Le blog de Mgr Claude DAGENS

DISCERNEMENT ET MISÉRICORDE : DES ROUTES OUVERTES PAR LE SYNODE DES ÉVÊQUES

28 Octobre 2015 Publié dans #Divers

DISCERNEMENT ET MISÉRICORDE : DES ROUTES OUVERTES PAR LE SYNODE DES ÉVÊQUES

J’ai participé à deux synodes d’évêques, à Rome : en 2001 sur « Le ministère des évêques au service de l’espérance du monde » et en 2012, sur « La nouvelle évangélisation et la transmission de la foi ».

Il est certain que le synode de ce mois d’octobre 2015, inséparable de celui d’octobre 2014, était très différent des précédents. Pour une raison majeure : c’est qu’il suscitait des échos nombreux dans toute l’Église catholique et dans l’opinion publique, et que le pape François avait souhaité que les évêques associent le peuple de Dieu à l’examen des réalités concernant la famille, ou plutôt les familles, qu’il s’agisse des difficultés à affronter ou des routes à ouvrir.

Ce synode de 2015 vient de s’achever. Que s’y est-il passé ? Comment les difficultés ont-elles été affrontées ? Quelles routes ont été ouvertes ?

L’EXPÉRIENCE DE LA CATHOLICITÉ DE L’ÉGLISE

Un synode est, de toute manière, une expérience concrète de la catholicité de l’Église. Pas seulement de son caractère international, mais de sa diversité intérieure, et des façons diverses dont la Tradition catholique est comprise et mise en œuvre, de l’Afrique à l’Asie et des pays occidentaux marqués par la sécularisation aux pays émergents où s’affirme davantage la nouveauté de la foi.

Ces diversités ont été à l’origine de réelles confrontations entre évêques. Le pape François l’a souligné dans son discours de clôture : « Au-delà des questions dogmatiques bien définies par le Magistère de l’Église, nous avons vu aussi que ce qui semble normal pour un évêque d’un continent peut se révéler étrange, presque comme un scandale – presque – pour l’évêque d’un autre continent… et que ce qui pour certains est liberté de conscience, pour d’autres peut être seulement confusion. »

Ces très grandes diversités culturelles ont provoqué des confrontations et des oppositions qui ne concernent pas seulement les formes et les pratiques de la vie familiale, mais la façon de les comprendre selon les exigences de l’Évangile. Ce que certains envisagent comme des actes de miséricorde apparaît à d’autres comme du laxisme et ce que l’on considère ici comme une fidélité à la Tradition est perçu ailleurs comme une intransigeance inhumaine.

L’AFFRONTEMENT DES DIFFICULTÉS

Ces confrontations ouvertes étaient inévitables et même nécessaires. Les groupes linguistiques permettaient de les aborder non pas de façon théorique, mais à partir des expériences et des pratiques locales. Ce qui est apparu alors, ce n’est pas seulement la distance qui peut exister entre la doctrine catholique et les réalités humaines. C’est l’obligation de sortir de cette impasse. C’est alors qu’apparaît l’exigence du discernement.

Il ne s’agit plus seulement de définir le bien et le mal. Il s’agit de prendre en considération les personnes avec leurs situations particulières et souvent difficiles, en se demandant comment la Parole de Dieu et la Tradition de l’Église sont capables, pour les temps actuels, d’éclairer ces situations. C’est une véritable conversion spirituelle qui devient alors nécessaire : le discernement apprend à relier les appels de l’Évangile et les attentes des hommes. Le pape François a su l’exprimer avec vigueur : « L’expérience du Synode nous a fait aussi mieux comprendre que les vrais défenseurs de la doctrine ne sont pas ceux qui défendent la lettre, mais l’esprit, non les idées, mais l’homme, non les formules mais la gratuité de l’amour de Dieu et de son pardon. »

DES ROUTES OUVERTES

La principale route ouverte par ce synode, c’est précisément celle du discernement. L’Église tout entière est appelée non pas du tout à changer sa doctrine, mais à changer son attitude, lorsque son attitude se réduit à l’affirmation de principes généraux : la priorité, ce sont les personnes, la rencontre des personnes et cet acte de foi qui consiste à croire que l’Esprit Saint agit aussi bien du côté de ceux et celles qui annoncent l’Évangile que du côté de ceux et celles qui vivent des situations familiales complexes. Nous sommes les uns pour les autres des signes de l’action de Dieu et de l’Esprit Saint, qui inspire le discernement, et qui encourage aussi à la rencontre entre tous.

Avec une priorité qui est aussi une route ouverte : la révélation de la miséricorde du Christ, car, comme le dit encore avec force le pape François, « le premier devoir de l’Église n’est pas de distribuer des condamnations ou des anathèmes, mais il est celui de proclamer la miséricorde de Dieu, d’appeler à la conversion et de conduire tous les hommes au Salut du Seigneur » (cf. Jean 12,44-50).

La suite réelle du Synode, c’est l’année de la miséricorde, comme une route ouverte et à ouvrir !

Le 26 octobre 2015

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