Le blog de Mgr Claude DAGENS

CE SOIR, NOUS RENDONS GRÂCES. Homélie lors de la messe chrismale, à la cathédrale d'Angoulême, le 26 mars 2013

27 Mars 2013 Publié dans #Homélies

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         Ce soir, frères et sœurs, en cette année de la foi et de la fraternité chrétiennes, nous rendons grâces à Dieu les uns pour les autres. À certains moments, il nous arrive de nous plaindre les uns des autres, mais l’Esprit Saint nous rattrape assez vite, en nous rappelant qui nous sommes : un peuple de pécheurs pardonnés, un peuple pauvre et saint fait de baptisés, de confirmés, de diacres, de prêtres et d’évêques, appelés à vivre du don de Dieu, de la Pâque du Christ, de sa victoire réelle et définitive sur le mal et la mort.

            Et tout à l’heure, la bénédiction des huiles saintes va nous tourner vers ce qui nous attend : non pas vers nous-mêmes, mais vers ces hommes, ces femmes, ces enfants qui seront marqués du signe de l’Amour de Dieu, avec ces huiles, qui annoncent le réconfort pour des malades, la nouvelle naissance pour des baptisés, la force de l’Esprit pour des ordonnés. Et si jamais on nous interroge sur leur nombre, nous pourrions répondre, comme Jésus à Nazareth : notre logique à nous n’est pas marchande, nous n’attendons pas des clients, nous venons de la part de Dieu rencontrer des hommes et des femmes qui désirent des signes d’amitié dans leur solitude, d’espérance dans leur désarroi, de pardon dans leur culpabilité. Nous participons à ce mystère et à ce ministère de salut, qui a son origine dans le cœur de Dieu et dans l’engagement de Jésus Christ, qui, Lui, est mort pour tous, « afin que les vivants n’aient pas leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur Lui, qui est mort et ressuscité pour eux », comme l’expliquait l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe.

            Alors nous commençons à comprendre ce que notre pape François a affirmé le soir même de son élection : que l’Église n’en finit pas de cheminer à la suite du Christ. Elle marche et elle appelle à marcher, même s’il nous arrive de regarder en arrière ou d’avoir peur de l’avenir.

            Elle avance avec le Christ, qui sait bien que, déjà à Nazareth, sa première annonce sera suivie d’une violente réaction de rejet. Mais notre espérance ne se mesure pas à nos succès ou à nos échecs. Elle épouse le mouvement même du Père des miséricordes, qui, Lui, ne cesse pas de se lier à nous, et de nous réconcilier avec Lui, par le Christ.

            Semaine sainteEt nous, prêtres, diacres et évêques, nous savons bien que nous sommes dans l’Église les ministres, les serviteurs de cette réconciliation qui, à certains moments, peut sembler impossible ou incroyable, parce que les brisures sont trop grandes, que les attitudes de haine et de mépris sont trop fortes et que la désespérance l’emporte.

            Mais Dieu, le Père des miséricordes, ne revient jamais en arrière, Lui. Il a effacé pour tous les hommes le compte de leurs péchés. Il a identifié son Fils au péché des hommes pour que nous soyons identifiés à la justice de Dieu. Et c’est cela qui est le plus radicalement nouveau dans la Révélation chrétienne de Dieu : c’est cette réconciliation indestructible, totale, irréversible, qui est comme un signe de contradiction.

            Parce que la loi du monde n’en finit pas d’affirmer le contraire : la puissance et la victoire du mal, sous toutes ses formes, visibles ou cachées. Regardez et écoutez les médias : le spectacle du mal déferle et la logique de la culpabilité domine. Et voici que l’on entend soudain une voix autorisée, celle du pape François, qui ose annoncer cette véritable nouvelle : « Dieu ne cesse pas de pardonner. C’est nous qui nous lassons de lui demander pardon. » Et deux jours après, il avertit : « Il ne faut pas avoir peur de la bonté et de la tendresse… » À aucun niveau ! Et il faut écarter le pessimisme, le découragement et la tristesse.

            C’est comme si l’événement de Jésus Christ n’en finissait pas de se révéler au monde, d’en bousculer les logiques perverses et de remettre à leur place ceux qui ne se fient qu’à ces logiques-là…

            Oui, nous pouvons rendre grâces, ce soir, d’être des amis de Jésus, (je n’oserai pas dire des compagnons de Jésus pour ne pas privilégier les jésuites) mais des amis de Jésus, à la manière de François d’Assise, qui, dépouillé de lui-même, devient libre et joyeux pour vivre et annoncer l’Évangile. Et tout cela a commencé à Nazareth : « Cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. » Aujourd’hui, nous devenons chrétiens, disciples du Christ Jésus, pour le salut du monde, et, en renouvelant nos promesses de ministres du Christ, et très bientôt, à Pâques, nos promesses de baptisés, nous sommes sûrs de participer au renouvellement du monde dans le Christ. « Le monde ancien s’en est allé. Un monde nouveau est déjà né. Tout cela vient de Dieu », et nous lui en rendons grâces, de tout cœur. Qu’il nous donne à tous de vivre et d’annoncer cette nouvelle, et de participer ainsi à la nouvelle évangélisation !

 

+ Claude DAGENS

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