Le blog de Mgr Claude DAGENS

IL EST VAINQUEUR DU MAL. Homélie prononcée lors de la messe chrismale, à la cathédrale d'Angoulême, le mardi 3 avril 2012

5 Avril 2012 Publié dans #Homélies

Messe chrismale 2012.3           

            Frères et sœurs, nous portons en nous le signe de Jésus Christ mort et ressuscité, même si nous l’oublions. Parmi nous, des catéchumènes de Barbezieux, de Ma Campagne et de Saint-Pierre-Aumaître, et peut-être d’ailleurs, se préparent à recevoir ce signe. Et tout à l’heure, la bénédiction solennelle des huiles montrera que ce signe du Christ est appelé à se répandre, à se diffuser, à travers les sacrements de la foi, du baptême à l’ordination, qui font de nous des membres du Christ et, pour certains, des serviteurs de son Corps.

            Nous voici rassemblés au début de la Semaine sainte, comme nous l’avons été ici même en octobre dernier, pour nous ouvrir à la joie de croire en Dieu, et d’y croire non pas comme des naïfs, mais comme des hommes et des femmes qui apprennent à mener le combat de la foi, à la suite de Jésus, qui « passe de ce monde à son Père en aimant les siens jusqu’au bout. »

            Passion de Jésus Christ, combat des chrétiens en ce monde, non pas contre le monde, mais pour que le monde s’ouvre à ce que Dieu vient nous révéler en nous arrachant au mal. Tout se tient et tout commence au Cénacle de Jérusalem : un dernier repas, de forme pascale, selon le rite juif. C’est à première vue, un grand et beau moment d’amitié, mais c’est en réalité un moment terriblement dramatique, parce que Jésus sait qu’il va être livré sans défense à ceux qui ont déjà décidé sa mort.

            Et le pire dans ce dernier repas, ce n’est pas seulement la présence du traître, Judas, c’est l’incompréhension des autres, et d’abord du premier des apôtres, Simon-Pierre : « Me laver les pieds, toi, jamais ! » Arrière, Seigneur, ne t’approche pas trop près ! Laisse-moi tranquille ! Dispense-moi de te suivre jusqu’au bout ! Évite-moi d’être vaincu !

            Être au Christ, oui, peut-être, mais en restant à distance, en regardant, en choisissant ce qui nous convient ! Mais participer au geste de Dieu qui se livre, ce n’est pas possible ! Et Simon-Pierre est alors à notre image, rêvant d’un triomphe de Dieu, refusant cette puissance douce de don et de résurrection qui va affronter le mal pour le vaincre de l’intérieur !

            Mais rien n’empêche Jésus de se mettre aux pieds de ses amis pour les laver. Et, à ce moment-là, il n’est pas seulement le Serviteur qui s’abaisse, il est l’ami qui ne mesure pas son amitié, qui se livre, qui se donne, qui aime jusqu’au bout tous les siens, si médiocres qu’ils soient.

            Tout est dit dans ce geste humble et fraternel. Tout est dit de la profondeur de Dieu quand il fait face à tout le mal du monde avec une force qui n’est pas de ce monde. Et c’est peut-être là le cœur de la Révélation chrétienne : le mal n’a pas le dernier mot. L’horizon du monde, ce n’est pas la trahison et la mort. C’est l’amour qui va jusqu’au pardon. « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! » Et nous comprendrons plus tard que cette présence désarmée de Jésus est déjà une victoire, comme s’il obligeait les puissances du mal à cesser leurs ravages.

            Car l’Amour qui vient du Père et dont Jésus, le Fils, vit jusqu’à la dernière heure, est capable de dissoudre tout ce qui nous détruit. Et c’est pourquoi nous croyons que la Passion de Jésus, commencée par le lavement des pieds, est une victoire cachée, et que nous sommes appelés à la manifester dans le monde.

Messe chrismale 2012.4

            Voilà la mission de l’Église : témoigner contre vents et marées que le mal, même s’il continue d’agir et de blesser, est radicalement vaincu, et que nous participons, avec le Christ, à l’avènement d’un monde délivré du mal et de la mort.

            Et que cela peut se voir, si l’on regarde bien : à travers tant de personnes qui connaissent la joie de croire en Dieu et à la victoire du Christ.

            Cette joie, elle existe, même si elle est cachée, même si elle ne passe pas par des paroles éclatantes. Elle existe quand des enfants et des jeunes se savent reconnus et aimés, surtout si leur famille est à l’épreuve. Elle existe quand des hommes et des femmes qui doutent d’eux-mêmes et de leur avenir découvrent près d’eux des présences attentives et bienveillantes. Elle existe quand des rapports de confiance et d’amitié s’établissent au sein même des duretés de notre société inquiète. Elle existe pour des hommes ou des femmes divorcés ou porteurs de bien d’autres blessures, qui cessent de s’accuser eux-mêmes et d’accuser les autres pour se laisser ressaisir par le Christ.

            Tout ceci n’est pas un programme idéal, parce que l’Église ne fonctionne pas avec des programmes. L’Église vit de la bonté de Dieu, de la proximité du Christ, de la force douce de l’Esprit Saint Consolateur, au milieu de toutes les cruautés, de tous les refus, de toutes les tromperies du monde.

            Elle existe pour appeler à l’espérance, parfois contre toute espérance. La Parole de Dieu n’est pas enchaînée ! La Résurrection du Christ est à l’œuvre ! Et nous, peuple de baptisés et d’ordonnés, nous acceptons de prendre notre part dans ce combat de la foi, qui demande du courage, mais qui n’est jamais perdu.

 

X Claude DAGENS

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