Le blog de Mgr Claude DAGENS

DIEU PARLE ET DIEU AGIT. Homélie lors de la messe avec les ministères institués de Laurent Grandpierre, le 3 mars 2013, à Villebois-Lavalette

7 Mars 2013 Publié dans #Homélies

 

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         Au début de cette célébration, Laurent GRANDPIERRE a été institué lecteur : il a reçu la charge de porter la Parole de Dieu et de la proclamer, en tant qu’elle est la Parole que Dieu nous adresse. Et tout à l’heure, avant l’offertoire, il sera institué acolyte, chargé d’accompagner le prêtre ou l’évêque, en étant à ses côtés pour l’Eucharistie.

            Ces deux ministères institués sont liés à la Vérité de Dieu, de ce Dieu auquel nous croyons, ce Dieu qui parle et qui agit. Et aujourd’hui, en ce troisième dimanche de Carême, la Parole de Dieu met en relief cette Parole et cette action de Dieu, de Moïse à Jésus.

            Le Dieu d’Abraham et de Moïse est un Dieu qui sort de lui-même, qui s’ouvre aux hommes et qui nous parle. Ceci est une nouveauté immense, car les dieux païens sont muets. Ils ont des formes plus ou moins humaines, ordinaires ou extraordinaires. Ils apparaissent parfois, mais ils ne sont pas engagés dans leurs paroles, comme le Dieu qui appelle Abraham à sortir de chez lui et à se mettre en marche, ou comme le Dieu de Moïse qui se révèle à travers un buisson d’épines et à travers un feu. Un feu d’où jaillit une parole, ou plutôt un Nom, le Nom imprononçable : « Je suis celui qui suis », Yahvé, et les Juifs ne prononcent pas ce nom, et ce Dieu qui s’adresse à Moïse en l’appelant à délivrer son peuple de l’esclavage, ce Dieu unique se nomme d’un autre nom : « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. »

            Dieu porte donc le nom des hommes qui ont crû en Lui. Dieu choisit de se lier ainsi, originellement, à des hommes déterminés, à des croyants qui ont répondu à ses appels. Et cette réalité demeure : Dieu continue à se révéler au monde à travers les croyants que nous sommes et c’est pourquoi il nous appelle par notre nom, Laurent, Jacques, Bruno, Claude, et aussi Marie-Antoinette, ou Catherine, ou Michèle, ou Marie-Françoise. Nous sommes porteurs du nom de Dieu. Des hommes et des femmes pourront pressentir à travers nous la présence de Dieu et d’un Dieu qui ne se contente pas de parler, mais qui s’engage aussi à agir pour nous.

          moise4.jpg  C’est la promesse faite à Moïse : « J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple, je connais ses souffrances, je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le conduire vers la Terre promise. » Et Moïse à compris, dès cette première parole, qu’il allait participer activement à l’engagement de Dieu pour la délivrance de son peuple. Et l’apôtre Paul, bien des siècles plus tard, évoquera cette libération d’Égypte comme la figure de cette autre libération qui sera accomplie par Jésus, le Sauveur, Celui qui est venu « chercher et sauver ce qui était perdu. »

            Alors, face à cette Alliance de Dieu, on a le droit de s’interroger. Comment interpréter l’énigme du mal dans notre histoire ? Est-ce que les malheurs et les violences seraient une punition de Dieu, comme pour ces Galiléens massacrés sur l’ordre du roi Hérode ou pour ces victimes de la chute de la tour de Siloé, à Jérusalem ?

            La réponse de Jésus est d’une très grande netteté. La mort n’est pas l’indice de notre culpabilité. Le Dieu vivant ne se joue pas de nous en manipulant notre vie. C’est tout le contraire : il veut que nous vivions et que notre vie soit féconde, comme le figuier de la parabole. Inutile de le détruire. Il faut patienter. Avec le temps, la fécondité est possible.

            À nous d’apprendre de notre Père des cieux cette extraordinaire patience qui laisse la vie ouverte à des renouveaux inespérés. Ce qui semble stérile peut germer un jour. Ce qui semble fermé à la foi peut s’y ouvrir un jour. C’est un appel pour nous à ne jamais désespérer de ce que Dieu, Lui, ne cesse pas de croire possible, en nous-mêmes et chez d’autres.

            Laurent, il ne suffira pas que vous soyez au milieu de nous celui qui porte et proclame la Parole de Dieu, ni celui qui se tient debout, aux côtés des prêtres et de l’évêque. Soyez aussi celui qui se laisse travailler par les appels de Dieu, par la bonté du Christ, par la force de l’Esprit Saint, Celui, aussi, qui manifeste au milieu de nous la patience du Père des cieux à l’égard de chacun de ses enfants.

            En ce temps où nous allons vers Pâques, vivez vous-même le mystère du Christ qui va passer de ce monde à son Père, et encouragez-nous à former ici, toujours davantage, dans ce doyenné de Montmoreau, un peuple de baptisés et de croyants qui ne récriminent pas contre Dieu, mais qui répondent à ses appels en témoignant de son Alliance.

 

+ Claude DAGENS

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