Le blog de Mgr Claude DAGENS

"IL A FAIT TOMBER LE MUR DE LA HAINE". Homélie lors de la messe à la cathédrale pour l'anniversaire de la fin de la guerre, le 8 mai 2013

13 Mai 2013 Publié dans #Homélies

           Une commémoration ne suffit pas. Nous sommes aussi appelés à espérer pour l’avenir et donc à lutter pour la paix.

            Mais soyons d’abord réalistes et par rapport à la paix et par rapport à la guerre. Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, l’Europe occidentale n’a pas connu la guerre. Elle vit en paix et il faut ajouter ceci : les affrontements armés entre la France et l’Allemagne ont été suivis aussitôt d’initiatives de rapprochement et de coopération, avec la constitution d’une Communauté européenne qui s’est considérablement élargie, mais aujourd’hui, cette Communauté devenue Union européenne ne sait pas comment se développer et prendre sa place dans un monde qui demeure tendu et même violent.

            Car des guerres ont lieu à travers le monde, du Mali à l’Afghanistan, en passant par la Syrie et l’Irak. Et la France prend sa part à ces guerres, qui font des morts et des blessés, chaque jour. En ce jour d’anniversaire, nous faisons mémoire de ces événements de mort, qui concernent des hommes que certains d’entre vous ont connu. Et même si ces combats sont lointains, ils nous rappellent la situation de notre terre, où se dressent toujours des murs de haine et de violence, qui semblent difficiles à abattre.

            Et pourtant, aucun de nous ne se résigne à la guerre, et surtout à ce qui la produit. Et c’est dans cet esprit que j’ai choisi ces textes de la Parole de Dieu, qui attestent le réalisme de la foi chrétienne face à toutes les séparations et les violences du monde.

            Voici Jésus à Capharnaüm, en Galilée, ce « carrefour des païens », où se trouve une garnison de soldats romains ! Et voici ce dialogue décisif entre lui, Jésus, cet homme fidèle à la Tradition juive, et ces amis d’un centurion romain qui ne se résigne pas à la mort de son serviteur !

            Jésus pourrait se détourner. Que vient faire cette délégation envoyée par un païen ? Mais il ne se résigne pas à cette barrière qui sépare son peuple du monde païen. Il entend l’appel de cet homme : « Dis seulement une parole, et mon serviteur sera guéri ! » Et il est saisi d’admiration pour l’acte de foi que porte en lui cet appel ! Ce païen ne croit pas seulement en Dieu, il croit à la bienveillance efficace de Dieu et de sa Parole en cet homme, Jésus, qui vient de Dieu. Et la guérison du serviteur aura lieu : et elle répond autant à la confiance du centurion qu’à la force libératrice qui est en Jésus.

            Mais l’enjeu de cet acte, ce n’est pas seulement la guérison du malade. C’est la victoire sur les séparations inscrites dans l’histoire entre Juifs et païens. Cet envoyé de Dieu, cet homme qui est son Fils, ne fait donc pas de différences entre les hommes. Sa puissance de salut est pour tous, les Juifs et les païens, les proches et les lointains.

            Mais, à l’horizon de cette victoire, se trouve une autre révélation : la victoire de Jésus Christ sur les séparations et les haines n’est pas un acte magique, ni même une affirmation de sa supériorité. Elle passera par la Croix : « En sa personne de Crucifié, écrira plus tard l’apôtre Paul, il a tué la haine, et il est notre paix. »

            Là se trouve le plus grand signe de la nouveauté chrétienne, dans cette victoire sur le mal acquise de l’intérieur du mal. Dans l’acte de sa Passion et de sa Pâque, Jésus saisit tout de notre humanité violente, pour la reconstruire du dedans, en faisant la paix par le sang de sa croix, « pour vous qui étiez loin et pour vous qui étiez proches ». Dès lors, « vous n’êtes plus des étrangers, ni des gens de passage. Vous êtes citoyens du peuple saint, membres de la famille de Dieu. »

 

            Et le plus beau, c’est lorsqu’au milieu même des guerres et des violences du monde, cette espérance de la réconciliation des hommes et des peuples demeure présente dans les consciences. Le mal, si puissant qu’il soit, n’aura pas le dernier mot. Les murs de haine seront abattus. Des adversaires se tendront la main. Des peuples réapprendront à se connaître et à se respecter.

 

            Et ce qui vaut à l’échelle du grand monde vaut aussi dans notre société française. Plus les logiques de séparation et de fragmentation, et même de violence et de haine, s’affirment, plus doivent s’affirmer aussi non pas des logiques, mais des initiatives, des efforts, des gestes de paix et de réconciliation. Le Christ ne fait pas de nous des anges invulnérables, mais des hommes et des femmes qui luttent pour que jamais la haine n’ait le dernier mot et pour que notre humanité devienne, à longueur d’histoire, la demeure de Dieu, par Jésus Christ, le réconciliateur.

 

+ Claude DAGENS

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