Le blog de Mgr Claude DAGENS

IL S'AGIT DE LA DIGNITÉ DE TOUT ÊTRE HUMAIN. Veillée de prière pour la vie humaine

29 Novembre 2010 Publié dans #Méditations - récollections

Méditation de Mgr Dagens lors de la veillée de prière pour la vie humaine, le samedi 27 novembre 2010, en l'église Saint-André d'Angoulême           

 

 

           Frères et sœurs, nous ne sommes pas les militants d’une cause particulière. Nous sommes les témoins de la Vérité étonnante de Dieu quand il s’ouvre à nous et, dans le même mouvement, de la dignité inaliénable de tout être humain, à commencer par les plus fragiles.

            Et que l’on ne dise pas que ces expressions seraient abstraites ou qu’elles ne désigneraient que de grands principes, incapables de faire face aux réalités difficiles de la vie.

            Non ! Nous savons tous ce que peut être la fragilité d’une vie humaine, de la naissance à la mort, et à tout âge. Comme le disait avec beaucoup de simplicité notre ami Jean VANIER, le fondateur de l’Arche : « Nous naissons fragiles, nous mourons fragiles et nous faisons souvent l’expérience de notre fragilité humaine, en nous-mêmes et chez d’autres que nous aimons. »

            Et plus notre société est soumise à des logiques économiques très contraignantes et parfois très irrationnelles, plus cette même société risque de devenir indifférente aux situations de fragilité humaine, et plus – pour le dire positivement – elle doit mettre en œuvre cette forte logique du respect de tout être humain, qui n’est pas l’apanage de la religion chrétienne, mais qui trouve dans la Révélation chrétienne des raisons profondes de se manifester, à la fois dans le secret des consciences et aussi sur la place publique.

 

            Ces raisons profondes s’enracinent non pas dans un système idéologique, ni même dans une morale, mais dans des événements réels, souvent cachés, mais très parlants.

            Nous l’avons entendu tout à l’heure et celui qui a pensé et écrit ces expressions connaissait très bien le monde païen et les philosophies du paganisme : « Le Verbe de Dieu, le Logos, s’est fait chair et il a demeuré parmi nous. » (Jean 1,14).

            Voilà l’événement qui est passé inaperçu en son temps, inconnu des puissants de ce monde, mais qui se trouve à la source d’une histoire nouvelle, dont les témoins s’appellent Pierre et Paul, Vincent de Paul, mère Teresa de Calcutta et aussi les moines de Tibhirine, à leur manière.

            Oui, le Verbe de Dieu a pris chair de notre chair. Il a tout assumé de notre condition humaine, de la conception et de la naissance à la mort et il vient tout ressaisir et tout renouveler de cette condition fragile. Il l’a affirmé lui-même avec une force étonnante : « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Matthieu 25,40).

            L’affirmation et la défense de la vie humaine, de toute vie humaine, de la vie commençante à la vie finissante, a sa source dans cet événement qu’est lui-même Jésus, le Christ, né de Dieu avant tous les siècles, né de la Vierge Marie dans le temps de notre histoire et devenu notre frère en humanité.

            Bien sûr, nous regardons déjà ce soir, à la veille du premier dimanche de l’Avent, vers Jésus, cet enfant qui va naître à Bethléem de Judée, mourir et ressusciter à Jérusalem. Mais nous regardons en même temps vers tous les enfants de Dieu dont nous savons bien – même si, parfois, nous nous refusons à le comprendre – que la vie commençante est porteuse de tout le devenir d’une personne humaine.

            Et s’il faut mettre encore les points sur les i, alors précisons davantage : oui, nous tenons absolument à relier ce devenir personnel d’un être humain à ce conglomérat de cellules  en développement, parce que la dignité de notre humanité exige de ne pas séparer ce qui est biologique et ce qui est spirituel. La vie humaine, c’est tout un.

            Et si jamais on rêvait de dissocier les deux, alors, ce sont les réalités elles-mêmes qui nous obligeraient à refuser cette dissociation entre la vie biologique et la vie spirituelle. Je pense à des enfants adoptés qui sont nés dans un pays étranger d’Afrique, ou d’Asie, ou d’Amérique du Sud et qui sont élevés en France. Ces enfants, plus ils progressent en maturité humaine, plus ils s’interrogent sur leur origine biologique, et plus ils nous demandent de comprendre nous-mêmes qu’un être humain dépasse infiniment ses propres conditionnements.

            Et s’il le fallait encore, alors il suffirait de regarder ces enfants ou ces adultes porteurs d’un handicap : ils ne veulent pas être réduits à ce qui les handicape ! Ils sont des êtres humains à part entière ! Et c’est un regard, ou une expression du visage, un sourire ou un geste qui le disent parfois. Oui, la dignité d’un être humain est inaliénable, infiniment précieuse.

            Et cela vaut pour tous, et pour chacun, surtout dans des situations de fragilité, aussi bien pour l’embryon dans le ventre de sa mère, pour la personne âgée ou malade en fin de vie, que pour ces hommes et ces femmes que l’on traite comme des objets, en fonction des seuls impératifs de la technique ou des lois d’un marché sans contrôle.

            Pour tous et pour chacun, nous prions et nous espérons en regardant vers l’enfant de Bethléem, Jésus, qui nous dit silencieusement que Dieu est pour toujours lié à notre humanité, à chacun de nous, car « Le Verbe s’est fait chair, et il demeure au milieu de nous. »

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