Le blog de Mgr Claude DAGENS

APPRENDRE À SOIGNER LES AUTRES ET À SE LAISSER SOIGNER. Rassemblement du Mouvement chrétien des retraités, le 26 septembre 2015

28 Septembre 2015 Publié dans #Homélies

APPRENDRE À SOIGNER LES AUTRES ET À SE LAISSER SOIGNER. Rassemblement du Mouvement chrétien des retraités, le 26 septembre 2015

Vous êtes chrétiens, chrétiens retraités, mais d’abord chrétiens et chrétiennes, et membres du Corps du Christ, de l’Église.

C’est à ce titre primordial que je m’adresse à vous, à la lumière de la Parole de Dieu, non seulement de la parabole si parlante du Bon Samaritain qui secourt l’homme blessé, mais aussi de l’appel de l’apôtre Paul à vivre de la paix du Christ, à l’intérieur de son Corps.

Cette parabole dite du Bon Samaritain, nous la connaissons. Peut-être trop, et nous nous contentons d’admirer cet homme bon et d’en faire un exemple. Mais le récit que fait Jésus est beaucoup plus riche. Il y a, dans la parabole, d’autres acteurs que le Samaritain. Il y a ces deux hommes de religion, un prêtre et un lévite, qui passent, qui voient le blessé et qui prennent le large. Ce qui en dit long sur ce fait que l’appartenance et les pratiques religieuses ne sont pas une garantie d’attention aux autres et de bonté. On peut se réclamer de Dieu et être indifférent aux autres. Aux autres, qui sont parfois tout près de nous, et nous ne voulons pas voir ce qui les fait souffrir. Nous ne voulons plus entendre leurs plaintes. Nous restons à l’écart ou nous fuyons. Comme si le Dieu que nous célébrons était indifférent à notre humanité ! Alors que Dieu est souvent plus humain que nous, et il l’est vraiment, surtout si la figure du Bon Samaritain est celle de Jésus lui-même, lui qui « vient chercher et sauver ce qui était perdu ».

Mais il y a, de fait, au cœur du récit, le geste de cet homme bon et généreux, qui s’arrête aussitôt, qui voit les blessures, qui parle au blessé et qui fait tout ce qu’il peut pour le soulager. Gestes de sauvetage immédiat et souci de l’avenir, à l’auberge, qui est comme un hôpital de campagne.

L’histoire ne dit rien du blessé, mais il est clair que Jésus nous appelle à être du côté du Bon Samaritain. À la question du légiste : « Qui est mon prochain ? », il répond : « Non pas celui ou ceux que nous choisissons, “nos pauvres” ou “nos malades”, mais celui qui est là, au bord de la route. »

La charité, selon Jésus, ce n’est pas un programme, c’est un acte spontané, c’est une façon de sortir de soi-même pour « soigner les blessures ». En acceptant aussi la réaction « des blessés de la vie », comme nous disons.

Car il faut être réaliste. Il y a des blessés qui manifestent leur reconnaissance. Mais il y a aussi des blessés qui se révoltent, des personnes qui ne peuvent plus supporter leurs épreuves, et qui crient leur désespoir ou qui s’enferment dans le silence.

Et, à ce moment-là, c’est nous-mêmes, les « aidants », les proches des souffrants, qui devons être secourus et soutenus. Il ne suffit pas de soigner, il faut aussi apprendre à se laisser soigner, parce que nous sommes touchés par la souffrance des autres, elle nous secoue, elle nous déstabilise.

Et, à ce moment-là, se vérifie concrètement l’image du Corps, nous sommes solidaires les uns des autres, non pas pour nous complaire dans la souffrance, mais pour nous relever ensemble, pour laisser la force du Christ agir à l’intérieur même de ce qui nous fragilise.

Frères et sœurs, n’hésitons pas à soigner les autres, mais consentons aussi à nous laisser soigner, avec tout ce que peut la médecine, et aussi tout ce que peut la fraternité chrétienne. C’est sur cette fraternité qu’insiste l’apôtre Paul, en expliquant aux chrétiens de Colosses qu’ils sont appelés à laisser régner en eux la paix du Christ, en cet unique Corps qu’est leur communauté !

La paix du Christ ! C’est la paix qui ne se laisse pas vaincre par la violence des hommes. C’est la paix simple et efficace que manifeste le Bon Samaritain. C’est la paix dont le blessé a pu faire l’expérience en se voyant secouru. C’est une force, et non pas une faiblesse. C’est déjà la force de la Résurrection.

Et notre responsabilité, c’est d’être de ce côté-là, en ne participant pas seulement aux cris de souffrance et de désespoir, mais aussi aux paroles et aux prières de reconnaissance, même avec ceux et celles qui ne nomment pas le Christ !

En leur nom à tous, nous le nommons, lui, le Seigneur ! Quand il passe comme le Bon Samaritain, il laisse les traces de sa Pâque, et déjà avec lui, nous allons de la mort vers la vie, et la vie, dès aujourd’hui, c’est notre participation à sa Résurrection !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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