Le blog de Mgr Claude DAGENS

DIEU NE SE LASSE PAS DE DEMEURER PARMI NOUS. Homélie à l'abbaye de Maumont, lors du 50e anniversaire de la dédicace de l'église

3 Septembre 2013 Publié dans #Homélies

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« Seigneur, mon Dieu, que tes yeux soient ouverts jour et nuit sur cette maison, sur ce lieu dont tu as dit : “Mon nom sera là”… Du lieu où tu résides au ciel, Toi, écoute et pardonne ! »

 Du roi Salomon devant le Temple de Jérusalem au publicain Zachée dans sa maison de Jéricho, en attendant la Cité sainte qui descend du ciel, c’est la même réalité étonnante qui se révèle : Dieu ne se lasse jamais de demeurer parmi nous. C’est nous qui nous lassons parfois de l’attendre et de l’accueillir.

 C’est pourquoi il est bon de faire mémoire de la dédicace d’une église, et d’une église inséparable d’une communauté monastique, comme nous le faisons aujourd’hui, en cette abbaye Notre-Dame de Maumont. Nous savons bien que ce bâtiment n’a pas les promesses de la vie éternelle, mais en cinquante ans d’existence, il atteste la fidélité du Christ à celles qui ont été appelées à vivre ici selon la règle de saint Benoît, en apprenant à ne rien préférer à l’amour du Christ.

Belle occasion de reconnaître la place de la vie monastique à l’intérieur de nos Églises locales, en étant à ce sujet très réalistes. Car il en va un peu de la vie monastique comme de l’enseignement catholique : reconnue dans la société, et notamment par les médias, parce qu’elle sort de l’ordinaire et qu’elle est plus ou moins pittoresque, la vie monastique exige d’être comprise et appréciée dans sa vérité, ce qui demande d’aller au-delà de ses apparences et des illusions que l’on peut entretenir à son sujet, en la considérant comme un haut lieu de fixité catholique et de paix assurée. Ce sont là des illusions !

Vous pouvez en témoigner, mes sœurs ! De 1963 à 2013, de Jean XXIII au pape François, que de changements dans le monde et de conversions dans l’Église ! Et en particulier cette conversion grâce à laquelle nous avons compris qu’il ne suffit pas de s’ouvrir au monde pour le rendre chrétien ! C’est à nous de devenir réellement disciples du Christ, de communier à sa Pâque, en consentant à être dépouillés de beaucoup de nos assurances mondaines, et d’entrer dans le mouvement invisible et réel de sa mort et de sa résurrection, et de vivre ainsi au cœur de l’Église en étant situés au cœur du mystère de Jésus Christ Sauveur ! Cela, ce n’est pas de la fixité, c’est une métamorphose permanente de nos vies livrées au Seigneur.

Photos-Actu 0349Quant à la paix que l’on respirerait ici de façon assurée, il faut être honnête : c’est une paix parfois acquise à grand prix, c’est une lutte intérieure pour se laisser habiter par la paix du Christ ressuscité, au milieu de toutes nos agitations et de tous nos égoïsmes ! Et cette paix passe par l’acceptation mutuelle des différences, des distances, de tout, chez les autres, ce qui nous échappe et aussi par le consentement au pardon, qui peut demander parfois beaucoup de temps.

Mais le Christ Jésus est là, et il veut demeurer en nous et il sait, Lui, nous faire comprendre qu’il ne se lasse pas de venir chercher et sauver ce qui est perdu en nous, ce qui nous replie sur nous-mêmes, ce qui nous détourne de Lui. Et il demande à être accueilli tel qu’il est, Lui, notre Sauveur.

Alors germe l’étonnement et même l’émerveillement, qui est le commencement de la foi, comme pour Zachée. Et ce que nous vivons ainsi dans le secret de nos cœurs et de nos consciences vaut certainement pour d’autres, et Dieu se charge de le diffuser en passant par nous, si nous nous abandonnons à Lui.

Alors la vie monastique peut prendre toute sa place dans l’Église. Elle n’est pas seulement l’héritière d’une longue tradition. Elle est comme un laboratoire de la vie chrétienne dans sa profondeur. Elle participe à ce travail d’engendrement qui vaut pour chacun de nous, et aussi pour l’ensemble du Corps du Christ. Car ce Corps, dans ses structures externes, peut parfois se scléroser ou se durcir ! Que vienne alors l’heure des renaissances, qui passe toujours par des allègements et des dépouillements !

Et qu’il nous soit donné à tous de comprendre qu’avec notre pape François, nous sommes appelés à un travail de purification, d’assouplissement, de simplification à partir de la charité du Christ, dont le grand signe est dans l’événement de la Croix, quand nous sommes avec Lui dessaisis de nous-mêmes et rendus plus libres et plus saints pour laisser le Dieu vivant demeurer parmi nous et plus que parmi nous, en nous, frères et sœurs, en nous peuple de baptisés et de pécheurs pardonnés, et heureux de devenir ses signes, pour la gloire de Dieu et pour la vie du monde !

 

+ Claude DAGENS

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