Le blog de Mgr Claude DAGENS

REFUSER CE QUI SÉPARE. Eucharistie pour la constitution de la nouvelle paroisse des Saints-Apôtres

26 Octobre 2015 Publié dans #Homélies

REFUSER CE QUI SÉPARE. Eucharistie pour la constitution de la nouvelle paroisse des Saints-Apôtres

La paroisse des Saints-Apôtres, de Saint-Jacques-de-l’Houmeau à la cathédrale Saint-Pierre, en passant par Saint-André, Saint-Martial et Notre-Dame d’Obezine, c’est un changement de nom. Mais ce n’est pas seulement un changement de nom, c’est un changement d’attitude, qui vient répondre à une question : acceptons-nous que le Christ nous relie et nous élargisse – je ne dis pas nous regroupe – mais nous relie et nous élargisse, en nous demandant de nous refuser à ce qui nous sépare ?

C’est d’une véritable conversion d’attitude qu’il s’agit, dont l’Évangile d’aujourd’hui est comme une illustration vivante. Ce mendiant aveugle, le fils de Timée, Bar-Timée, on le connaît à Jéricho, mais on s’est résigné à en faire un marginal, un séparé. Qu’il reste à l’écart de la ville, à l’extérieur de la communauté humaine ! Qu’il ne vienne pas nous déranger ! Et s’il le faut, qu’il se taise ! Cet infirme doit être privé de liberté et de parole ! C’est une façon terrible de nier son existence.

Et il faut bien reconnaître que nous sommes tous capables de ces attitudes séparatrices. Qu’il est dur, alors, de se sentir plus ou moins rejeté, exclu, tenu à l’écart ! Comme pour ce mendiant aveugle qui, lui, va résister à ces réactions de rejet ! Il crie vers Jésus qui passe, il lance vers lui son appel à l’aide : « Jésus, fils de David, prends pitié de moi ! »

Et ce cri va le délivrer. Jésus entend. « Il s’arrête et il dit : appelez-le ! » Lui qui est venu « chercher et sauver ce qui était perdu », il ne se résigne pas à cette séparation ! Cet homme est un enfant de Dieu. Il a droit à la rencontre de Jésus. Et cette rencontre va être pour lui le début d’une vie nouvelle : il est guéri, il voit, il est réincorporé à la population de Jéricho.

Mais cette rencontre du Christ va avoir des effets sur tous les gens de cette ville qui rejetaient Bar-Timée. Il ne suffit donc pas de constater et de dire que Jésus élargit nos façons de voir les autres. Il nous demande, avec lui, de refuser ce qui sépare.

C’est tout l’enjeu de la fraternité chrétienne qui n’est pas seulement une affaire de bons sentiments. La fraternité passe par un combat, oui, un combat pour faire bouger les préjugés qui enferment, les réactions de jalousie ou de mépris qui parfois s’incrustent en nous. Tout ce qui nous empêche de voir au-delà de nos propres sentiments. Parfois ce sont des murs d’incompréhension qu’il faut briser, ou du moins des barrières que nous avons dressées sans nous en rendre compte.

Une paroisse élargie, c’est un appel à ce combat pour l’élargissement de nos communautés. Ce qui nous est demandé, ce n’est pas d’abandonner nos paroisses, mais de les relier et de tout faire pour que ces « reliances » soient inspirées par la Charité du Christ.

Bien sûr, il y a des horaires à ajuster, des structures à aménager, des groupes de rencontre et de réflexion à susciter. Mais tout ce travail d’ajustement n’a qu’un but : faire en sorte que l’Église catholique en ce monde soit un véritable Corps dont les membres se savent et se sentent solidaires, pas seulement pour être bien ensemble, mais pour qu’à travers ce Corps, se manifeste le travail du Christ qui veut sans cesse réunir les enfants de Dieu dispersés.

Frères et sœurs, à nous de faire tomber les séparations, à nous d’aller des rives de la Charente à la haute ville d’Angoulême et inversement, à nous de sortir de nous-mêmes pour rencontrer ceux et celles que menace l’isolement !

Et toi, Seigneur, apprends-nous à être de ton côté pour dire à d’autres, comme toi tu l’as dit à Bartimée : « Confiance, lève-toi, il t’appelle ! »

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

Partager cet article

Repost 0