Le blog de Mgr Claude DAGENS

DIEU NOUS CONSOLE. Homélie lors de l'Eucharistie à l'abbaye de Bassac, le dimanche 30 septembre 2012, en la fête de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus

1 Octobre 2012 Publié dans #Homélies

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          « Voici ce que dit le Seigneur : … Vous serez comme des nourrissons que l’on porte sur son bras, que l’on caresse sur ses genoux. Comme une mère console son enfant, moi-même, je vous consolerai. » (Isaïe 66,13).

            Cette promesse de Dieu, c’est le prophète Isaïe qui l’adresse au peuple d’Israël, captif et exilé en terre païenne, à Babylone. Dieu ne promet pas seulement la libération, mais la consolation, avec ces gestes maternels d’affection qui font cesser les pleurs des enfants que nous sommes.

            Et la petite Thérèse de l’Enfant-Jésus a fait écho à ces paroles d’Isaïe de façon personnelle, quelques mois avant sa mort. Elle avait 24 ans : « Ah ! Jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses, ne sont venues réjouir mon âme, l’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus. Pour cela, je n’ai pas besoin de grandir, au contraire, il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus. » (Histoire d’une âme, Manuscrit C, Paris, 1992, p.237).

            Mais il ne faut pas s’y tromper : cet acte de confiance n’est pas du tout un enfantillage, car la même Thérèse a fait l’expérience, à 13 ans, de l’action de Dieu qui l’a rendue « forte et courageuse », en lui donnant de dominer sa sensibilité à fleur de peau. C’était durant la nuit de Noël 1886. « La petite Thérèse, écrit-elle elle-même, avait retrouvé la force d’âme qu’elle avait perdue à quatre ans et demi (à la mort de sa mère) et c’était pour toujours qu’elle devait la conserver. » (ibid., p.114).

            Comprenons bien : la consolation de Dieu n’a pas pour seul effet d’empêcher les larmes. Elle produit aussi une sorte de redressement intérieur, comme une consolidation : l’Esprit Saint est le Consolateur, c’est-à-dire Celui qui nous rend plus solides que tout ce qui peut nous blesser ou nous démolir, à tout âge.

            Cette œuvre de consolation, elle vaut pour nous tous, pour chacun de nous, surtout quand nous sommes brisés par des épreuves, des souffrances, des échecs qui nous laissent démunis, affaiblis, découragés. Tant de gens parmi nous et à côté de nous, qui n’osent plus penser à l’avenir, qui pensent parfois au suicide et qui attendent ces gestes, ces regards, ces paroles, qui empêchent de succomber à la tentation de la mort ! Et parfois, dans l’Église elle-même, dans nos communautés chrétiennes, il y a trop d’indifférence, trop de déficits de fraternité, trop d’attitudes de mépris et de rejet !

      Thérèse de LisieuxMais aussi quelle joie d’être saisis, ressaisis par l’affection de Dieu, par cet Amour miséricordieux du Père des cieux, qui permettent à Thérèse de professer une confiance invincible, « quand même j’aurais sur la conscience tous les péchés qui se peuvent commettre » ! (ibid., p.298).

            Quelle joie de pratiquer cette fraternité chrétienne qui a sa source non pas en nous, mais dans le cœur de Dieu qui s’ouvre à nous inlassablement, et Thérèse est pour toujours miroir de cette ouverture-là !

            Et elle l’est aujourd’hui, à Bassac, dans cette précieuse abbaye romane où s’accomplit comme un passage de témoin. Voici qu’aux Missionnaires de sainte Thérèse, qui demeurent proches d’ici, à Segonzac, et qui restent attachés à ce lieu où ils ont servi avec une patience courageuse, voici que va succéder une autre communauté amie de la même Thérèse de Lisieux : des « Travailleurs missionnaires de l’Immaculée », que nous accueillons de grand cœur, avec la certitude qu’ils vont déployer ici leurs charismes d’hospitalité, de fraternité et de prière.

            Ici, ce matin, nous sommes tous des amis de Thérèse de Lisieux et de Bassac ! Et nous nous engageons tous, fidèles au chemin déjà parcouru, à faire de cette abbaye située en terre charentaise comme une oasis de prière et de fraternité. Bientôt ces bâtiments seront restaurés, un centre culturel et spirituel sera constitué, avec la volonté commune de venir ici à la rencontre de Jésus Christ, quand il nous appelle non pas à refouler nos talents, mais à devenir comme Lui des enfants du Père des cieux qui nous aime infiniment.

            Oui, ici, près de la petite Thérèse, Dieu nous attend pour que nous apprenions ou que nous réapprenions que notre vocation, ce n’est pas de dominer le monde en cherchant à posséder toujours plus, mais à recevoir ce que Dieu nous donne : et il nous donne de renaître de Lui, oui de renaître avec notre chair et notre sang, à partir de son Esprit à Lui. Non pas un esprit de peur, mais un esprit de consolation et de confiance, par lequel nous pouvons tout remettre entre ses mains, notre présent, notre avenir, notre mort, notre entrée dans son Royaume de Lumière.

            Chère petite Thérèse, restez avec nous dans ce pèlerinage et préparez-nous à paraître un jour devant Dieu, comme vous, « les mains vides », mais habités par une confiance indestructible qui nous ouvre les portes du Royaume !

 

+ Claude DAGENS

évêque d'Angoulême

 

 

 

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