Le blog de Mgr Claude DAGENS

DIEU SERAIT-IL VIOLENT ? Eucharistie à Ruelle avec l'accueil du Père Marcel ZONGO, le dimanche 9 octobre 2011

10 Octobre 2011 Publié dans #Homélies


 

            La Révélation de Dieu est parfois terriblement réaliste. C’est le cas aujourd’hui avec cette parabole des invités qui refusent de répondre à l’invitation du roi ou qui n’en sont pas dignes, et qui se trouvent exclus.

            Ce récit, que fait Jésus lui-même, est étonnant par sa violence, ou plutôt par les trois épisodes violents qui le jalonnent : quand les hommes invités massacrent les porteurs de l’invitation, quand le roi ordonne le châtiment des coupables et aussi, à la fin, lorsqu’il prononce l’exclusion de l’un des invités, qui n’a pas l’habit de noces.

            Si le roi de cette parabole est une figure de Dieu, alors, on peut se demander : Dieu serait-il violent, face à la violence des hommes ? On ne peut pas exclure cette question, d’autant plus qu’elle nous est posée parfois par des personnes qui accusent toutes les religions d’être causes de discriminations et d’exclusions, d’intolérances et de violences.

            Face à ces questions et à ces critiques, nous ne pouvons pas faire les malins. Mais nous ne pouvons pas répondre seulement en invoquant l’histoire, malheureusement jalonnée de violences réelles.

            Il faut aller plus loin. Il faut comprendre l’intention de Jésus lorsqu’il a fait de cette parabole pas seulement un avertissement, mais un témoignage. Car c’est Lui qui est le porteur de l’invitation du Père à tous les hommes, et il se heurte au refus de ceux qui ne peuvent pas et ne veulent pas comprendre la générosité de Dieu.

            Et comme souvent pour nous-mêmes, la violence s’enracine dans la souffrance, la souffrance d’être méconnu, méprisé, rejeté. Jésus parle comme un homme qui souffre de la fermeture irrésistible de ceux qu’il vient rencontrer.

            Et à ce moment-là, il faut aller plus loin que la parabole, qui n’est jamais un point final. Face à la violence si réelle des hommes, à leur refus, à leur dureté, Jésus souffre, mais il ne se résigne pas, et Lui, qui est doux et humble de cœur, il ne va pas déclencher des représailles. Il ira jusqu’au bout de sa vie donnée, il subira de plein fouet la violence, pour la détruire de l’intérieur, pour la vaincre, avec une force qui n’est pas de ce monde, celle du Père qui l’envoie.

            C’est à la lumière de la Pâque de Jésus qu’il faut comprendre cette parabole. Elle ne porte pas sur Dieu et sa violence supposée. Elle porte sur nous, avec notre immense capacité de refus. Mais face à nos refus, parfois si réels, Dieu ne nous contraint pas. Il attend, il espère, et il donne son Fils, qui « va passer de ce monde à son Père en  aimant les siens jusqu’au bout ».

            Ce chemin-là n’est pas un chemin facile. C’est le chemin de la vie vécue à la suite de Jésus, pour nous, ses disciples, qui sommes toujours partagés entre nos capacités de refus et aussi notre vocation à vivre de la force même du Christ.

            Dieu nous met du côté de son Fils. Nous sommes exposés à de multiples refus. Nous appelons, et les gens ne répondent pas. Nous proposons et l’on se détourne de nous. Nous voudrions aimer, et nous nous heurtons à l’indifférence. Nous sommes en état de lutte, de combat, non pas contre les autres, mais pour vivre à la manière du Christ en ce monde si fragile et si dur.

            Père Marcel ZONGO, vous voilà parmi nous, à Ruelle, pour participer à ce combat de la foi et de la charité. C’est cela la mission d’un prêtre et je suis sûr, parce que je vous connais déjà, que vous allez participer à ce combat avec toute l’expérience, toute la sagesse, toute la ténacité qui sont en vous, ici, dans cette banlieue d’Angoulême, qui a une belle tradition ouvrière, et aussi une belle tradition de l’accueil à la nouveauté de l’Évangile.

            Vous tous, qui êtes là, ce matin, je suis sûr que vous comprenez ce que représente pour ce prêtre venu de Koudougou la plongée dans un nouveau bain d’Église ! Le Père ZONGO est comme l’apôtre Paul : il sait se contenter de ce qu’il a, mais il a besoin de votre accueil et de votre générosité. Apprenez à le connaître, et à reconnaître tout ce qu’il porte de neuf avec lui, surtout lorsqu’il s’étonnera de certaines de nos attitudes ou de nos pratiques ! Laissez-le et même encouragez-le à déployer tous les talents qui sont en lui, et d’abord cette foi au Christ vivant qui est le cœur de son existence de prêtre !

            Avec le Père Gérard CHARRIER, qui demeure proche de vous, et avec votre nouveau curé, Marcel ZONGO, ayez à cœur de comprendre ici, à Ruelle, la réalité de l’Église, ce Corps parfois blessé, mais vivant de la charité du Christ si nous, chacun à notre place et à notre manière, nous accueillons cette charité, plus forte que toutes nos violences et que toutes nos peurs !

 

X Claude DAGENS

évêque d’Angoulême

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