de méditer ces avertissements qui nous viennent de gens qui ne sont pas du sérail catholique, et qui ont d’autant plus la liberté de nous appeler à être nous-mêmes dans notre société française de ce début du XXIè siècle. En particulier Jean Claude GUILLEBAUD :

            « Elle était donc là cette puissante institution catholique à qui nous réservions nos flèches et nos critiques, ce catholicisme dominateur et clérical face auquel nous recommandions la méfiance ! … L’Église réelle, celle que je redécouvrais, faisait plutôt songer à ces communautés chrétiennes des premiers siècles, solidaires et joyeuses, mais tenues à l’œil par le pouvoir romain. Dans un premier temps, c’est cette interprétation optimiste que je fis mienne. Que l’Église catholique ait perdu sa richesse, son omniprésence et sa puissance rend assez risible l’anticléricalisme façon IIIè République qui renaît dans nos sociétés, mais cela ouvre peut-être la voie à un extraordinaire rajeunissement du christianisme ». (Jean Claude GUILLEBAUD, Comment je suis redevenu chrétien, Paris, 2007, p. 132-133).

 

 

III – LE DÉFI DE LA FOI RELEVÉ À L’INTÉRIEUR DE NOTRE SOCIÉTÉ

 

            Je ne cherche pas le paradoxe. Je souffre moi aussi de ces tendances lourdes en fonction desquelles la présence et la Tradition catholiques sont dévalorisées et marginalisées dans notre société.

            Mais je suis en même temps témoin de cette espèce de rajeunissement dont parle Jean Claude GUILLEBAUD. J’aimerais mieux dire de cette attente spirituelle et de ce renouvellement intérieur dont je vois des signes chez des jeunes et chez des élus locaux ou d’autres acteurs de notre société. Ces signes parlent de ce qui constitue la nouveauté chrétienne et en même temps de ce qui manque à notre société. Je m’explique.

 

            1. Des jeunes et des adultes en attente de confiance

            D’abord à la lumière des jeunes, et aussi des adultes, que j’ai rencontrés ces dernières semaines et à qui j’ai donné le sacrement de confirmation. Et si l’on me disait que ces jeunes et ces adultes constituent une élite, je pourrais démentir aussitôt. Ils représentent notre société dans toute sa diversité : ils appartiennent autant à des familles décomposées et recomposées qu’à des familles unies, et à des cadres dirigeants qu’à des milieux défavorisés.

            Mais ce qui leur est commun, c’est leur attente spirituelle, qui se situe sur un terrain d’humanité commune, ou comme quelqu’un l’a dit, de la « grammaire élémentaire de l’existence ». Ils portent en eux des questions de vie et de mort : « Pourquoi vivre ? Pourquoi ne pas se donner la mort ? Où trouver des points d’appui qui permettent d’avancer dans la vie ? Et à qui faire confiance pour tenir bon face aux difficultés ? »

            Ces questions, je les ai entendues avec un relief extraordinaire ces dernières semaines. Chez cette femme de 77 ans qui a soigné son mari paralysé pendant 12 ans et qui m’écrivait qu’elle voulait prier pour ceux qui ne prient pas : « Ce sera comme une lueur dans la nuit. »  Ou ce jeune de 21 ans, appartenant aux gens du voyage, qui a l’expérience de la violence, subie ou pratiquée, et qui, dans sa lettre en caractères phonétiques, méditait sur le mystère de Jésus crucifié : « Il nous apprend à mourir à nous-mêmes pour vivre avec Lui et par Lui avant de vivre en Lui pour toujours. »

            Mais le plus impressionnant, c’est cette fille de 14 ans, qui a été victime d’abus sexuels durant plusieurs années de la part de deux membres de sa famille. Elle me racontait cela et quand je lui ai demandé, à elle et à ses camarades de 14 à 16 ans, de rédiger des messages qu’ils adresseraient aux personnes présentes le jour de leur confirmation, voilà ce qu’elle a écrit :

            « Il faut regarder en face les épreuves de la vie, ne pas les contourner. Dieu est plus fort que ces épreuves dures, violentes et que l’on cache. Et Dieu peut nous aider à dire pardon à ceux qui nous ont fait du mal, beaucoup de mal. »

            Et l’un de ses camarades a lancé, lui, un autre appel, dans le même sens : « Arrêtez de faire le mal autour de vous. Ayez confiance en vous, une vie sans confiance n’est pas une vie heureuse. Faites la paix autour de vous. »

            Voilà ce que j’appelle la grammaire élémentaire de l’existence humaine. Et la question que je me pose alors est simple : nos communautés chrétiennes savent-elles assez qu’elles sont appelées à faire valoir de façon plus visible et plus solidaire les ressources intérieures qu’elles portent en elles ?

            C’est clair ou ce devrait être clair : l’évangélisation passe par ces jeunes et par ces adultes en état d’attente de confiance et de pardon. L’évangélisation, c’est la rencontre et la jonction entre ces questions de vie et de mort et la Révélation chrétienne de Dieu, de Dieu qui a choisi de tout prendre sur Lui de notre condition humaine, tout, et même le pire du mal.

 

            2. Des élus locaux et des acteurs de la société

            Je continue à tenir le langage du témoignage et des signes. L’autre jour, lors de la première journée de notre Conseil presbytéral, nous avions invité trois maires de Charente, de couleurs politiques différentes. Ils nous ont dit les difficultés de leur tâche : ils sont confrontés directement à de multiples situations de précarités ou de violences, et leurs pouvoirs sont limités. Mais ce qu’ils nous ont dit aussi, avec insistance, c’est qu’ils n’ont pas beaucoup d’occasions de s’arrêter pour peser le sens de leur responsabilité et que l’Église leur en donne la possibilité.

            J’entends avec ces hommes et ces femmes une question qui nous est commune : « Que voulons-nous vraiment pour notre société ? À quel prix, à quelles conditions sommes-nous prêts à lutter contre tout ce qui tend à la déshumaniser en faisant valoir ceci : les logiques quantitatives ne sont pas les seules qui peuvent décider de notre avenir. Il y a aussi d’autres logiques, et en particulier celle qui met en œuvre le respect intégral de la personne humaine, et cela vaut aussi bien pour l’embryon dans le ventre de sa mère, que pour la personne âgée ou  malade en fin de vie, ou pour les hommes et les femmes qui sont menacés d’être traités comme des pions ou comme des objets en fonction des seuls impératifs de la technique ou des lois d’un marché sans contrôle ? »

            Et si jamais on me trouvait irréaliste, alors, je me réfèrerais sans hésiter à ce philosophe agnostique qui s’appelle Marcel GAUCHET, lorsque, dans un de ses derniers livres, il souhaite la mise en œuvre d’un civisme chrétien, qui consiste à « proposer une vision de l’ensemble social conforme aux valeurs religieuses, mais qui soit respectueuse, simultanément, du caractère non religieux de cet ensemble. » Ou, pour le dire, comme nous le disions mercredi dernier à la Commission doctrinale : « Comment justifier et fonder des valeurs communes, une éthique pour tous ? » Et dans ce « pour tous », il y a évidemment une intention primordiale qui ne se résigne pas à faire de l’Église un groupe de pression arc-bouté sur ses positions, mais plutôt une force de proposition ouverte à de multiples dialogues.

            J’ai cru comprendre qu’à Lourdes, lors du rassemblement d’Ecclesia 2007, mon ami Guy COQ a publiquement souhaité qu’un initiative soit prise avec des hommes et des femmes qui n’appartiennent pas à la mouvance catholique, mais qui sont conscients des défis communs auxquels nous sommes tous confrontés et aussi de la capacité proprement chrétienne de faire face à ces défis.

 

 

 

 

IV – UNE RESPONSABILITÉ CATHOLIQUE

 

            Un dernier mot sur la façon « catholique » de relever ces défis communs, c’est-à-dire en consentant vraiment à la logique qui a sa source dans l’Évangile du Christ, lorsqu’il appelle ses disciples à être « sel de la terre et lumière du monde ». C’est clair ou ce devrait être clair : la spécificité catholique est du côté de la présence, de l’engagement, de la proposition positive, et non défensive ou agressive.

            Avec cet élément majeur qui tient à la substance même du sel, ou à la nature de la lumière : ces éléments sont distincts, mais ils ne valent que dans le déploiement de ce qu’ils ont de spécifique. Le sel est fait pour saler la nourriture. La lumière est donnée pour éclairer ce qui est obscur.

            C’est cette logique-là que notre Lettre aux catholiques de France a cherché à mettre en relief : « L’Église catholique ne recouvre pas toute la société, elle a renoncé à toute position dominante, mais elle demeure missionnaire, c’est-à-dire tournée vers tous et ouverte à tous, à cause de l’appel de Jésus quand il demande à ses disciples d’être « lumière du monde et sel de la terre. »

            J’ai été heureux l’autre jour, à Lourdes, d’entendre notre nouveau président, André VINGT-TROIS, faire écho à cet appel :

            « Beaucoup de catholiques n’ont pas encore réalisé la situation de notre Église dans notre société pluri-culturelle et pluri-religieuse. Ils n’ont pas mesuré la progression de l’indifférence religieuse dans notre culture. Certains s’étonnent et souffrent même de l’indifférence, du mépris, de l’hostilité. Nous l’avions déjà exprimé en 1996 dans notre Lettre aux catholiques de France : cette expérience ne nous pousse pas à vivre en ghetto ; elle nous stimule. Intégrer les impératifs de l’évangélisation, qu’elle soit nouvelle ou ancienne, est une tâche permanente dont on ne peut jamais présumer qu’elle serait achevée. »

           

            Nous y sommes. Voilà le défi de l’évangélisation ordinaire et profonde que nous avons à mettre en œuvre dans un contexte d’indifférence : nous, nous ne sommes pas indifférents à ce qui marque notre société. Nous sommes catholiques au milieu de tous et au service de tous.

            Et comme le disait il y a quelques années, en France, le cardinal Joseph RATZINGER : « L’Église se doit d’être non pas un État ou une partie d’un État, mais une communauté de conviction. Elle se doit aussi de se savoir responsable de l’ensemble et de ne pas pouvoir se limiter à elle-même. Il lui faut à partir de sa propre liberté parler à l’intérieur de la liberté de tous afin que les forces morales de l’histoire demeurent des forces du présent et qu’ainsi, cette évidence des valeurs renaisse, sans laquelle la liberté collective n’est pas possible. »

 

            C’est une autre façon de penser et de dire, comme l’avait écrit au IIIè siècle un chrétien inconnu à un de ses amis païens nommé Diognète, que les chrétiens sont comme « l’âme du monde », et que, même s’ils ne sont pas aussi nombreux qu’ils le voudraient, ce sont eux qui « soutiennent le monde », en n’ayant pas peur d’y être présents et d’y être chrétiens …           

 

 

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