Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA MISSION EST TOUJOURS UNE ÉPREUVE. Eucharistie à Éraville avec la consécration de l'autel, le samedi 4 juillet 2015

6 Juillet 2015 Publié dans #Homélies

LA MISSION EST TOUJOURS UNE ÉPREUVE. Eucharistie à Éraville avec la consécration de l'autel, le samedi 4 juillet 2015

L’événement qui s’accomplit ce soir dans cette église d’Éraville est un événement heureux. Car une église ouverte et rénovée est toujours un signe de vie, et qui parle à tous les habitants de votre commune et au-delà.

Car une église n’est pas un bâtiment comme les autres. Elle est la maison de Dieu accessible à tous, gratuitement. Une église ouverte, c’est un signe de cette étonnante ouverture du Dieu vivant à tous les hommes, sans aucune distinction. Lui, il ne fait pas de différence entre les personnes. Il accueillera les croyants fidèles, mais aussi des pèlerins de passage, des inconnus qui feront halte ici pour respirer dans le silence.

Et puis il est beau de reconnaître qu’une église rénovée, même si elle garde ses pierres de l’époque romane, est une église qui vit, qui veut vivre aujourd’hui. Même si elle n’est plus le centre du village, elle en est comme le cœur : elle veut manifester que rien n’empêche le Christ vivant de demeurer au milieu de nous. Et la consécration de l’autel, avec les reliques des saints, l’huile parfumée et l’encens, marque ce renouveau qui est fait pour durer.

Mais tout ce renouvellement de votre église ne doit pas nous empêcher d’être réalistes. Nous ne sommes plus au Moyen Âge. L’Alliance naturelle entre la Tradition chrétienne et la société française s’est défaite. On ne peut plus se dire catholiques et vivre en chrétiens en s’appuyant seulement sur notre mémoire. Même dans des familles de tradition catholique, des enfants et des petits-enfants ont pris leurs distances par rapport à l’Église.

Mais il existe un autre phénomène, moins visible, mais très réel : des enfants demandent d’eux-mêmes à être catéchisés, même si leurs familles n’ont aucune mémoire chrétienne. Et des gens plus âgés, aussi, après des années d’oubli et de distance, s’interrogent sur leur relation à Dieu, pas seulement sur son existence, mais sur la façon de ne plus être séparés de Lui, surtout si Lui ne désespère pas de nous.

Et l’on pourrait penser que ce contraste entre l’effacement de la foi et son réveil, ici ou là, est un phénomène nouveau. Pas du tout. Depuis toujours, et même dès la première Alliance entre Dieu et les hommes, parler au nom de Dieu a toujours été une épreuve et même un combat.

Tous les textes de la Parole de Dieu entendus aujourd’hui nous le disent fortement. Le prophète Ézéchiel doit s’adresser à des gens qui ont la tête dure et le cœur obstiné. Ces hommes et ces femmes exilés doutent des promesses de Dieu. Ils se sont enfermés dans le refus et dans le doute. Et Ézéchiel doit faire face à cette résistance.

Comme Jésus, chez lui, en Galilée, à Nazareth. Sa situation est encore plus difficile. On croit le connaître. On connaît les gens de sa tribu, sa mère, Marie, son père adoptif, Joseph, et tous les gens de sa famille, qui voudraient le garder pour eux. Jésus souffre de cette incompréhension irrésistible. On s’empêche de le connaître en s’imaginant le connaître. C’est le drame de ces relations de proximité qui peuvent être des relations superficielles dominées par l’indifférence. On parle des autres sans se donner les moyens de parler avec eux, et le pire ce sont les étiquettes avec lesquelles on s’interdit d’aller au-delà des apparences. Idiot, méchant, violent, pauvre type, et pire encore, si ce sont des étrangers qui ne parlent pas notre langue.

Mais il y a un obstacle pire encore qui nous empêche d’être présents aux autres : nous avons peur de nous-mêmes, nous sommes remplis de doutes, nous nous mésestimons, nous sommes vaincus par nos faiblesses et nous nous replions sur nous-mêmes.

L’apôtre Paul a connu cela : il parle de cette écharde dans la chair, cette écorchure grave qui le fait souffrir. Il aurait pu se désespérer de lui-même, mais il a découvert que cette écharde dans la chair n’empêche pas la puissance du Christ d’habiter et d’agir en lui.

Voilà la nouveauté chrétienne : le Christ, en nous, n’est pas vaincu par ce qui pourrait nous paralyser : « Ma grâce te suffit. Ma puissance se déploie dans la faiblesse. »

Il faut entendre cet acte de foi en la puissance du Christ. Il faut apprendre à laisser cette puissance du Christ agir en nous. Le dernier mot de nos vies n’est pas dans nos faiblesses, ni dans celles de l’Église. Le Christ ne renonce jamais à habiter en nous. Sa puissance ne se laisse pas limiter par nos peurs ou nos résistances. La vie chrétienne et la mission chrétienne sont toujours des combats, où il nous est promis de ne pas être vaincus.

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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