Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA PROFONDEUR DE DIEU S'OUVRE À NOUS. Homélie lors du pèlerinage des malades à Lourdes, le 12 juillet 2015

25 Août 2015 Publié dans #Homélies

LA PROFONDEUR DE DIEU S'OUVRE À NOUS. Homélie lors du pèlerinage des malades à Lourdes, le 12 juillet 2015

Frères et sœurs,

Écoutez cette annonce étonnante, qui nous dépasse et qui nous concerne :

« Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ !... Il nous a prédestinés à être, pour lui, des enfants adoptifs par Jésus, le Christ ! »

Et l’on peut ajouter : des enfants connus, aimés, appelés à former sa famille à Lui, notre Père commun !

C’est une révélation bouleversante. Car c’est la profondeur du Dieu vivant qui s’ouvre à nous. Nous, qui parfois désespérons de nous-mêmes et de Dieu, et des autres, voilà que nous recevons une promesse inouïe : chacun de nous a son nom et sa vie inscrits dans le cœur de Dieu, dans la bonté du Père créateur, dans la miséricorde du Christ, dans la force vive de l’Esprit Saint.

La Trinité de Dieu veut se lier à nous et agir en nous, pour transformer nos vies. C’est pour cela que nous sommes venus à Lourdes : parce que nous avons besoin des signes qui nous diront que nos vies ne sont pas perdues, que nos corps, même handicapés, sont vivants, que nous sommes tous appelés à être transformés par la bonté de Dieu.

Oui, béni soit le Père des miséricordes qui se révèle ici, à Lourdes, pour que nous ne soyons plus prisonniers de nos souffrances et de nos peurs, mais pour que nous apprenions à le laisser, Lui, venir à nous, et nous libérer du mal.

Car entre Dieu et nous, il y a comme un mouvement d’échange. Et le plus grand signe de ce mouvement, c’est Jésus, le Fils, qui vient sans relâche chercher, toucher, guérir ce qui semble perdu en nous. Le Christ vient en nous et nous participons à sa vie.

Pas besoin de faire des dessins : il y a les handicaps visibles du corps, mais il y a aussi les détresses cachées, celles que l’on n’ose pas dire, car les dire fait encore plus de mal.

Alors il faut user du silence. Car il y a des silences qui séparent, mais il y a aussi des silences qui réunissent. Être là, proches les uns des autres, et devenir ce peuple de priants qui regardent vers elle, la Vierge Marie, notre Mère, la mère de Jésus, Celle qui a cru que le Père des cieux allait donner son Fils pour que nous soyons ressaisis et recréés en Lui.

Il faut simplement regarder vers elle, Marie. Et se souvenir qu’elle s’est tournée vers la jeune Bernadette, en s’adressant à elle comme à une personne. Bernadette était une pauvresse, une misérable, dont les parents étaient méprisés par les gens de Lourdes, et elle est devenue une privilégiée de Dieu. C’est un monde renversé. Oui, c’est ce monde renversé que Dieu désire pour nous, c’est ce monde béni des pauvres et des exclus que notre pape François ne cesse pas de rencontrer et d’honorer. Il ne leur demande pas de se venger des riches. Il les appelle à être des témoins de la dignité de chaque être humain.

Croire ainsi que chacun de nous, surtout quand nous sommes humiliés ou mis à l’écart (et cela va bien au-delà des handicaps physiques), oui, continuer à croire contre vents et marées, que notre dignité d’enfants de Dieu, recréés dans le Christ, est une dignité ineffaçable.

Et c’est le miracle de Lourdes : ici, nous venons à la rencontre du Christ pour apprendre de Lui à devenir ses signes. Les signes de son attention silencieuse, de sa proximité, de sa présence, avec ces regards, ces gestes et ces silences par lesquels nous nous savons liés les uns aux autres, en Lui, le Christ Jésus.

Oui, c’est la foi « dans le Christ », qui est notre marque spécifique. Il n’y a pas d’un côté nous, bien portants ou malades, et de l’autre le Christ qui resterait à distance de nous. Il y a nous, qui sommes plongés, à partir de notre baptême, dans le grand courant de la vie ressuscitée, et l’eau de Lourdes, l’eau qui jaillit au fond de la grotte, est le signe de ce courant de vie que Bernadette a laissé jaillir de la terre sale.

« Venez et voyez ! » Oui, venons ici à la rencontre de Jésus Christ. Il est déjà en nous. Et parfois, nous sommes capables de le refuser, de le repousser, alors qu’il vient nous relever.

Osons désirer ce miracle ! Nous laisser relever par le Christ et devenir les uns pour les autres des signes de son action, et pas seulement à Lourdes, mais partout où nous passons ! Et laisser Dieu mettre sur nos chemins d’autres signes ! Laisser Dieu nous surprendre, et il en est capable !

Hier soir, alors que je priais devant la grotte, quelqu’un s’est approché de moi. Il m’avait reconnu et moi, je ne le connaissais pas. Nous avons échangé quelques paroles qui en disaient long sur nos raisons d’être ici, et avant tout notre grand désir d’être renouvelés par Dieu, qui veut que « nous vivions à la louange de sa gloire, nous qui avons d’avance espéré dans le Christ. »

Nous avons tous nos inquiétudes, mais au milieu de toutes nos inquiétudes, jaillit une certitude. Notre avenir, c'est la vie de Dieu en nous, par le Christ. Seigneur, chasse donc les démons de la peur et de la désespérance qui nous tourmentent parfois ! Enveloppe-nous de ta grande bénédiction ! Guéris-nous ! Sauve-nous ! Fais-nous vivre de Toi !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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