Le blog de Mgr Claude DAGENS

IL FAUT ALLER JUSQU'A LA DIGNITE ET LA LIBERTE DES PERSONNES. Mgr Dagens sur RCF-Accords 16 "Parole à notre évêque". Emission des 15 et 16 janvier 2011

25 Janvier 2011 Publié dans #Parole à notre évêque

Texte publié dans le "Courrier français" de la Charente, 21 janvier 2011, n°3462.

 

 

Mgr Dagens a réagi évidemment au mouvement porté par le peuple en Tunisie. Il a analysé les raisons qui ont poussé ces hommes et ces femmes à descendre dans la rue avec une recherche de liberté et de dignité.

 

« Les évènements qui se déroulent en ce moment à Tunis sont incontestablement significatifs. C'est-à-dire quelque chose qui surgit dans l’histoire des peuples et des hommes, qui était sans doute prévisible, mais qui n’a pas été prévu. Nous nous interdisions de le prévoir, parce que cela veut dire que, de l’autre côté de la Méditerranée - Afrique du Nord ou Moyen-Orient- il n’y a pas seulement de dangereux terroristes, il y des peuples en attente de liberté et de dignité. Cela, c’est un évènement. Je poserais d’abord la question : pourquoi ces évènements n’étaient-ils pas prévus ? Parce que notre regard sur le monde est myope, tordu, déformé. Nous ne jugeons la situation des peuples qu’en fonction de leur développement économique. S’ils sont en état de croissance économique, tout va bien et on fait l’éloge de ces peuples. Et je n’oublie pas la Chine à l’horizon. Mais la croissance économique est l’absolu, c’est le prisme unique à travers lequel on juge de l’état d’un peuple. Or, il devrait être évident que ce prisme est réel - je ne le conteste pas - mais qu'il est terriblement insuffisant. La raison économique ne suffit pas pour comprendre la situation d’un peuple et pour nourrir ses raisons de vivre. Je n’oublie pas le Prix Nobel de la Paix, Liu Xiaobo. Que dit-il ? Il le dit pour la Chine que l’on vénère totalement de tous côtés, surtout sur la côte. Attention, un peuple vit aussi du respect de ses droits, de sa dignité, de sa liberté », souligne l’évêque.

« Je viens de lire le journal sans aucun doute le mieux informé sur les évènements de Tunisie, La Croix, avec 3 pages aujourd’hui et l’interview d’une jeune manifestante. En sachant que, actuellement, en Tunisie comme en Algérie, le chômage atteint au moins 15 % de la population. Et pour la Tunisie, pas sur la côte, où certains vont en vacances d’Hammamet à Sousse, mais à l’intérieur du pays. Je me souviens, je suis passé à Kasserine, J’ai participé à un chantier de fouilles dans le sud de l’Algérie, à Tebessa, c’était après l’indépendance et pendant une journée, nous sommes allés au sud de Tunis, notamment Kasserine. Je m’en souviens très bien. Là-bas, un jeune s’est immolé par le feu, un chômeur diplômé. La population des jeunes en Algérie, en Tunisie et probablement en Jordanie où l’on manifeste aussi en ce moment, c’est au moins 40 % de la population qui a moins de vingt ans. Des jeunes sans avenir. Alors comme ils le disent : le pays est riche, le peuple est pauvre. En Algérie : hydrocarbures, pétrole, gaz, 95 % des exportations. Mais le scandale de la Sonatrah, on n’en parle plus dans le pays. Sans parler des gouvernants, Bouteflika en Algérie, Ben Ali en Tunisie, ils vont disparaître certainement d’une manière ou d’une autre dans les mois ou les années qui viennent. Et on sait bien la corruption ».

 

 

Dire oui

 

 « Il y a des émeutes actuellement. N’ajoutons pas aux délires de la violence. Constatons simplement qu’un peuple ne vit pas seulement de paroles - c’est la parole de Jésus dans l’Evangile - mais de reconnaissance, de dignité. Et nous, qu’avons-nous à penser et à dire ? Je vais m’exprimer comme un citoyen et un évêque qui est conscient d’une responsabilité politique de la France en ce moment même. Et je n’oublie pas Niamey.  D’autant plus que de jeunes Charentais y sont dans des organisations humanitaires. Ils ont choisi de rester comme les moines de Tibhirine comme me disait le père de l’un d’entre eux. La politique, c’est de dire : non à la violence sans aucun doute. Non à la violence qui détruit comme en ce moment même à Tunis, non à la violence terroriste au nom de la religion, non aux manipulations terroristes inspirées par des Musulmans fanatiques ou par des mafieux et par un mélange des deux. Mais dire non au terrorisme et à la violence terroriste inspirée par le Djihad ne suffit pas. Il faut dire oui aussi à la dignité des hommes et des femmes, oui à la dignité et à la liberté des citoyens, oui à la dignité et à la liberté des enfants de Dieu qui sont au Maghreb, en Algérie comme dit le Frère Christian de Chergé, en Tunisie, même si les Chrétiens y sont peu nombreux, en Jordanie, qui n’a pas d’hydrocarbures, pas de tourisme considérable contrairement à la Tunisie et au Maroc. »

 

 

« Dignité et liberté des personnes… »

 

« Nous sommes là sur le terrain de la politique dans ce qu’elle a de plus authentique. C’est à dire un combat pour donner, garantir à un peuple, à des populations, à une société, des conditions de vie qui assurent, autant qu’il est possible, sa dignité. Et ce qui se passe actuellement n’était pas prévu, mais était prévisible. Je le dis en termes philosophiques qui peuvent paraître très abstraits, mais qui me semble-t-il ne le sont pas du tout. La raison économique ne suffit pas à donner à un peuple des raisons de vivre. Parler de modernisation, de croissance économique ne suffit pas. Parler des droits sociaux non plus ne suffit pas. Il faut aller jusqu’à la dignité et la liberté des personnes. La raison économique doit être accompagnée de la raison humaine ou de la raison morale. Ce langage est absolument traditionnel, c’est celui des Papes et des évêques depuis au moins deux siècles. C'est-à-dire que nous ne pouvons pas nous résigner, à l’écart, au fossé, grandissant entre le développement technique, scientifique, économique, qui naturellement est positif et que j’approuve, et le développement moral, le développement de la dignité et de la liberté d’un peuple, le respect des personnes, la solidarité à l’intérieur de ce peuple. Les réseaux internet permettent de comprendre immédiatement ce qui se passe. C’est cela aussi qui a fait la force des manifestations en Tunisie. C’est l’aspiration à la dignité d’un peuple qui se déploie à l’intérieur, Kasserine, alors qu’il y a la côte, mais la côte, c’est autre chose. De même en Chine où on s’extasie sur la croissance économique, le développement urbain extraordinaire à Shangaï et autres lieux. Je voudrais bien savoir ce qui se passe à l’intérieur dont on parle peu parce que peu de gens y vont et ce qui se passerait si, à l’intérieur de la Chine - nous ne le souhaitons pas - il y avait des explosions qui se produisaient. Nous allons voir ce qui se passe en Tunisie où nous espérons que la violence sera surmontée mais à quel prix et de quelle manière ? », interroge l’évêque.

Samedi 15 janvier s’est réuni le conseil pastoral diocésain. Avec les forces vives du diocèse, le souhait était de s’interroger sur la réalité : « Qu’en est-il de la pratique de l’initiation chrétienne dans la vie de nos communautés ? Catéchèse, catéchuménat, pastorale liturgique, travail de solidarité et quelle est la place de la prière ? C’est ma lettre pastorale de septembre, il faut vérifier comment elle est mise en œuvre. Et au programme donc, le partage de convictions communes : comment faire place à la vie de prière dans nos communautés et à cette expérience spirituelle à l’intérieur des orientations diocésaines qui sont actuellement élaborées pour notre diocèse », précise Mgr Dagens. Comme l’an dernier, la rencontre internationale des groupes de prières du renouveau charismatique se tiendra à Angoulême début avril. « J’ai souhaité que cette rencontre à la cathédrale ne passe pas inaperçue et donc qu’elle soit connue, accueillie, comprise dans la vie ordinaire de nos communautés chrétiennes, de nos paroisses, de nos mouvements, de nos services », conclut Mgr Dagens.

 

Erica Walter

 

 

 

Retrouvez Mgr Claude Dagens sur les ondes de RCF-Accords 16 dans Parole à notre évêque, les samedis et dimanches à 8h40.

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