Le blog de Mgr Claude DAGENS

ÉLARGIR ET APPROFONDIR. Eucharistie à Montbron pour l'accueil du P. Emmanuel Granger, le 27 septembre 2015

28 Septembre 2015 Publié dans #homélies

ÉLARGIR ET APPROFONDIR. Eucharistie à Montbron pour l'accueil du P. Emmanuel Granger, le 27 septembre 2015

Avant de faire écho à la Parole de Dieu de ce dimanche ordinaire, j’ai trois prénoms à prononcer : Emmanuel, Hugues et Maurice.

Emmanuel, c’est vous, Père Granger. Vous êtes le nouveau prieur de cette communauté des chanoines de Saint-Augustin, et je vous confie aussi la responsabilité de ce doyenné de Tardoire-et-Bandiat, avec ses trois paroisses : La Rochefoucauld, Montembœuf et Montbron. Vous allez faire valoir vos talents ici, dans ce diocèse d’Angoulême, si proche du diocèse de Périgueux. Avec vos frères, vous allez faire en sorte que la présence de votre communauté continue à être reconnue dans l’ensemble de notre diocèse. Vous aurez le souci permanent d’allier la profondeur de la vie spirituelle à la largeur de la vie missionnaire, selon l’esprit de saint Augustin. Nous vous accueillons avec confiance.

Le second prénom, Hugues, est celui du Père Paulze d’Ivoy. Il a servi ici durant plusieurs années et, en juillet dernier, il a été choisi comme Abbé de sa congrégation. Nous ne l’oublions pas, et nous aurions été heureux de lui dire, de vive voix, notre reconnaissance, comme cela était prévu, ici-même, aujourd’hui. Nous comprenons son absence. Nous le nommons de tout cœur dans notre prière : que la force lui soit donnée de porter sa nouvelle charge !

Le troisième prénom, Maurice, est celui de votre ancien Père Abbé, le Père Bitz. Nous l’avons souvent accueilli ici, et il vient de nous quitter, brutalement, sans prévenir, peu de temps après avoir renoncé à sa charge, comme s’il voulait s’effacer devant celui qui lui a succédé. Nous le confions à la miséricorde du Christ, en n’oubliant pas qu’il a été le refondateur courageux de votre congrégation.

Mais, dans la vie comme à travers la mort, nous demeurons liés à Jésus Christ. Nous sommes ses serviteurs. Notre raison d’être, c’est Lui, c’est le Seigneur qui ne cesse pas de nous apprendre ce qu’il désire de nous, et il ne désire pas que nous nous refermions sur nous-mêmes.

Et c’est alors qu’il nous surprend, comme au temps de Moïse, quand le Dieu d’Israël voudrait que tout son peuple vive de l’esprit de prophétie, c’est-à-dire qu’il porte et qu’il annonce les promesses de vie et de liberté dont il est la source.

Ou, comme au temps de Jésus, lorsque les premiers disciples sont appelés à ne pas rejeter ceux qui ne sont pas avec eux, mais qui font œuvre de vie. « Celui qui n’est pas contre nous est pour nous. Et celui qui donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense. »

Dieu voit large. Et Jésus vient élargir cette vision. Et ses premiers appels dessinent déjà la mission chrétienne : au nom du Christ, nous ne sommes pas chargés de mettre des barrières, mais de faire des ponts, et le pape François ne cesse pas de nous encourager à ce travail-là, et moi-même, dans ma lettre de rentrée, j’insiste sur cette responsabilité de ne jamais fermer, mais de toujours ouvrir des routes.

D’ouvrir des routes, sur lesquelles nous sommes appelés à accueillir et à accompagner des personnes, des jeunes et des adultes, qui ont besoin de repères pour vivre, non pas de repères qui obligeraient à reculer, mais de repères qui empêchent de se perdre.

Alors on peut se demander ce que signifient les recommandations de Jésus quand il demande à ses disciples de supprimer en eux ce qui serait occasion de chute et de scandale. On ne peut pas penser qu’il encouragerait des actes de mutilation corporelle. Il me semble que les conseils vigoureux de l’apôtre Jacques répondent à nos questions : nous ne devenons chrétiens qu’en nous libérant de ce qui nous encombre ! Nous ne pouvons être libres pour le Christ qu’en n’étant plus esclaves de ce qui nous posséderait ! Halte à ce qui en nous, entrave le travail de Dieu ! Ce n’est pas une question de morale ! C’est une question de vie et de mort !

Et l’Évangile nous est confié pour devenir en nous-mêmes, dans nos cœurs, dans nos corps, dans nos consciences, une force libératrice ! Saint Augustin lui-même a appris cela : il a découvert le Christ comme Celui qui l’appelait à vivre une vie libérée de tout ce qui l’entravait !

Et cela, qui vaut pour nos existences personnelles, vaut aussi pour toute notre société ! Nous ne pouvons pas accepter d’être soumis à l’esclavage des choses que l’on possède et à être prisonniers d’un système qui ne serait gouverné que par les lois des marchés sans contrôle !

Seigneur, nous te prions pour nous tous ici réunis ! Fais de nous un peuple d’hommes et de femmes libres, libres pour pratiquer ton Évangile, libres pour ne rejeter personne, et donne à nos amis Chanoines de Saint-Augustin d’accomplir, à partir d’ici, leur mission de priants et d’apôtres !

+ Claude DAGENS, évêque d'Angoulême

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