Le blog de Mgr Claude DAGENS

Évangéliser dans des conditions nouvelles. EA 11 décembre 2009

15 Décembre 2009 , Rédigé par mgrclaudedagens.over-blog.com Publié dans #Edito Église d'Angoulême

Priorité à l’évangélisation, mais à l’évangélisation dans des conditions nouvelles : voilà ce qui a émergé de nos échanges lors de notre dernière assemblée d’évêques à Lourdes.

            À quoi tiennent ces conditions nouvelles de l’évangélisation ? À plusieurs raisons convergentes :

                        - Il est évident que nos moyens sont limités, que nos institutions sont affaiblies et que les « ouvriers » disponibles pour la mission sont trop peu nombreux.

                        - Il est aussi évident que, dans notre société sécularisée et incertaine, la Tradition chrétienne est globalement ignorée ou marginalisée, beaucoup plus que rejetée. D’où l’importance du terrain de l’initiation chrétienne, en tous domaines, des enfants aux adultes.

            À ces conditions nouvelles de l’évangélisation sont liées des exigences également nouvelles. Nous devons apprendre davantage :

                        - à relier vraiment la mission de l’Église au mystère du Christ

                        - à aller résolument au-delà de la loi de l’offre et de la demande

                        - à former des communautés fraternelles et apostoliques.

 

 

Relier vraiment la mission de l’Église au mystère du Christ

           

            L’Église n’est pas d’abord un système à organiser. Elle est un Corps vivant, toujours fragile et toujours renaissant. Elle est le Corps du Christ qui vit de son Alliance, de son Incarnation, de sa Pâque. Ce n’est pas une formule. C’est notre expérience actuelle…

·         Nous savons tout ce qui nous fragilise et nous mesurons la disproportion formidable entre la pauvreté de nos moyens et l’ampleur de nos besoins ou des appels que nous percevons (dans le domaine de la formation, de l’accompagnement, de l’initiation, de la solidarité).

·        À nous de vivre cette disproportion selon l’Évangile. Je pense aux premiers disciples : « Ils rapportèrent à Jésus tout ce qu’ils avaient fait et tout ce qu’ils avaient enseigné. Il leur dit : ‘Vous autres, venez à l’écart dans un lieu désert et reposez-vous un peu’ » (Marc 6,30-31).

            Et aussitôt après aura lieu la multiplication des pains et des poissons : 7 pains et 2 poissons pour une foule considérable…

·         Nous avons un besoin vital dans nos communautés de nous arrêter et de nous raconter des histoires vraies : qui rencontrons-nous ? De quelles attentes sommes-nous témoins ? Comment nous devient-il possible, avec nos moyens pauvres, de répondre à ces attentes, en payant de nos personnes, et en laissant le Christ passer par nous, oui, par nous, puisque nous sommes à son service ?

 

 

Aller résolument au-delà de la loi de l’offre et de la demande

 

            Nous nous enfermons trop souvent dans une logique marchande. L’Église serait une pourvoyeuse de services et les gens qui s’adressent à elle seraient des demandeurs. Il est vrai que certaines démarches ont cette allure-là.

            Mais il ne nous est pas interdit de voir et d’entendre alors non seulement ce qui est dit et demandé, mais d’abord les personnes qui expriment ces demandes. C’est à nous de regarder ces personnes non pas comme des clients, mais comme des signes : c’est notre confiance, plus forte que leur maladresse, qui leur permettra de franchir des seuils, d’avancer sur le chemin que nous leur proposons, à condition que nous leur ouvrions vraiment un chemin

            Comme Jésus le fait pour tant d’hommes et de femmes qu’il rencontre et qui n’avaient pas les mots de la foi, mais le simple langage de leur humanité.

 

 

Former des communautés fraternelles et apostoliques

 

            Oui, que nos communautés ordinaires soient vraiment fraternelles et apostoliques !

            - Fraternelles, c’est-à-dire où l’on se reconnaît non pas à partir de ses fonctions, mais à partir de sa simple identité d’enfants de Dieu appelés à aimer et à être aimés, au-delà de nos capacités, de nos incapacités et de nos maladresses.

            - Apostoliques, en allant à la source de l’apostolat qui se trouve dans la personne de Jésus, et en particulier dans le double signe de sa présence : il partage tout de notre humanité, de la naissance à la mort, et, en même temps, il nous ouvre au mystère du Père et de sa miséricorde. Et, aux dernières heures de sa vie, il accomplit deux gestes qui demeurent pour toujours au cœur de la mission de l’Église : le lavement des pieds et la fraction du pain, le geste fraternel du service et le geste liturgique du sacrement.

 

           

            C’est clair : le renouveau de l’évangélisation est inséparable du renouvellement de l’Église et de son organisation. Il faut tout faire pour relier la vie fraternelle et la vie sacramentelle, afin que, du même mouvement, l’Église célèbre son Seigneur et témoigne de Lui dans le monde, en devenant le signe sensible de sa Charité !

            Merci à ceux et celles qui y contribuent, de façon visible et de façon cachée ! Mais la visibilité chrétienne passe aussi par la nuit, comme à Bethléem…

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