Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA MISÉRICORDE DU CHRIST BRISE LA VIOLENCE DU MAL. Homélie à Lourdes, pour le jour de la réconciliation, le 13 juillet 2015

25 Août 2015 Publié dans #Homélies

LA MISÉRICORDE DU CHRIST BRISE LA VIOLENCE DU MAL. Homélie à Lourdes, pour le jour de la réconciliation, le 13 juillet 2015

Frères et sœurs,

Écoutez encore cette révélation bouleversante qui vient des profondeurs de Dieu :

« Si quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a donné le ministère de la réconciliation. »

En rencontrant le Christ sur la route de Damas, l’apôtre Paul a fait l’expérience de ce bouleversement intérieur. Il sait qu’il est devenu un homme nouveau. Il sait qu’il a été saisi par le Christ et que le Christ l’a délivré de toute la violence qui était en lui.

Nous n’osons pas assez croire à cette force de transformation que le Christ est capable de déployer en nous. Car être réconcilié avec Dieu, ce n’est pas un petit événement : c’est une sorte de renaissance ou de résurrection.

Nous n’osons pas assez livrer au Christ ce qui nous pèse, ce qui nous tire en arrière, ce qui entrave notre foi, ce qui durcit notre cœur. On ne peut pas aller vers la miséricorde du Christ sans consentir à tout remettre entre ses mains, pour qu’il opère réellement l’acte de réconciliation qui est sa force.

Et cette force inouïe passe par un événement réel, qui a eu des témoins et que l’Évangile de Luc raconte avec un réalisme magnifique. La religion chrétienne n’est pas faite d’abord d’idées, ni de valeurs. Elle est faite d’événements, et d’une façon particulière de l’événement de la Croix. C’est un événement de souffrance et de mort, et de mort violente, mais c’est aussi un événement qui révèle cette force de miséricorde qui vient briser toute la violence du mal.

La Croix du Christ, à première vue, c’est la victoire du mal et des méchants, du peuple qui observe, des soldats qui ricanent, des amis qui ont pris le large. Jésus est traité comme un vaincu. Mais près de lui, un homme coupable, un condamné de droit commun, a compris : il parle à Jésus, il l’appelle par son nom, il s’abandonne à Lui : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » Il met en lui son espérance.

Et Jésus répond aussitôt à son espérance : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » C’est comme si le ciel de Dieu s’ouvrait déjà. Cet homme coupable va le premier entrer avec Jésus dans la création nouvelle.

C’est comme si Jésus, en devenant péché pour nous, nous libérait de toute la puissance du mal : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Lui, Jésus, sait combien nous sommes capables de nous détruire nous-mêmes, en participant à l’engrenage du mal. À l’heure de la Croix, il détruit cet engrenage. Et le Père des miséricordes nous donne d’entrer dans ce monde réconcilié dont Jésus Christ est le cœur vivant, toujours vivant, toujours agissant.

Frères et sœurs, le pape François a voulu qu’après le synode d’octobre prochain, nous entrions dans une année de la miséricorde. Préparons-nous à voir comment l’Esprit Saint, au synode, va donner aux évêques la capacité de faire face à des situations nouvelles et d’ouvrir des chemins de réconciliation !

Mais préparons-nous encore davantage à entrer dans la profondeur de la miséricorde de Dieu qui, seule, fait face à la puissance du mal. Car nous ne devons pas nous laisser piéger par l’engrenage terrible de la culpabilité. Il y a du mal dans le monde, il y a du mal dans les cœurs humains, il y a du mal dans les violences des guerres. Et face au mal, on s’enferme dans la question : « Qui est coupable du mal ? » Et si l’on cherche des coupables, on les trouve, et alors se déclenche l’engrenage de la haine, de la vengeance, de la violence. Nous nous emprisonnons nous-mêmes dans le mal sous prétexte de faire justice. Et le monde devient un enfer, et nous créons cet enfer entre nous.

Que vienne la miséricorde du Christ ! Que viennent la tendresse et la bonté du Père des cieux ! Que soient brisés ces engrenages auxquels nous avons consenti ! Que se délie en nous tout ce qui nous enchaîne au mal ! Oui, que tombent nos chaînes, les chaînes du ressentiment, des souvenirs de mort, des refus de pardon !

Oui, c’est une grande affaire que d’accueillir en nous la miséricorde de Dieu avec toute sa force ! Parfois, il faut être brisé pour être vraiment délivré. Mais ce qui brise en nous le mal, c’est le Christ vivant, c’est le Crucifié qui pardonne et qui veut qu’avec lui, nous devenions pour d’autres les témoins de cette victoire accomplie par la Croix !

« Nous sommes les ambassadeurs du Christ. Par nous, c’est Dieu lui-même qui lance un appel. Nous vous le demandons au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, il l’a pour nous identifié au péché afin qu’en lui, nous devenions justes de la justice même de Dieu. »

En lui, le Christ, nous sommes justifiés, nous sommes rendus justes. Et cette promesse décisive, nous sommes appelés à l’accueillir en nous. Elle est une force de vie et de renouveau !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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