Le blog de Mgr Claude DAGENS

"EH BIEN, MOI JE VOUS DIS..." Homélie lors de la bénédiction de l'église restaurée de Bourg-Charente, le 23 février 2013

26 Février 2013 Publié dans #Homélies

Bourg Charente 2

 

         Dans les paroles que Moïse adresse au peuple d’Israël, comme dans celles que Jésus adresse à ses disciples, il y a un acte extraordinaire de confiance de la part de Dieu. Car si Moïse parle au nom de Dieu et si Jésus est le porte-parole et le témoin du Père des cieux, cela signifie que Dieu ne doute pas de nous. Il nous croit capables d’accomplir ses commandements et même d’aimer comme Lui nous aime, sans calcul, sans évaluation préalable, d’une manière forte, jusqu’à aimer ceux qui nous haïssent, nos ennemis.

            Voilà la nouveauté de Dieu, telle qu’elle se révèle dans la Tradition juive et dans la Tradition chrétienne : Dieu s’adresse à nous et nous donne ses commandements, en nous disant « tu » : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton être, tu aimeras ton prochain comme toi-même ! » Voilà le premier des commandements.

            Et ce commandement est adressé à des hommes à la nuque raide, capables de se révolter et de s’éloigner de Dieu ! Et pourtant, Lui, le Maître de la Loi n’hésite pas à demander à son peuple de porter sa Parole et d’en vivre. Quel engagement de sa part !

            Et les paroles de Jésus vont encore plus loin. Car Jésus ne vient pas abolir la loi confiée à Moïse. Il vient l’accomplir, et cet accomplissement passera par sa Pâque : l’amour de Dieu en Lui n’est pas du sentiment, mais un don qui va jusqu’au bout, qui va jusqu’aux paroles ultimes de la Croix et du pardon destiné à ses bourreaux : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »

            Et c’est peut-être cela qui est le plus important dans les paroles de Jésus quand il demande à ses disciples « d’aimer leurs ennemis et de prier pour ceux qui les persécutent ».

            Quel est donc ce prophète qui ose proposer cette règle de vie et d’action ? Ignore-t-il la dureté du monde ? Ne sait-il pas que la loi des hommes est parfois la loi de la jungle, et qu’il faut s’habituer à ces rapports de forces et parfois de violence qui traversent nos sociétés ?

            Non, il n’ignore rien de cette réalité du monde et il l’affrontera lui-même, face à face, durant sa Passion et tout ce qui précède sa Passion. Mais il sait d’où il vient et au nom de qui il parle : il vient pour qu’en tout homme soit réveillée cette force cachée de l’amour donné par Dieu, qui peut tout, qui croit tout, qui espère tout !

           Aimez vos ennemis Jésus n’est pas un doux rêveur qui serait incapable d’affronter le monde réel. Au contraire, il vient, à mains fortes et à bras étendus, et à cœur ouvert, inscrire dans ce monde une loi radicalement nouvelle qui n’a pas d’autre justification que l’Alliance nouvelle désirée par Dieu, notre Père des cieux.

            Et Dieu demeure parmi nous, en Jésus Christ, pour que cette Loi nouvelle ne disparaisse pas de ce monde, pour qu’elle y suscite des hommes et des femmes qui ne se résignent pas à être comme des publicains et des païens, n’aimant que de façon intéressée, jamais gratuite.

            Et quel rapport entre cette Parole de Dieu et cette église de pierres, cette belle église romane de Bourg-Charente prête à ouvrir ses portes pour qu’y entrent aussi bien des pèlerins de passage que des fidèles de l’Église catholique ?

            La réponse est claire : cette église a été construite pour être en pays charentais ou saintongeais le signe visible et durable de l’Alliance entre Dieu et les hommes. Les régimes politiques peuvent passer, cette église demeure plantée là, pas seulement pour faire partie d’un patrimoine vénérable, mais pour manifester la présence de Dieu, ce Père des cieux qui ne désespère d’aucun de ses enfants.

            Ici on peut percevoir, à travers le silence, le secret du monde : « Tu aimeras, parce que ton Père des cieux, Lui, t’a aimé et t’aime le premier, et que même si ton cœur te condamnait, Dieu est plus grand que ton cœur et qu’il connaît toutes choses, et qu’il sait qu’en deçà de toutes tes peurs, de toutes tes blessures, de toutes tes haines, réside en toi un grand désir d’aimer et d’être aimé, et qu’ici, ce désir peut se réveiller et balayer en toi tout ce qui l’entrave. »

 

            Nous sommes sur le chemin de Pâques. Le Christ Jésus va bientôt affronter ses ennemis, subir leur haine et leur violence. Mais il sait qu’il va vers son Père et qu’il nous ouvre le chemin vers Lui. Ici, nous pouvons faire halte sur ce chemin. Ici, nous réapprenons d’où vient l’amour dont nous désirons vivre, qui ne se réduit pas à du sentiment, ni à quelques émois sensuels, ou à quelques nostalgies d’enfance. Ici se révèle en silence la force douce de l’Amour qui est en Dieu, la force du Christ qui « passe de ce monde à son Père en aimant les siens jusqu’au bout ». Et nous sommes ses témoins…

 

+ Claude DAGENS

Partager cet article

Repost 0