Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA MULTIPLICATION DES PAINS : CE SIGNE SURPRENANT. Eucharistie à l'abbaye de Belloc, le 26 juillet 2015

25 Août 2015 Publié dans #Homélies

LA MULTIPLICATION DES PAINS : CE SIGNE SURPRENANT. Eucharistie à l'abbaye de Belloc, le 26 juillet 2015

Frères et sœurs,

L’Eucharistie qui nous réunit est un événement toujours nouveau. Elle vient du Christ vivant et elle nous est donnée pour que nous devenions nous-mêmes son signe dans le monde, le signe de son engagement et de sa présence active.

Comment cela est-il possible ? Tout commence, dans l’Évangile de Jean, par le signe étonnant de cette multiplication des pains sur une colline de Galilée.

Ce signe a provoqué une immense surprise. Pour au moins deux raisons. La première, c’est le petit nombre des pains d’orge et des poissons que Jésus a dans ses mains et le grand nombre des personnes qui sont là et qui ont besoin d’être nourries. Entre la foule si nombreuse et la rareté de la « matière première », quel contraste ! Mais peut-être que beaucoup n’ont pas vu ce qui s’est passé réellement. Car cet événement de multiplication des pains a son origine dans les mains de Jésus, dans sa prière adressée à son Père et dans l’acte inattendu de don qui s’accomplit alors. Les chiffres ne comptent plus. La bonté du Père dépasse tout ce que nous pourrions calculer. Le don est efficace. Il multiplie la nourriture et Jésus est alors le simple collaborateur de la générosité du Père. Peu importe que beaucoup n’aient pas vu ! Le signe parle par lui-même. Il dit que Jésus est venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance.

Et puis, à l’horizon de cette foule, Jésus voit plus loin. Il voit l’horizon de Pâques, la grande fête juive où le peuple de l’Alliance se souvient de la libération d’Égypte en célébrant le repas pascal. Peu importe que cette foule n’ait pas d’abord remarqué cela ! Ils comprendront plus tard, et les apôtres eux-mêmes, surtout au dernier soir, quand Jésus les a réunis pour le moment simple et solennel où il rompra le pain non pas pour le multiplier, mais pour en faire le signe efficace de son sacrifice personnel et l’acte de naissance de son Corps élargi à tous ceux et celles qui veulent vivre de cette Pâque nouvelle.

Mais ce jour-là, en Galilée, ce premier signe de la multiplication des pains est devenu déjà un signe de contradiction. Et c’est la seconde surprise. Ce Jésus qui accomplit de tels gestes, il doit être le Prophète attendu du Royaume de Dieu sur la terre. Il faut qu’il règne. Il faut qu’il prenne le pouvoir. Et Jésus, volontairement, sans attendre d’être porté en triomphe, se retire dans la montagne. Il n’est donc pas venu pour établir son pouvoir. Ce qu’il fait pour les hommes reste et restera un don totalement gratuit. Il donne et il se donne, il s’en expliquera plus tard : il est le nouveau pain de vie qui accepte d’être assimilé par nous.

Alors se révèle déjà le mystère de l’Eucharistie. Le pain de vie est une vraie nourriture, mais cette nourriture est inséparable de Celui qui la crée et la donne. Le sacrement que nous célébrons est donc lui aussi inséparablement présence du Seigneur qui se donne et appel à vivre de Lui, et comme Lui vit dans notre monde, non pas pour le dominer, mais pour le renouveler de l’intérieur, en l’aimant.

Quelle erreur ce serait si nous établissions dans le Corps du Christ des séparations entre nous, comme s’il y avait d’un côté ceux et celles qui adorent en silence le Christ dans le pain de vie, et de l’autre ceux et celles qui s’engagent et qui luttent pour la dignité des pauvres !

Contempler le Seigneur et participer à la souffrance des humiliés, c’est tout un ! C’est au même mystère pascal de Jésus Christ humilié et glorifié que nous participons, et nous sommes heureux d’être « appelés à une seule espérance, car il n’y a qu’un seul corps et un seul esprit » et notre mission à tous et à chacun, quelles que soient ses formes, est une façon de confesser un seul Seigneur, Celui qui proclame la bonne nouvelle aux pauvres, qui nourrit la foule en multipliant des pains et qui s’engage à demeurer avec nous et en nous, avec son Corps livré ! Nous sommes le Corps du Christ pour la vie du monde !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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