Le blog de Mgr Claude DAGENS

CE QUI FAIT SCANDALE DANS L'ÉVANGILE. Messe et confirmation de jeunes à Mouthiers-sur-Boëme, le 21 novembre 2010

25 Novembre 2010 Publié dans #Homélies

            Nous sommes des enfants de Dieu, connus de Lui, aimés de Lui, adoptés par Lui, notre Père des cieux, le Père de Jésus.

            Nous sommes des enfants de Dieu habités par son Esprit Saint qui nous apprend à nous ouvrir à Dieu, à le prier, et à témoigner de Lui : voilà notre vocation commune qui ne demande qu’à se déployer au cours de notre existence. Et le sacrement de confirmation, que vont recevoir aujourd’hui Lydia, Alice et Louis, est une étape importante de ce déploiement.

            Mais le plus étonnant, ce n’est pas seulement que Dieu nous adopte pour ses enfants, c’est que cette adoption soit ouverte à tous, et même à ceux et celles qui pourraient nous sembler indignes.

            Parce qu’il faut bien le reconnaître, en ce jour où nous fêtons le Christ Jésus roi de l’univers, cette royauté de Jésus Christ est une vraie royauté, mais c’est une royauté déconcertante, qui n’a rien à voir avec les règles des sociétés politiques.

            Oui, c’est une vraie royauté parce qu’en Jésus, son Fils, Dieu se révèle comme le souverain du monde, Celui qui fait alliance avec tous les peuples de la terre et en tout temps de l’histoire.

            Mais comment se réalise cette alliance ? Ne répondons pas tout de suite. Regardons vers la Croix et écoutons le récit saisissant de l’Évangile de Luc.

            Jésus va mourir, comme un malfaiteur, comme un condamné de droit commun. Il a été jugé par toutes les autorités de Jérusalem, par tous ceux qui ne pouvaient plus supporter sa présence, son action et surtout ses paroles tellement nouvelles.

            Oui, il va mourir et à vue humaine, il est vaincu par la violence de ses ennemis. Il est réduit à rien. Il n’est plus qu’un pauvre homme au corps meurtri, et ses compagnons de malheur sont deux malfaiteurs, sans doute deux criminels condamnés au même supplice que lui. Et près de lui, ses ennemis triomphent, aussi bien les chefs du peuple de Jérusalem que les soldats : « Si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même ! »

            Et Jésus reste silencieux. Oui, il est le Messie de Dieu, le Fils et l’envoyé du Père, mais il ne peut rien faire face à ceux qui ont souhaité et décidé sa mort.

            Mais près de lui, mourant comme lui, un homme a tout compris. On l’appelle le « bon larron ». C’est une formule facile : c’est sans doute un homme violent, un criminel, mais qui reconnaît sa responsabilité, sa faute et qui se tourne vers Jésus, avec une confiance bouleversante : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume ! »

            Et ce royaume de Jésus Christ, il commence à l’heure de la Croix, parce qu’à ce moment-là, en Jésus, le Crucifié, se révèle une force qui n’est pas de ce monde : non pas la force d’un conquérant qui prendrait le pouvoir par une victoire militaire ou par un coup d’État, mais la force du don de Dieu qui s’expose à la violence et à la haine des hommes, qui les subit et qui les traverse en se laissant saisir par l’Amour de son Père : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font ! »

            Voilà la royauté du Christ ! Voilà la vérité du Christ roi de l’univers ! Cet homme qui est le Fils de Dieu est devenu notre frère en humanité, et il le demeure pour toujours, il nous entraîne avec lui les uns vers les autres et vers le Père.

            Et c’est cela qui est scandaleux ! Parce que nous, de nous-mêmes, nous ne pourrions pas accepter que des malfaiteurs et des criminels puissent entrer dans le Royaume de Dieu, puissent se tourner vers Dieu !

            Or c’est cela que l’Évangile nous raconte et nous révèle : il suffit de tout livrer de soi-même au Christ pour que Lui nous saisisse et nous emporte vers le Père !

            Et si jamais vous me dites que c’est trop facile, alors, je vous demande d’aller voir du côté de sainte Thérèse de Lisieux : après sa conversion durant la nuit de Noël 1886 (elle va avoir 14 ans) elle prie le Christ, le Christ crucifié, pour un criminel nommé Pranzini qui a été condamné à mort ! Elle espère la conversion de cet homme ! Et au dernier moment, en juillet 1887, elle lira dans le journal La Croix qu’avant d’être guillotiné, Pranzini à saisi la croix qu’on lui tendait et il l’a embrassée…

           

            Frères et sœurs, trois jeunes de chez vous vont être confirmés. Personne ne peut dire à leur place ce qu’ils deviendront. Demain, que feront-ils ? Que vivront-ils ? Auront-ils toujours près d’eux les soutiens familiaux qu’ils ont aujourd’hui ?

            Je ne peux pas prédire l’avenir. Mais je suis sûr d’une chose, pour chacun de vous, Alice, Louis et Lydia : l’Esprit Saint de Dieu s’engage aujourd’hui avec vous et en vous. Il se lie à vous et il le fait pour toujours. Si vous l’accueillez, il ne vous abandonnera pas. Il agira en vous. Il déploiera les dons que vous avez reçus de Dieu. Il vous apprendra à croire, à aimer, à espérer, à pardonner, quand il le faut. N’oubliez pas : vous allez recevoir l’Esprit Saint qui veut faire de vous des enfants de Dieu et des signes de Dieu pour tous ceux et celles dont vous serez proches ! Réjouissez-vous et préparez-vous !

            Et nous aussi, frères et sœurs, acceptons, avec ces jeunes, d’être en ce monde si fragile et si rude des témoins de ce Royaume qui vient !

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