Le blog de Mgr Claude DAGENS

DE L'APÔTRE PAUL A CYRILLE ET METHODE. Messe au séminaire de Francheville, à Lyon, pour la fête de Cyrille et Méthode, lors de la session doctrinale des évêques de France. Lundi 14 février 201

25 Février 2011 Publié dans #Homélies

            L’annonce de l’Évangile du Christ n’est jamais un processus automatique, et encore moins une stratégie calculée. C’est un combat, c’est une histoire toujours nouvelle qui passe par des hommes saisis par le Christ et qui apprennent à vivre de Lui, en étant associés à sa Pâque.

            « Ce trésor du mystère du Christ, nous le portons dans des vases d’argile, pour que l’on voie bien que cette extraordinaire puissance vient de Dieu, et non pas de nous. »

            Cette expérience de l’apôtre Paul a été celle des saints Cyrille et Méthode, en leur temps : et c’était une époque rude, où le monde oriental était de plus en plus éloigné du monde dit occidental, et où l’unité de l’Église était fortement mise à l’épreuve, de Constantinople à Rome.

            Ces deux frères, Constantin et Méthode, ont été saisis par le Christ, sans doute près du patriarche de Constantinople, et ils ont été envoyés en mission vers l’Europe centrale, vers les pays slaves. Et ils ont fait cette expérience qui marque toujours les débuts de l’évangélisation. Ils ont compris que l’annonce de l’Évangile et la liturgie de l’Église étaient inséparables et ils ont tout fait, d’abord en Moravie, pour que la langue de la Parole de Dieu et de la prière soit la langue de ces peuples nouveaux.

            Et l’on comprend la joie de Jean-Paul II, ce pape slave, lorsqu’il a proclamé Cyrille et Méthode non seulement apôtres des Slaves, mais patrons de l’Europe, parce qu’il savait dans sa chair à quel point l’unité de l’Europe passe aussi par des réconciliations spirituelles.

            Et il a accompli cet acte en 1985, pour l’anniversaire de la mort de Méthode, à Valherad, en Tchéquie, alors que le système communiste semblait encore très puissant et empêchait ces peuples d’accéder librement à la foi reçue des apôtres.

            Et, même si le système communiste s’est effondré, même si ces pays de l’Europe centrale et orientale sont aujourd’hui ouverts à la nouveauté chrétienne, le combat de l’évangélisation demeure le même, et il l’est aussi chez nous, dans nos pays où le rappel de nos racines chrétiennes provoque quelquefois des remous ridicules, mais puissants.

            À nous, alors, de ne pas nous lamenter, ni de céder à la nostalgie d’un passé plus rêvé que réel. À nous de vivre la foi comme un combat commandé ou plutôt inspiré par ce principe de disproportion dont Jésus soulignait l’importance, dès les premiers moments de l’évangélisation.

            Car la moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. De multiples attentes de Dieu, de sa Vérité, de son Amour, travaillent et traversent nos sociétés sécularisées, mais nous manquons sans doute de confiance et de discernement pour percevoir ces attentes et pour y répondre. « Qui donc a envie d’être aimé ? » Et sommes-nous capables d’entendre cette question et d’accueillir vraiment ces hommes, ces femmes qui veulent se préparer au baptême ?

 

            Et puis, même si nous cherchons parfois à l’oublier, nous nous heurterons toujours à l’incompréhension du monde qui ne veut pas être dérangé par ce qui le dépasse. Nous sommes vraiment, à certaines heures, comme des agneaux au milieu des loups : exposés et désarmés, face à des personnes ou à des groupes qui nous considèrent comme des menaces et qui ne supportent pas nos attitudes de dialogue inlassable, c’est-à-dire de confiance et d’assurance pour participer à l’engagement du Christ parmi nous.

            Oui, « ce trésor nous le portons dans des vases d’argile », et l’on pourrait poursuivre : « Pressés de toutes parts, nous ne sommes pas écrasés. Dans des impasses, mais nous arrivons à passer. Pourchassés, mais non rejoints ; terrassés, mais non anéantis. Sans cesse nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre corps. » (2 Cor. 4, 8-10).

            C’est l’expérience apostolique, dans ce qu’elle a de plus radical, souvent de plus caché, mais aussi de plus décisif : car, à ces heures-là, nous savons bien que nous sommes conduits par Lui, le Seigneur et que Lui ne renonce jamais à se dire au monde à travers nous, si nous consentons à le laisser passer par nos vies offertes à sa présence et à sa Pâque.

Partager cet article

Repost 0