Le blog de Mgr Claude DAGENS

LUTTER CONTRE L'INDIFFÉRENCE AUX PERSONNES ET AUX RÉALITÉS RELIGIEUSES. Messe lors de la rentrée de l'enseignement catholique, le 22 septembre 2015

23 Septembre 2015 Publié dans #Homélies

Photo par M. Etevenard
Photo par M. Etevenard

L’enseignement catholique est vivant en Charente. Il est une institution faite d’écoles, de collèges et de lycées, que vous représentez ici, de Chalais et de Barbezieux et à La Rochefoucauld et à Cognac, et à bien d’autres lieux. Mais il est aussi et surtout un ensemble vivant, comparable à un corps et relié au Corps du Christ.

Ce soir, nous le voyons en nous rassemblant dans notre cathédrale rénovée. Nous sommes ici non seulement pour marquer cette rentrée 2015, mais pour manifester ce qui nous relie les uns aux autres. Ce qui nous est commun, c’est le baptême, le signe du Christ inscrit sur notre corps, avec de l’eau et de l’huile, et pour beaucoup d’entre vous, le signe de la confirmation, le don de l’Esprit Saint qui nous donne la joie et la force de vivre en chrétiens. Peut-être qu’il y a parmi vous de nouveaux baptisés ! Mais peut-être aussi que certains d’entre vous ne sont pas baptisés !

Tout le monde n’est pas catholique dans l’enseignement catholique. On ne vous demande pas un certificat de baptême lors de votre inscription. Il y a dans nos établissements des musulmans, et aussi des personnes qui ne croient pas en Dieu ou qui se sentent loin de Lui.

Je vous demande de ne juger personne. Mais je vous demande, ce soir, de vous nommer silencieusement dans la prière. Dites simplement au Seigneur : « Sois avec un tel, ou une telle », ceux et celles qui sont vos amis, et aussi ceux et celles avec lesquels vous avez du mal à vous entendre, peut-être ceux et celles qui vous font du mal, en vous tenant à l’écart ou en se moquant de vous !

Et que vos prières soient larges : priez pour vos parents s’ils ont du mal à s’entendre et surtout s’ils sont heureux de vous aimer !

Le Corps que nous formons vit de ces relations mutuelles. Et la prière est une façon de se relier aux autres, devant Dieu. Que notre prière aille dans tous les sens, des élèves aux enseignants, et des enseignants aux élèves, et aux chefs d’établissement, et au personnel de vos établissements, à ces personnes qui servent à la cuisine et qui sont si importantes, chaque jour.

Un corps, c’est beaucoup plus qu’une structure bien organisée. Un corps vit de tout ce qui le fait bouger, et pour vous, des enseignements donnés et reçus, du travail de l’esprit qui s’ouvre à des réalités nouvelles, en biologie ou en histoire, et aussi de ces façons quotidiennes de se rencontrer et de se parler. Ne vous résignez jamais aux silences où l’on s’enferme ! Vivez de la charité de Dieu ! « Si un membre du corps souffre, les autres partagent sa souffrance ! Si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie ! »

Mais pour que la vitalité de l’enseignement catholique soit encore plus largement reconnue, j’ai deux conseils à vous donner, ou plutôt un unique conseil, mais à deux branches. Je vous demande de lutter de toutes vos forces contre deux formes d’indifférence : l’indifférence aux personnes et l’indifférence aux réalités religieuses.

L’indifférence aux personnes, cela peut être destructeur. Surtout s’il s’agit de personnes nouvelles, venant d’ailleurs, et peut-être dépaysées. En ce début d’année, regardez autour de vous : qui est nouveau ? qui vient d’ailleurs ? Le moindre signe d’attention et d’accueil peut opérer des miracles quand on a peur de rester isolé ! Vous êtes des enfants de Dieu ! Vous êtes reliés au Corps du Christ ! Vivez de cette solidarité !

Et c’est plus qu’une solidarité humaine ! Cela peut devenir une réelle fraternité ! C’est cela qui fait de l’Église une société différente d’où personne n’est rejeté ! Nous donnons forme et vie à la promesse de Jésus, qui ne renie pas sa famille, mais qui l’ouvre très largement : « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique ! »

Quelle ouverture de Dieu au peuple immense de ses enfants ! C’est le sens très oublié du mot « catholique » : cela veut dire « ouvert à tous », à partir du cœur de Dieu ! Et c’est cela que nous rappelle sans cesse le pape François : de Cuba aux États-Unis, et aussi d’Israël aux Palestiniens, il établit des ponts ! Et il faut faire des ponts quand il y a des ruptures !

Nous avons grand besoin de ponts entre nous tous. Nous ne pouvons pas rester séparés, chacun sur notre rive, indifférents aux autres, à ce qu’ils croient, à ce qui anime leur vie.

Je sais que les programmes d’histoire se sont élargis. On y tient compte de la religion juive, de la religion chrétienne et de la religion musulmane, et de leurs origines. Les livres, c’est important. Mais ils ne suffisent pas : osez, quand l’occasion se présente, vous dire ce que vous croyez de Dieu, ou ce que vous ne croyez pas ou ce que vous ne comprenez pas !

Nous sommes tous en état d’apprentissage, et la laïcité permet de progresser dans la connaissance des réalités du monde ! Laissez les autres réveiller votre foi chrétienne, surtout s’ils se disent ou s’ils sont incroyants !

L’enseignement catholique vit de cet apprentissage mutuel de la fraternité, et le Dieu vivant, notre Père des cieux, désire que cet apprentissage se déploie très largement ! Bonne rentrée et bonne année !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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