Le blog de Mgr Claude DAGENS

Conversion intérieure et engagement social. EA 26 février 2010

28 Février 2010 , Rédigé par mgrclaudedagens.over-blog.com Publié dans #Edito Église d'Angoulême

 

Toi, avec ta dignité d’enfant de Dieu

 

            Quelque part, dans les collines de Galilée, Jésus s’adresse à ceux qui le suivent et l’écoutent. Dieu sait qu’ils sont divers ! Il va leur annoncer la loi nouvelle du Royaume de Dieu, d’une manière très concrète.

            Mais sa parole est étonnante. Elle s’adresse à chacun. Elle se veut personnelle :

                                   «  Toi, quand tu fais l’aumône…

                                       Toi, quand tu pries…

                                       Toi, quand tu jeûnes… » (cf. Matthieu 6, 1-18).

            Voilà la nouveauté chrétienne dont Jésus est le premier témoin, lui, le Fils du Dieu vivant ! Chaque être humain est appelé à reconnaître ce qu’il y a d’unique en lui, ce qui le dépasse et ce qui lui donne sa valeur irremplaçable.

            Nous, membres de l’Église, nous ne pouvons pas nous lasser de déployer entre nous cette reconnaissance personnelle, au plein sens de ce terme : attention mutuelle, écoute, délicatesse, patience et pardon quand il le faut…

            Et quelle joie quand nous rencontrons des enfants ou des adultes, qui découvrent non pas leur identité, mais leur dignité unique d’enfants de Dieu ! « Alors, je vais être choisi avec mon prénom ! » s’exclamait cet enfant qui se prépare au baptême, dans une situation familiale difficile !

            Je sais que les engagements sociaux impliquent des processus complexes d’ordre institutionnel, juridique, administratif. Mais je sais qu’au cœur même de cette complexité, l’affirmation et la défense de la dignité de chaque personne sont des forces décisives et efficaces.

 

 

« Ton Père est là, dans le secret »

 

            Les logiques du monde sont ce qu’elles sont, et elles sont aujourd’hui des logiques qui font appel à ce qui se calcule et à ce qui se mesure en termes de résultats, positifs ou négatifs. En cette période d’incertitude économique, ces logiques sont puissantes et peuvent être interprétées de bien des façons.

            Il ne s’agit pas d’ignorer ou de refuser ces logiques réelles. Elles font partie de notre existence ordinaire et de notre société commune. Mais il s’agit pour nous d’inscrire à l’intérieur de ces logiques-là une autre logique, qui, elle aussi, à sa manière, est porteuse d’une force réelle.

            Précisément, cette logique à laquelle Jésus fait appel quand il s’adresse à ses disciples d’une manière personnelle : « Toi, quand tu fais l’aumône, toi quand tu pries, toi, quand tu jeûnes… », sache que tu vis une relation avec ce Père des cieux qui est là, présent dans le secret de ton cœur. Et il t’appelle à reconnaître aussi ce qui est présent dans le cœur des autres : en particulier de ceux et de celles qui vivent des situations de détresse et de pauvreté muette, et qui attendent d’être reconnus, visités, défendus.

            Cette logique de l’invisible du cœur passe aussi par nous, par nos relations humaines et nos engagements sociaux. C’est cela que l’on admirait chez Mère Teresa et chez sœur Emmanuelle.

            Mais soyons réalistes : cette logique du cœur, beaucoup de personnes la mettent aussi en œuvre, sans le dire ou sans pouvoir la nommer. J’atteste qu’il existe, dans nos communautés chrétiennes ordinaires, et aussi dans de multiples associations, cette capacité réelle de voir au-delà des apparences immédiates et de répondre à des attentes profondes.

            Sur ce terrain-là, les résultats ne se mesurent pas en termes de quantité, mais en termes de don. Et qui peut dire ce qui est ainsi donné ? Qui peut dire les effets de ce travail patient et silencieux de présence aux autres, de don de soi, et souvent aussi de renoncement et d’oubli !

            Quelqu’un me disait l’autre jour : « Il faudrait que cela se voie ! ». Pourquoi pas ? À condition que cette visibilité souhaitée soit fidèle à celle de Jésus : il ne vient pas pour se montrer, il vient révéler le mystère caché en Dieu depuis toujours. Il vient l’inscrire au cœur de notre humanité toujours dure et fragile. Heureux sommes-nous si nous participons à cette révélation par notre conversion intérieure et nos engagements sociaux ! Et que, dans notre cœur et dans notre prière, nous puissions reconnaître ceux et celles qui deviennent comme des signes de cette révélation du Christ !

            Voilà le plein sens du Carême : déblayer les chemins par lesquels, au milieu des souffrances du temps présent, le Christ passe, avec sa puissance de résurrection !

 

 

17 Février 2010,

au début de notre marche vers Pâques

 

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