Le blog de Mgr Claude DAGENS

DISCRETION ET BONTE : LE TEMOIGNAGE D'UN PRÊTRE. Obsèques du Père Jean-Baptiste BOURDIER, à Mansle, le vendredi 7 janvier 2011

11 Janvier 2011 Publié dans #Homélies

          Jean-Baptiste BOURDIER, le Père Jean-Baptiste BOURDIER, qui nous réunit aujourd’hui à Mansle, a souhaité que ses obsèques soient un moment de prière plus que de paroles. Et il a même insisté, pour l’homélie : « Que l’on parle non pas du défunt, mais du Christ, de l’espérance et de l’avenir de l’Église. »

            Mais le Père BOURDIER a aussi choisi la Parole de Dieu que nous avons entendue et cette Parole nous met ou nous remet devant l’événement étonnant de la Résurrection du Christ, de la mort vaincue et de cette force de l’Esprit Saint qui agit en nous.

            Il n’est pas difficile de respecter la volonté du Père BOURDIER et d’aller ainsi, avec lui et grâce à lui, à la source de notre espérance. C’est là qu’est l’avenir de l’Église, quelles que soient les difficultés du moment.

            Avant tout, le Christ, Jésus, à partir de ce tombeau où il avait été enseveli. Là est sans doute la plus grande nouveauté du christianisme : les païens que nous demeurons sont fascinés par la mort, et parfois par les cadavres. Mais la diffusion de l’Évangile commence avec des femmes aimantes qui sont venues vers un tombeau et qui le trouvent vide, et alors elles commencent à comprendre la vérité de Jésus Christ : il n’est plus ici, enfermé dans la mort. Il vit avec son corps ressuscité. Il est devenu le premier-né d’entre les morts.

            Et l’appel de l’ange adressé à ces femmes de Jérusalem nous est toujours adressé : « Ne vous enfermez pas dans la mort ! ». Car la mort humaine, si réelle, et parfois si cruelle, est vaincue par la force mystérieuse de la Résurrection du Christ !

            De sorte que la religion chrétienne ne peut pas, ne doit pas apparaître comme une religion fascinée par la mort. Si nous prions près de ceux qui nous quittent, nous acceptons, si peu que ce soit, de recevoir cette vie nouvelle qui passe et passera aussi par nos corps mortels.

            Laissez, dit l’apôtre Paul aux premiers chrétiens d’Éphèse, « le Christ habiter en vos cœurs par la foi. » Acceptez « d’être enracinés et fondés dans l’amour pour avoir la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la longueur, la largeur, la hauteur et la profondeur… et vous connaîtrez l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance. »

            Ces paroles-là ne sont pas des paroles faciles. Ce sont des paroles fortes et le Père BOURDIER les a choisies pour que nous les recevions comme des paroles de vie, des paroles qui nous demandent d’aller au-delà, bien au-delà de nos sentiments immédiats, de notre peine ou de notre mémoire.

            Car nous nous souvenons de Jean-Baptiste BOURDIER, de sa vie, de son ministère de prêtre, de Nanteuil-en-Vallée à Confolens et à Chasseneuil, en passant par Aunac et par Mansle.

            Ici même, il a donné sa vie, avec cette capacité profonde de discrétion et de bonté qui était en lui. Car il savait s’effacer pour écouter et pour aimer. Et nous rendons grâces à Dieu pour ses années de service et pour son témoignage d’homme visiblement livré au Christ.

            Certes, il était timide. Il ne s’imposait jamais, mais il était aussi capable de souffrir et de comprendre ceux qui souffrent et qui luttent. Et cette capacité de compréhension, je l’ai découverte lors de ma dernière rencontre avec lui, à Saint-Front, il y a quelques semaines. Je lui ai dit le nom de sœur saint Cybard : alors, il a pris la parole, longuement, il m’a parlé de cette femme, de cette religieuse qu’il avait bien connue à Lesterps après 1942 et qu’il est allé revoir à Puypéroux après 1963. Et alors, j’ai compris que lui, Jean-Baptiste BOURDIER, avait deviné ce que cette femme ne disait sans doute à personne : sa volonté de combattre l’injustice et le mensonge et de payer de sa personne pour cela. Et elle l’a fait, et cela est maintenant reconnu par des juifs autant que par des catholiques.

            Le Père BOURDIER nous donne le témoignage d’un prêtre qui, en deçà de ses apparences timides, a vécu aussi ce combat-là. Et ce témoignage demeure, non pas à cause des vertus du Père BOURDIER, mais à cause de la force de Résurrection qui a sa source dans le mystère du Christ.

            Merci, Père BOURDIER, d’être là, devant nous, dans la lumière de Dieu, et de nous encourager à témoigner nous aussi de cette force qui nous est donnée, quoi qu’il nous arrive !

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