Le blog de Mgr Claude DAGENS

MÊME DURANT LA GUERRE, LE MAL N'A PAS LE DERNIER MOT. Homélie lors de la commémoration du 11 novembre, à la cathédrale

13 Novembre 2015 Publié dans #Homélies

MÊME DURANT LA GUERRE, LE MAL N'A PAS LE DERNIER MOT. Homélie lors de la commémoration du 11 novembre, à la cathédrale

Aujourd’hui, en ce 11 novembre 2015, alors que tous les témoins sont morts, nous continuons à commémorer l’événement du 11 novembre 1918 : l’armistice est signé à Rethondes, les combats s’arrêtent, la guerre est finie, mais elle laisse des souvenirs terribles de mort et de destruction.

Mais, en ce même jour du 11 novembre, nous fêtons aussi un soldat nommé Martin, qui venait des confins de l’Europe, de la Hongrie, et qui participait à l’occupation de la Gaule par les armées romaines. Mais ce soldat est aussi un grand témoin non pas de la violence guerrière, mais de la bonté qui sauve du mal. Et c’est cela que je voudrais dire ici aujourd’hui, en présence de vous, les militaires et les responsables militaires, vous qui avez l’expérience de la guerre, en Afrique et en d’autres pays du monde. Même durant la guerre et les violences qui la marquent, la vie continue. Notre humanité n’est pas condamnée à être anéantie. Au milieu même des violences qui détruisent et qui tuent, l’espérance est possible, et parfois même l’espoir de réconciliations apparemment impossibles. Cela vaut pour le Moyen Orient et pour la Terre Sainte. De loin, nous sommes frappés par des images de mort. Mais de près, on peut comprendre que des hommes et des femmes continuent à se battre non pas pour se détruire, mais pour vivre. Et parfois des actes d’abnégation et de générosité se mêlent aux actes guerriers.

C’est l’histoire du soldat Martin. Sur sa route, dans un hiver très froid, alors qu’il avançait sur son cheval, revêtu de son manteau épais, il a vu devant lui un homme misérable, sans défense, presque sans vêtements, abandonné de tous. Il l’a vu et, comme le Bon Samaritain, il s’est arrêté et il a vêtu ce pauvre.

Il ne s’est pas demandé : « Quel temps vais-je perdre si je m’arrête ? » mais plutôt : « Que va devenir ce pauvre si je le laisse tomber ? » Et c’est cette même question que le président des évêques de France, Georges Pontier, nous posait à Lourdes, à nous évêques de France, au sujet des migrants.

La question n’étant pas : « Qu’allons-nous devenir si nous accueillons trop de ces gens venus d’ailleurs ? », mais « que vont devenir ces gens, même si leurs raisons de fuir sont multiples, si nous les rejetons ? »

Je ne veux pas me livrer maintenant à une leçon de morale. Bien sûr qu’il faut être bon pour les humiliés de ce monde ! Mais c’est facile à dire, surtout dans notre société inquiète où la peur de l’inconnu et des inconnus est si facile.

Non, je veux dire – parce que je le crois et que je le vois, comme vous – qu’il y a dans notre humanité commune des capacités réelles et invisibles d’attention aux autres, de don de soi, de présence simple à tous ceux qui ont du mal à vivre et à espérer.

C’est une affaire d’humanité. À nous de repousser les réflexes de peur, qui nous replient sur nous-mêmes et nous enferment dans nos égoïsmes ! À nous de saisir les occasions de refuser le mal, je ne dis pas de refuser la guerre et ses engagements, mais de reconnaître que, même durant la guerre, le mal n’a pas le dernier mot. Il n’est pas seul à régner.

Et je vous dis cela, librement, parce que je ne me résigne pas à cette fascination du mal qui, pour toutes sortes de raisons, semble parfois dominer nos réflexes et nos attitudes.

C’est un acte de foi qui est alors nécessaire. Oui, nous sommes appelés à croire que les souffrances des autres peuvent ouvrir nos cœurs, et que cela se produit, et ne fait pas de bruit. Comme pour le soldat Martin qui, à partir de cette rencontre près d’Amiens, est devenu un signe de la Charité du Christ, qui, Lui, ne désespère jamais de notre humanité !

+ Claude DAGENS, administrateur apostolique du diocèse d’Angoulême

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