Le blog de Mgr Claude DAGENS

IL NE SE LAISSE JAMAIS ENFERMER. Eucharistie à l'abbaye de Bassac, le 4 octobre 2015

5 Octobre 2015

IL NE SE LAISSE JAMAIS ENFERMER. Eucharistie à l'abbaye de Bassac, le 4 octobre 2015

Ce qui est toujours nouveau dans l’Évangile, c’est que Jésus ne se laisse jamais enfermer. Ses adversaires ne cessent pas de lui tendre des pièges. Ils font appel à la loi de Moïse, mais en la transformant en un catalogue d’interdits. Alors Jésus n’argumente pas. Il va à l’essentiel. Au sujet du mariage et de l’adultère, il part de ce qui est à la source : l’amour humain, l’union de l’homme et de la femme ont leur source dans le geste créateur de Dieu : « Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni ! », même s’il faut tenir compte de l’endurcissement des cœurs, des échecs du mariage, des mensonges et des trahisons dont nous sommes capables.

Mais Jésus veut faire comprendre que l’essentiel n’est pas de comptabiliser des fautes, mais de relier la loi à Celui qui la donne pour que l’amour soit plus fort que tout. Alors les pièges sont inefficaces, des routes nouvelles sont ouvertes devant nous : cette route qu’est le Christ lui-même.

Et même quand Lui sera vaincu par l’injustice et la violence de ses ennemis, il ne cessera pas d’ouvrir cette route, il en fera un passage vers le Père, il passera lui-même de ce monde à son Père, à travers la mort, en aimant les siens jusqu’au bout.

Je n’oublie pas Thérèse de l’Enfant-Jésus et la route qu’elle a trouvée et ouverte vers la miséricorde de Dieu à laquelle elle s’est offerte. Et pourtant, dans les derniers mois de sa vie, elle a été comme prise dans un enfermement terrible. C’est un mur qui se dresse devant elle. Elle ne perçoit plus rien du ciel de Dieu qu’elle espérait. Elle est condamnée à vivre à la table des pécheurs, et surtout des désespérés, de ceux qui n’attendent plus que la nuit du néant.

Mais, même dans cette épreuve terrible, elle apprend à participer encore plus radicalement au mystère du Christ. Même si elle sait que ses mains seront vides quand elle paraîtra devant Dieu, elle fait confiance, totalement, à la miséricorde de Jésus et de son Père, et elle emporte avec elle, dans cette course de géant, ceux et celles qui font l’expérience du désespoir. Elle devient pour nous comme un appel vivant à ne pas être vaincus par la peur. Oui, la confiance est la plus forte, comme celle des enfants que Jésus était heureux d’accueillir près de lui. Parce que Dieu lui-même, en son Fils qui se donne, est du côté des enfants, du côté de ce mystère de l’enfance qui n’est pas encore atteinte par la peur ou le désespoir.

Nous ne pouvons pas nous contenter de célébrer Thérèse une fois dans l’année. Nous savons bien qu’elle veille sur nous, chaque jour, surtout aux heures de détresse. Il lui est donné par le Père des miséricordes de faire ce qu’elle a promis : elle jette des fleurs, elle devient le relais efficace de la bonté inlassable du Christ, elle participe à la lutte contre toutes les forces du mal, elle desserre ce qui nous brise, elle libère l’espérance, elle réveille en nous la confiance. « Rien ne pourra nous séparer de l’Amour de Dieu manifesté en Jésus Christ. »

Je n’oublie pas que le Synode des évêques s’ouvre en ce moment-même à Rome, autour du pape François, et de l’Esprit Saint. Au-delà ou en deçà de toutes les confrontations qui s’annoncent, des tensions, des débats difficiles, je suis sûr que la dynamique de ce Synode sera celle de l’Évangile du Christ. Il ouvrira des routes.

Il ne s’agit pas de minimiser les exigences de l’amour humain et du mariage. Il s’agit de refuser ces logiques d’enfermement qui ne sont que des logiques humaines. Les évêques sont d’abord des croyants et des apôtres : ils apprennent, à longueur de vie, nous apprenons, avec le peuple des baptisés, que rien ne doit nous séparer de Jésus, le Christ, quand il vient, à mains fortes, à bras étendus, à cœur ouvert, « chercher et sauver ce qui était perdu ».

Il y aura des combats durant ce Synode, des combats d’idées, d’expériences et de convictions. Comme aux débuts de l’Église quand on se demandait ce qu’il fallait faire avec les nouveaux chrétiens venant du monde païen. L’Esprit Saint a agi, non pas pour créer des lois nouvelles, mais pour ouvrir, au sein même de l’Église naissante, des routes nouvelles afin que rayonne la nouveauté du Christ et de son Évangile.

Nous te prions, Thérèse de l’Enfant-Jésus, toi qui es docteur de l’Église, docteur de la miséricorde de Dieu, pour que ton expérience inspire les évêques et le pape et leur donne de ne chercher que la volonté du Père pour les hommes et les femmes de notre temps, pour nos familles, si précieuses et si fragiles, et nous te prions aussi, toi, François d’Assise, pour que nous comprenions, comme toi, que ce qui renouvelle l’Église en ce monde, ce n’est pas nous-mêmes seuls, c’est nous-mêmes quand nous nous laissons transformer par la force du Christ et que nous l’accueillons en nous, pour notre joie !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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