Le blog de Mgr Claude DAGENS

DES TEMPS EXIGEANTS POUR L'INITIATION CHRÉTIENNE. Des horizons, des enjeux et des points sensibles

25 Octobre 2010 Publié dans #Interventions diverses

Intervention de Mgr Dagens lors de la rencontre des catéchistes du diocèse d'Angoulême, à la Maison diocésaine, le 11 octobre 2010.           

 

 

C’est une joie de vous rencontrer, de vous reconnaître personnellement et de reconnaître que votre mission se situe au cœur de la mission de l’Église. Ce n’est pas une formule facile, pour une raison majeure soulignée par tous les évêques de France : on ne peut plus se payer le luxe de travailler à part les uns des autres. Nous avons besoin les uns des autres pour vivre de Dieu, pour vivre du Christ dans une société qui se passe de Dieu et qui ignore la personne de Jésus le Christ (cf. le dernier livre de Max GALLO, Jésus, l’homme qui était Dieu).

            Autrement dit, on ne peut plus faire comme s’il y avait le « corps » des catéchistes, comme on dit le « corps enseignant », spécialiste de l’initiation chrétienne. Non ! Car l’initiation chrétienne, l’initiation au mystère de Dieu révélé en Jésus, le Christ, par l’Esprit Saint est notre responsabilité commune.

            Et voilà indiqué l’enjeu d’un double travail, qu’accompagnent deux textes :

            - Les orientations diocésaines pour la catéchèse : « Ouvrir à la joie de croire en Dieu ». À vous de participer activement à cette élaboration.

            - Ma lettre pastorale « Des temps exigeants pour l’initiation chrétienne », dont je voudrais vous présenter les horizons, les enjeux et des points sensibles.

 

 

I – DE GRANDS HORIZONS

 

            Deux grands horizons :

                        - La Révélation chrétienne de Dieu dans une société qui se passe de Dieu

                        - La Révélation de Dieu à travers les moines de Tibhirine

 

            1. « Des temps exigeants ». Ce terme « exigeants » a un double sens :

                        - Ces temps sont difficiles, éprouvants, pour des adultes peut-être encore plus que pour des enfants et des jeunes. Pourquoi ?

            Parce que nous, adultes, nous avons conscience du chemin parcouru depuis vingt ou quarante ans, c’est-à-dire des repères disparus, des références oubliées. Dieu n’est plus habituellement présent sur la place publique. Nous ne vivons plus dans une société chrétienne. D’où un état général d’ignorance. Si l’on voulait polémiquer, on pourrait dire : on parle du ramadân des musulmans, mais on ne parle pas du Carême des chrétiens, et les catholiques eux-mêmes n’osent pas ou ne savent pas en parler.

                        - Mais – et voilà l’autre face de la même réalité – ce temps d’ignorance peut être aussi un temps de découverte : des enfants et des jeunes sont capables de s’ouvrir à la présence de Dieu et même de demander le baptême. Et ce sont alors les parents qui sont surpris, et parfois ces pères ou ces mères demandent une initiation chrétienne, à cause de leurs enfants.

            Je pense à cette remarque d’une catéchiste : « Seigneur, tu ne nous donnes pas ce que nous te demandons. Nous te demandons des catéchistes, et tu nous envoies des mamans qui demandent à être catéchisées. »

            Quel renouvellement ! Comment y réagissons-nous ?

            Voyez ma lettre pastorale (p.8) au sujet de la catéchèse des enfants !

 

            2. Deuxième grand horizon : les moines de Tibhirine à cause du film de Xavier BEAUVOIS

            Que montre ce film ? Que donne-t-il à voir ?

            Des hommes qui vivent dans un pays musulman, qui ont choisi d’y rester et qui vont donner leur vie jusqu’au bout, jusqu’à la mort. Pas des hommes exceptionnels, mais des hommes fidèles à leur vocation de moines : prière, travail et accueil, hospitalité sans limites.

            Et ces hommes sont devenus des signes, par leur mort, et grâce à ce film. Et même des signes de Dieu. Comment cela ?

                        - Par leur prière et leurs longs silences

                        - Par leur manière simple d’accueillir et d’écouter (cf. le dialogue de Frère Luc avec une jeune fille)

                        - Par leur façon d’aller vers la mort, en vivant du Christ, avec le signe de l’Eucharistie que l’on voit très bien…

            C’est ce film qui a été pour moi l’élément décisif pour me conduire à cette lettre pastorale. Le but immédiat, c’est de situer nos orientations diocésaines pour la catéchèse. Mais le but caché et réel, c’est de nous ouvrir nous-mêmes au mystère de Dieu avec nous et en nous, comme le fait ce film.

 

 

II – DE GRANDS ENJEUX

 

            Je suis heureux de partager avec vous une conviction profonde, qui vous habite certainement. Des enfants et des jeunes, et aussi leurs parents plus ou moins incroyants, ou leurs camarades, nous sont donnés par Dieu comme des signes vivants de réelles attentes spirituelles.

            Société déchristianisée et sécularisée ? Oui ! Mais société travaillée par une soif spirituelle de Dieu ? Oui aussi, et en même temps. Et je me permets d’insister : nous sommes appelés à percevoir ces signes à travers des visages, des paroles, des silences, des refus aussi ou des résistances.

            - Vous êtes, nous sommes l’Église de Dieu. Mais (cf. ma lettre pastorale p. 3), « le but de l’Église, ce n’est pas l’Église : c’est l’Alliance entre Dieu et les hommes, c’est d’être “dans le Christ, comme le signe et l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain” (Lumen gentium, n. 1) ».

            J’exprime ici un souhait. Que, dans nos orientations diocésaines pour la catéchèse, vous fassiez comprendre ceci qui est primordial : l’Église, et tous les services de l’Église, et tous les engagements des membres de l’Église, n’ont pas d’autre but que la rencontre de Dieu, la rencontre personnelle avec Jésus Christ, la joie de vivre de Lui dans le monde, avec ceux et celles qui portent son signe, les baptisés.

            - Et – deuxième souhait – faites apparaître aussi, de façon positive, les moments et les lieux où peut s’accomplir cette rencontre avec Dieu, avec le Christ.

            La prière, le silence, dans son cœur, dans sa chambre, ou dans une église. J’insiste sur les églises, surtout si elles sont ouvertes. Ouvrez-les et conduisez-y les enfants ! Comme ce jeune père de famille dont le fils n’est pas baptisé, et qui me disait : « Je suis embarrassé. Mon fils me demande d’entrer dans les églises. Et l’autre jour, il m’a demandé : “Est-ce que Jésus est le roi des hommes ? Et pourquoi, sur la Croix, il ne s’est pas défendu ?” »

            Laissez parler la Parole de Dieu avec ce qu’elle a non pas de facile et de gentil, mais de profondément humain et aussi de mystérieux, d’ « ouvert au mystère de Dieu ». Que Jésus ne soit pas identifié à un héros généreux, style Zorro ou Robin des Bois, mais comme cet homme unique qui a une relation unique avec le « Père des cieux », qui est son Père.

            Et la parole de Jésus, le nouveau commandement de l’amour, ce n’est pas une parole facile, surtout quand les enfants font l’expérience du mal et de la mort. Je pense à cette animatrice d’un club d’ACE, comprenant les souffrances d’un enfant (« Quand les paroles des autres me font trop mal, je me tape contre un arbre ») et lui murmurant ces paroles : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ! ». Et l’enfant s’est détourné, c’était trop fort pour lui…

            La Parole de Dieu pénètre au plus profond des cœurs…

 

 

III – TROIS POINTS SENSIBLES DE LA FOI CHRÉTIENNE

 

            Devenir chrétien apprend à voir le monde dans une autre lumière. C’est le même monde, avec sa beauté et ses violences, mais c’est ce monde façonné par Dieu, lié à Dieu, renouvelé dans la Pâque du Christ.

            Et je voudrais que vous n’évitiez pas trois points sensibles de cette révélation chrétienne de Dieu qui sont : le sens de la Création, la Résurrection du Christ et l’énigme du mal (cf. lettre pastorale, p. 13-14).

 

            - Le sens de la Création

            On nous reproche encore de croire à des mythes enfantins : le monde créé en six jours. Quelle stupidité ! Le sens de la création, c’est tout autre chose.

            C’est croire d’abord que ce monde n’est pas le résultat du hasard et de la nécessité. Il est porté, façonné, animé par une Présence aimante, par une Parole aimante. Et nous savons très bien ce qu’est une parole méchante, qui détruit, qui tue, et nous savons aussi ce qu’est une Parole qui fait vivre : « Je t’aime ».

            Ce monde est bon et beau. Pas besoin d’aller chercher ailleurs, dans le cosmos ou dans des au-delà imaginaires ou dans des temps primitifs, ou dans un futur rêvé et reconstruit, un monde idéal. Croire à la Création, c’est croire que Dieu s’est lié à ce monde et qu’il nous demande non pas de l’exploiter, mais de le développer.

            Le mystère de l’amour humain, de l’amour de l’homme et de la femme, se trouve au cœur du mystère de la création. Et cette affirmation positive de la foi juive et chrétienne au sujet de l’amour humain, de la chair humaine, de la sexualité humaine s’oppose à un climat de désenchantement, de scepticisme, de pessimisme au sujet de l’amour humain.

            Le cœur du mystère de Dieu avec nous, c’est Jésus, le « Verbe devenu chair de notre chair », prenant tout sur lui de notre condition humaine, pour tout renouveler. « Et même si notre cœur nous condamnait, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses. » (1 Jean 3,14).

 

            - La Résurrection du Christ

            Écoutez l’apôtre Paul, au sujet de cet événement mystérieux et réel, qu’est la résurrection du Christ et la nôtre : 1 Cor. 15,14-15.

            C’est l’ « abrupt » de la foi, c’est le sommet, ou le cœur, ou la pierre d’angle. « Il est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! » Et il est pour nous le « premier-né d’entre les morts ».

            Au sujet de la Résurrection du Christ, deux insistances seulement :

                        - Le baptême des enfants d’âge scolaire, ou des adultes, ou des petits enfants portés par leurs parents : il suffit de regarder, d’écouter. C’est vécu comme une nouvelle naissance : dans la chair et le sang, une autre source de vie est donnée pour toujours.

                        - La lumière du cierge pascal : pas besoin de commentaire ! La lumière est communiquée : du cierge pascal aux mains des parrains et marraines. Regardez !

 

            - L’énigme du mal

            Des enfants butent sur cette énigme. Et ils n’ont pas de mots pour le dire. Et les blessures demeurent.

            L’initiation chrétienne, ce n’est pas seulement l’initiation à la foi chrétienne. C’est l’initiation à l’Amour de Dieu vainqueur du mal et de la mort. C’est l’expérience de la Croix et du pardon. « Père, pardonne-leur ! Ils ne savent pas ce qu’ils font ! » (Luc 23,34).

            Des enfants aussi sont capables de percevoir ce qu’il y a d’absolument nouveau dans cet événement et cette révélation. Et si jamais ils l’oubliaient ou ne pouvaient plus y croire, Dieu aura toujours la liberté d’ouvrir leur cœur à ce qui est le cœur de notre foi, à cette joie de croire au Dieu vivant et aimant, au-delà de toute expérience du mal.

 

           

Partager cet article

Repost 0