Le blog de Mgr Claude DAGENS

CE MELANGE ETONNANT DE HARDIESSE ET D'HUMILITE. Messe chrismale à la cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême, le mardi 19 avril 2011

20 Avril 2011 Publié dans #Homélies

 

            J’ai moi-même choisi la Parole de Dieu que nous entendons ce soir :

-                     celle de l’apôtre Paul, avec ce mélange étonnant de hardiesse et d’humilité, lorsqu’il s’adresse à cette communauté de Corinthe à laquelle il est d’autant plus attaché qu’elle est tiraillée par de très fortes tensions

-                     et puis les paroles graves et simples de Jésus, à l’heure où il se prépare à vivre sa Passion et où il prépare ses disciples à son départ et à leur mission.

« Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés, demeurez dans mon amour… Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande… Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. »

Il ne faudrait pas s’y tromper : cet appel de Jésus à vivre de l’amour reçu du Père est aussi un appel de détresse. Car, à cette heure-là, à l’heure où Jésus se confie à ses amis, il est seul, et il le sait, et il sait qu’il n’a rien à attendre d’eux, sinon l’incompréhension, la lâcheté, le refus, avec la trahison de Judas et le reniement de Pierre.

Et c’est à cette heure-là, une heure dramatique, que Jésus révèle son secret de Fils et demande à ses disciples d’en être les témoins.

C’est à la fois très clair et très étonnant, très au-delà de nos mesures humaines : la force du don de Dieu s’affirme et se déploie au milieu même de la puissance du mal. Là où le mal déchire et détruit, le don de Dieu en Jésus Christ vient tout réconcilier et tout renouveler.

Et si nous sommes les disciples de ce Jésus-là, comme Paul voudrait le faire comprendre aux chrétiens de Corinthe, nous ne pouvons pas nous contenter de paroles faciles et d’engagements superficiels.

Nous avons sans cesse à vivre nous-mêmes des temps exigeants pour notre propre initiation chrétienne au mystère de Dieu. Il nous faut être réalistes, très réalistes à cet égard.

C’est au milieu des violences du monde que s’accomplissent le mystère du Christ et la mission chrétienne. C’était vrai à Jérusalem ou à Rome au premier siècle. C’est vrai aussi en ce début du XXIe siècle : pas seulement parce qu’il y a des soulèvements légitimes au Maghreb et au Moyen Orient, et aussi en Afrique, et en ce moment-même au Burkina Faso. C’est aussi parce que la réalité chrétienne, et donc l’initiation chrétienne au mystère de Dieu, sont aujourd’hui, très souvent, soit ignorées, soit marginalisées.

            Ne nous faisons pas d’illusions ! Les médias s’intéressent d’abord à l’immédiat, à ce qui est violent, ou scandaleux, ou pittoresque : à un clocher qui s’effondre, à des croyants qui se disputent, à des œuvres d’art outrancières.

C’est au milieu de ce charivari du monde que nous apprenons à « demeurer dans l’amour du Christ », avec hardiesse, avec audace, avec fierté, et aussi avec humilité parce que cet amour-là, celui du Christ, dépasse nos mesures humaines, mais passe aussi par nos cœurs étroits, par nos mesquineries persistantes, par nos colères ou par nos disputes inutiles.

Mais il passe vraiment et il continuera à passer de façon visible, de façon sensible, à travers nos corps, à partir de ces huiles qui seront tout à l’heure bénies et consacrées, pour les malades, pour les catéchumènes, pour les futurs confirmés et pour les hommes chargés du ministère apostolique, prêtres, diacres et évêques.

Pour nous qui allons renouveler les promesses de notre ordination : oui, nous avons des raisons de douter de nous-mêmes, mais nous sommes sûrs de l’amitié de Jésus, si nous, nous l’accueillons vraiment.

Et ce soir, nous rendons grâces aussi pour ceux et celles qui ont été et qui sont, sur nos routes, des signes parfois inattendus de la présence et de la bonté de Dieu.

Comme cette femme que j’ai rencontrée l’autre jour lors d’une visite pastorale, dans une paroisse de la périphérie d’Angoulême, et qui m’a dit : « Vous savez : ici, nous sommes pauvres, mais nous sommes solidaires. »

Et cette parole venue du cœur disait tout de la vérité chrétienne. De cette vérité du Christ que nous percevons parfois, et même souvent, à travers des rencontres inattendues.

Car nous ne sommes pas appelés à nous tenir derrière nos comptoirs catholiques, en attendant des clients que nous filtrerions comme des agences de je ne sais quoi.

Nous sommes des enfants de Dieu heureux d’accueillir et de reconnaître d’autres enfants de Dieu qui sont là tout près de nous, qui n’ont pas les mots de notre jargon, mais qui sont souvent en état d’attente : oui, qui attendent d’être reconnus et aimés, et pardonnés, comme nous.

Et qu’il s’agisse du baptême, ou du mariage, ou de la catéchèse, ou du catéchuménat, ou du sacrement des malades, et j’en passe, il ne s’agit pas d’assurer la distribution de nos biens. Il s’agit de laisser Dieu venir à nous, frapper à nos portes, à travers des présences et des amitiés humaines.

 

Seigneur Jésus, c’est Toi qui es le premier acteur de nos vies, et nous ne sommes pas les gestionnaires de l’organisation que tu aurais fondée. Nous sommes tes amis et ton amitié à Toi est plus forte que toutes nos médiocrités.

Viens Seigneur, et que ton Esprit Saint nous initie lui-même à ce que tu nous donnes et qu’il nous inspire cette hardiesse et cette humilité qui sont si nécessaires pour être à la hauteur de ce que tu attends de nous.

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