Le blog de Mgr Claude DAGENS

FACE À L'INDIVIDUALISME AMBIANT : L'EXPÉRIENCE CHRÉTIENNE. Homélie prononcée lors de l'Eucharistie, avec la pastorale des migrants, à la cathédrale, le 15 janvier 2012

16 Janvier 2012 Publié dans #Homélies

                   Pastorale des migrants 2012Frères et sœurs,

 

            Quand nous nous rassemblons pour l’Eucharistie, ce n’est pas seulement pour être bien ensemble, d’autant plus qu’il y a entre nous des différences et parfois des tensions.

            C’est parce que nous sommes appelés à communier à la même Parole de Dieu et à former un même Corps, dans le Christ, qui nous relie les uns aux autres. Et cette communion qui nous enveloppe n’exclut pas du tout le dialogue personnel avec Dieu, comme pour le prophète Samuel ou pour ces hommes qui vont devenir les premiers compagnons de Jésus, André, Simon et sans doute Jean.

            Ces deux expériences – la communion dans le Christ et le dialogue personnel avec Lui - sont vitales. Et il faut bien reconnaître qu’elles constituent l’une et l’autre une nouveauté.

            En disant cela, je pense à vous, frères et sœurs venus d’Afrique, du Congo au Togo et au Gabon, et à d’autres pays. Chez vous, chaque être humain est naturellement lié à un groupe, à une ethnie, à un clan, à une famille. Cela ne veut pas dire que l’on s’entend toujours parfaitement, mais on se trouve intégré à un ensemble humain qui soutient les personnes. Cette solidarité naturelle n’existe plus dans nos pays occidentaux, parce que nous affirmons d’abord les droits des individus, et des individus séparés les uns des autres. Et vous savez bien – et nous en souffrons comme vous – que la royauté des individus ne facilite pas les liens sociaux.

            Et c’est pourquoi la communion chrétienne est si vitale pour vous, comme pour nous tous. Et nous sommes heureux lorsque vous nous y encouragez par votre art de chanter, de prier, d’être vivants, en faisant appel à ce qui nous relie, et non pas d’abord à ce qui nous différencie.

            N’ayez pas peur d’être vous-mêmes parmi nous, de nous réveiller, et de réveiller ces ressources de vie fraternelle que nous laissons trop souvent enfouies en nous. Que nos communautés chrétiennes, à Soyaux et ailleurs, comprennent davantage qu’elles sont des éléments concrets de ce grand Corps du Christ que nous apprenons à former, avec vous !

            Et, dans ce Corps vivant, chacun, chacune a sa place et son importance. Chacun peut être appelé par son nom personnel : Samuel, André, Simon-Pierre, Jean, et aussi Marthe, et Marie-Madeleine, et bien d’autres…

            Et plus profond est le dialogue avec le Dieu vivant, plus nous saurons nous regarder les uns les autres comme des enfants de Dieu, également reconnus et adoptés par Lui.

            Vous l’avez déjà remarqué en lisant la Parole de Dieu. Pour Dieu, chacun est unique et il nous appelle par notre nom : « Samuel, Samuel ! » Cet enfant n’oubliera jamais ce premier dialogue, près de l’Arche d’Alliance, où sont déposées les Paroles fondatrices de Dieu à son peuple, les Paroles confiées à Moïse, les Tables de la Loi. Mais cette parole adressée au peuple élu, elle se fait aussi personnelle. Dieu a la liberté de se tourner vers ceux qu’il choisit, et le dialogue commence alors, plus ou moins sensible ou plus ou moins caché.

            Voyez dans l’Évangile de Luc pour cette première rencontre avec Jésus. Il suffit de quelques regards, et de regards humains qui perçoivent l’invisible, au-delà des apparences. Cet homme nommé Jésus, Jean-Baptiste le regarde et il discerne sa mission : « Il est l’Agneau de Dieu, Celui qui vient sauver et délivrer son peuple. » Plus tard, ce seront les disciples de Jean qui regarderont vers ce même Jésus qui, lui, le premier, les interroge : « Que cherchez-vous ? » Voilà ces hommes appelés à écouter, en laissant s’éveiller leur conscience.

            Ce jour-là, ces hommes n’ont pas tout compris, mais ils se sont ouverts au mystère de cet homme dont la demeure est dans l’amour du Père…

            Et c’est Jésus ensuite qui, en regardant Simon, cet homme impétueux et généreux, voit en lui ce qui lui sera donné par Dieu, cette capacité de croire et d’aimer, au-delà de ses limites et de ses fautes…

            Tout est en germe dans cette première rencontre. Tout est toujours en germe si nous acceptons de nous ouvrir à ce que le Christ veut nous donner. Parfois – et beaucoup d’entre vous le savent – il faut consentir à bien des dépouillements pour être ainsi saisis par Dieu, ressaisis par le Christ, et jusque dans nos corps.

            Car nos corps ne sont pas des objets, et encore moins des marchandises que l’on pourrait vendre ou acheter. Nos corps sont faits pour la vie du Christ. Nos corps sont faits pour la résurrection. Nous ne pouvons pas nous servir de nos corps, comme on se servirait d’une matière brute. Voilà ce que l’apôtre Paul fait entendre avec force, pour une simple raison : croire au Christ qui libère nous empêche de tomber en esclavage, quel que soit l’esclavage ! Nous sommes des vivants, appelés à nous donner, en laissant la force du Christ nous façonner, et soutenir notre dignité d’enfants de Dieu ! C’est pour ce témoignage-là que nous sommes rassemblés et heureux de l’être !

X Claude DAGENS

évêque d’Angoulême

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