Le blog de Mgr Claude DAGENS

AU MILIEU DES ÉPREUVES : PUISER AU PLUS PROFOND DE NOTRE HUMANITÉ. Eucharistie à la cathédrale, le 11 novembre 2011

12 Novembre 2011 Publié dans #Homélies

            Dans l’histoire des peuples comme dans celle des personnes, certaines épreuves, même quand elles sont destructrices, obligent aussi à puiser au plus profond de notre humanité : dans ces capacités de sacrifice, de dévouement, de don de soi qui existent en chacun de nous.

            Cette expérience-là fait aussi partie de notre mémoire nationale. Pour des soldats, pour des militaires, le mot de sacrifice, même s’il n’est pas explicitement prononcé, est inscrit dans la conscience. Et on le sait, encore aujourd’hui, face aux guerres où la France est engagée, notamment en Afghanistan.

           Mais, au cours de la guerre de 14-18, se produisit un autre phénomène, qui était inimaginable, moins de dix ans après la Séparation des Églises et de l’État laïque. Au milieu des combats et des souffrances, dans les tranchées et dans les campements, voici qu’une compréhension mutuelle s’établit entre ceux qui croyaient au ciel de Dieu et ceux qui n’y croyaient pas, entre les fidèles de la Tradition catholique, et spécialement les prêtres, et les fidèles de la Tradition laïque, et spécialement les instituteurs, et bien d’autres aussi.

 

            Ce phénomène de fraternisation en profondeur fait aussi partie de notre histoire, même si nous l’avons oublié. Et c’est pourquoi il n’est pas difficile de mettre ces événements de la guerre dans la lumière de l’Évangile du Christ. Cette lumière est étonnante, parce qu’elle ne vaut pas seulement pour les chrétiens. Elle est un appel insistant pour tout être humain qui attend d’être soutenu et défendu, pour chacun de ceux et de celles qui ont besoin de nourriture et de travail, mais aussi de dignité et de respect.

            « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens », dit Jésus, « c’est à moi que vous l’avez fait. » Même sans le savoir. Et c’est là le plus étonnant, puisque Jésus témoigne d’une puissance divine qui ne s’impose pas, mais qui attend, en se liant aux plus fragiles d’entre nous, aux plus humiliés, à nous-mêmes quand nous avons faim et soif de reconnaissance humaine. Là est le cœur de la révélation chrétienne, inséparable du plus profond de notre humanité.

 

            Nous voici en 2011, près d’un siècle après cette guerre dont nous faisons mémoire. L’histoire actuelle est sous le signe non pas de la guerre, mais de l’imprévisible d’une crise qui atteint tous les circuits économiques et financiers, une crise mondiale qui exige des mesures de maîtrise et de rigueur, et dont nous sentons bien que les conséquences sont et seront durables, et nous le constatons chez nous à travers le chômage des jeunes, l’aggravation des pauvretés muettes et le creusement des écarts sociaux.

            Ce n’est pas l’heure de nous lamenter, c’est l’heure, pour nous tous, de puiser au plus profond de notre humanité, de nos capacités d’attention aux personnes, de vigilance active, de solidarité patiente et efficace.

            Tant pis si le mot de charité est parfois dévalué ! Il dit toujours l’essentiel : cet engagement qui vient du cœur et qui passe par des gestes, et c’est dans le cœur de Dieu, dans le cœur du Christ que se trouve la source. Et cela vaut pour tous, parce que, dans le cœur de Dieu, il n’y a pas de frontières.

 

X Claude DAGENS

évêque d’Angoulême

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