Le blog de Mgr Claude DAGENS

CET AMOUR DE DIEU QUI SE DEPLOIE. Eucharistie à Montbron, le 28 août 2011, en la fête de saint Augustin

2 Septembre 2011 Publié dans #Homélies

                       « Et nous, nous avons reconnu et nous avons cru
                        que l’amour de Dieu est parmi nous.
                        Dieu est amour :
                        Celui qui demeure dans l’amour
                        demeure en Dieu
                        et Dieu en Lui. »
 
            Ces paroles de l’apôtre Jean, on pourrait les mettre dans la bouche et dans le cœur de saint Augustin. Car cet homme, dont l’œuvre et le rayonnement sont immenses, a été transformé par la découverte progressive du mystère de Dieu tel qu’il se révèle en Jésus Christ, le Sauveur.
            Et pour lui, être sauvé avait un sens très radical. Il s’agissait d’être délivré de tout ce qui l’empêchait d’être lui-même. Il s’agissait surtout de refuser le piège dans lequel il était enfermé : il rêvait, avec les hérétiques manichéens, d’un Dieu qui allait ramener ses partisans pour s’opposer aux forces extérieures du mal.
            Et voilà qu’il découvre, grâce à l’évêque Ambroise, que Dieu n’est pas ce qu’il imaginait : il est cette lumière qui vient nous éclairer au-dedans de nous-mêmes. Il est vivant en nous, dans notre humanité blessée, par son Verbe fait chair de notre chair, et il nous invite à la conversion, à nous tourner vers Lui pour recevoir de Lui la force et la joie de vivre de son Amour.
            Tout ce que deviendra Augustin est comme en germe dans cette découverte primordiale. L’homme qui a choisi de vivre du Christ, à partir de son baptême à Milan, à Pâques 387 (il a 33 ans) sera un grand témoin de la vérité et de l’Amour de Dieu, et il le sera en Afrique du Nord, à Hippone, à travers son ministère de prêtre et d’évêque, durant 33 ans.
            Et à partir de cette source qu’est le Christ vivant en nous, il a compris ce que l’Église du Christ est appelée à être dans le monde : non pas une organisation compliquée, non pas comme un Empire, mais le lieu simple où l’Amour de Dieu se déploie, cette communion vivante, qu’évoquent les Actes des apôtres, en montrant comment l’adhésion au Christ conduit au partage des biens : ces premiers baptisés mettent tout en commun, parce que la foi au Christ vivant est devenue plus importante que tout ce qu’ils possèdent.
            Voilà comment se constitue le Corps du Christ que nous formons : à partir de la source, à partir de l’Amour de Dieu qui passe par nous pour se communiquer au monde.
            Et Jésus lui-même avait déjà annoncé cette grande diffusion de la foi à partir des premiers témoins :
                        « Père, je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là,
                        mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole
                        et croiront en moi :
                        que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi
                        et moi en toi.
                        Qu’ils soient un en nous, eux aussi,
                        pour que le monde croie
                        que tu m’as envoyé. »
 
            Mais ces paroles de Jésus, qui ont valeur de promesse et d’envoi, s’accompagnent d’un avertissement :
                        « Je leur ai fait don de ta parole,
                        et le monde les a pris en haine,
                        parce qu’ils ne sont pas du monde,
                        de même que moi, je ne suis pas du monde. »
 
             Nous voilà prévenus : on n’entre pas dans le mystère du Dieu vivant, on ne devient pas chrétiens, sans être livrés au monde et sans y vivre le combat de l’amour par lequel nous sommes solidaires du Christ Jésus.
            Et pour lui, le premier, on peut être certain que ce combat a été radical : à l’heure même où il appelle ses disciples à entrer dans le mystère de Dieu, il sait qu’il va bientôt être livré aux mains des hommes et conduit à la mort, devant ses amis qui l’abandonnent, dont l’un va le trahir et l’autre le renier.
            L’amour de Dieu, révélé en Jésus n’est pas du sentiment. C’est le don de soi poussé jusqu’au bout pour que naisse une humanité nouvelle.
            Et l’évêque Augustin savait cela, au moment même où il méditait la première lettre de Jean : il savait que l’Église, tout en étant le sacrement du Christ, est faite de bon grain et d’ivraie, de bonté et de méchanceté, d’amour désintéressé et de jalousie, ou de haine. Et il pressentait sans doute que l’arrivée des Vandales allait profondément bouleverser la société romaine.
            Mais il ne se lasserait pas d’annoncer la Parole vive de Dieu qui est faite pour réveiller le monde et pour qu’en ce monde jaillisse sans cesse la source, le don de Dieu en Jésus Christ.
            Augustin est vivant près de Dieu, mais il ne cesse pas de nous apprendre que « rien de ce monde pourra nous séparer de l’Amour de Dieu manifesté en Jésus Christ », car « Dieu est Amour et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu en lui. »
 
  
X Claude DAGENS
                                                                                                                                évêque d’Angoulême

Partager cet article

Repost 0