Le blog de Mgr Claude DAGENS

DÉFENSE DES DROITS OU EXIGENCE DE SOLIDARITÉ ? Homélie lors de la commémoration de l'armistice, 11 novembre 2012

12 Novembre 2012 Publié dans #Homélies

        La célébration de cette messe, dans notre cathédrale Saint-Pierre, en ce jour anniversaire du 11 Novembre, est inséparable de deux convictions.

            La première, c’est que nous participons tous à une histoire commune, celle de notre pays, de notre nation, de notre patrie, une histoire jalonnée par des guerres, quand il faut défendre notre patrie par la force des armes, avec les risques que cela comporte.

            Mais il est une autre conviction, plus cachée, que nous pouvons aussi reconnaître et partager : ce qui fait la force de notre nation, ce n’est pas seulement la volonté de se défendre, c’est la solidarité qui existe entre tous ses citoyens et c’est pour nous, croyants, la présence inattendue de Dieu lui-même à l’intérieur de cette solidarité.

            « J’avais faim, j’avais soif, j’étais malade ou en prison, j’étais sans logement, sans sécurité, sans dignité, et vous êtes venus à moi. » Et Jésus insiste encore davantage : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. »

            Ces paroles sont inépuisables, et d’abord étonnantes. Dieu se révèle à nous non pas comme une force toute puissante qui s’affirmerait sans prévenir, mais comme une présence désarmée, qui attend d’être reconnue et secourue. Alors apparaît, en même temps que le visage de Dieu, l’irrécusable dignité de toute personne humaine en ce monde souvent si inhumain, toute personne humaine, à commencer par les plus fragiles.

            Et si l’on veut parler en termes de valeurs communes, de ces valeurs communes qui fondent la cohésion d’une société et d’une démocratie, alors il faut comprendre que notre société, notre démocratie repose non seulement sur la défense des droits de l’homme, mais sur une exigence encore plus radicale de solidarité, et pourquoi ne pas le dire, même si ce terme est aujourd’hui dévalué, sur une exigence de fraternité.

            Et que l’on ne dise pas que ces expressions seraient trop générales ou trop abstraites ! Cela n’est pas vrai. À l’heure où règne un individualisme pratique et où chacun est soucieux de s’affirmer dans son indépendance, il est très important pour qu’existe une société, que cette exigence de solidarité et de fraternité apparaisse plus importante que la revendication des droits individuels.

            D’autant plus que ce qui marque notre société, comme une enquête récente du Secours catholique vient de le montrer, c’est l’aggravation de la pauvreté et de la solitude, notamment pour des femmes célibataires, pour ce que l’on appelle des familles monoparentales. Et ce sont des catégories de personnes qui, habituellement, ne crient pas et ne manifestent pas dans la rue, mais qui souffrent, souvent en silence, en attendant des signes de solidarité et parfois de salut.

            Comme cette jeune mère, seule avec ses deux enfants, qu’une personne du Secours catholique était allée visiter, chez nous, en Charente, et cette personne avait été bouleversée par l’état de désordre et de saleté de son appartement. Elle donna aussitôt à cette mère une aide d’urgence. Et elle revint deux jours après, elle vit que tout avait changé, et elle demanda à la maman : « Mais que s’est-il passé ? » Et l’autre, la maman, lui répondit : « Il y a deux jours, quand vous êtes venue me voir, j’allais me suicider, après avoir tué mes enfants. »

            Je sais que toutes les situations ne sont pas aussi dramatiques, mais je crains que, dans une société apparemment pourvue du nécessaire, on s’habitue à oublier ces situations de détresse et leur multiplication réelle. Et parce que je crois qu’il faut faire un bon usage des anniversaires, sans oublier la guerre de 1914 et toutes ses conséquences, j’ai voulu faire écho à l’avertissement de l’Évangile du Christ, parce qu’il est simple et accessible à tous, et qu’il vient éveiller ou réveiller en chacun de nous ce qu’il y a de meilleur, non pas le désir de faire la guerre ou de nous enfermer dans des rapports de forces, mais la joie de savoir que nous sommes liés les uns aux autres et que le Dieu vivant a choisi de passer par nous et par nos actes de fraternité pour que le monde soit sauvé. Sauvé, au sens simple et fort de ce mot : arraché à ce qui le détruit et ouvert à ce qui le délivre.

            Que Dieu lui-même vienne nous confirmer dans cette espérance plus forte que toutes nos querelles et nos peurs ! Que se déploie en nous cette puissance de vie fraternelle dont la source est dans le cœur de Dieu !

 

+ Claude DAGENS

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