Le blog de Mgr Claude DAGENS

DE LA CHARENTE AU PÉROU : LA CHARITÉ DU CHRIST EN ACTES. Homélie lors des obsèques du Père Bernard Babinot, à l'église St-Paul de Ma Campagne, le 8 juillet 2015

8 Juillet 2015 Publié dans #Homélies

DE LA CHARENTE AU PÉROU : LA CHARITÉ DU CHRIST EN ACTES. Homélie lors des obsèques du Père Bernard Babinot, à l'église St-Paul de Ma Campagne, le 8 juillet 2015

Cher Bernard,

C’est ici, à Ma Campagne, après quelques années à Ruelle, que tu as commencé ton ministère de prêtre. Je t’avais connu à la fin de tes études au Séminaire de Bordeaux, et je me souviens : il y avait en toi comme un bouillonnement intérieur, le désir fort de manifester activement dans le monde ce que tu recevais du Christ et de sa force de charité.

Toute ta vie a été faite de cette participation active à la charité du Christ. Et il est beau de pouvoir reconnaître aujourd’hui que ta vie de prêtre au Pérou, lors de tes deux séjours, d’abord à la paroisse Santa Cruz de Vitarte, puis à San Juan de Lurigancho, dans le diocèse de Chosica, a laissé des traces durables. Tu as pu déployer, au milieu des pauvres et avec eux, cette énergie puisée à la source du Christ, quand il s’identifie aux pauvres et aux humiliés de ce monde.

Et les pauvres, ce sont toujours des visages, des présences, avec ce mélange de joies et de souffrances que tu savais si bien partager. Ton humanité de prêtre a été façonnée par ces relations de voisinage, par ces rencontres, par ces amitiés, où tu savais souffrir et espérer avec ceux et celles qui souffrent et qui espèrent.

C’était clair quand on te connaissait : la charité du Christ, ce n’est pas du sentiment, c’est de l’amour en action, de l’amour qui tient compte de chaque personne, mais qui comprend aussi tout le poids de l’injustice sociale, tous les engrenages qui provoquent des inégalités insupportables.

Comme sait si bien le dire le pape François, tu avais en toi l’odeur de tes brebis. Tu communiais à ce qui les faisait vivre, souffrir, lutter et espérer, parfois contre toute espérance.

Car tu n’étais pas du genre à te lamenter. Tu savais voir ce qui était nécessaire pour vivre humainement, et tu agissais pour relier, pour unir, pour soutenir ceux et celles qui s’engageaient, et en particulier des femmes qui savaient très bien prendre leurs responsabilités et entrainer les autres.

Tu te sentais porté par ce peuple des pauvres, avec la certitude que tu participais ainsi à la passion du Christ, à cette Alliance nouvelle qui passe par le mystère pascal de mort et de résurrection.

Je suis sûr que tu as toujours vécu l’Eucharistie de cette manière-là : comme la source vive où tout de notre humanité est ressaisi dans l’acte par lequel Jésus Christ se dépouille, se livre à nous et nous ouvre à l’Amour de son Père.

Aujourd’hui, Bernard, nous sommes présents près de toi avec la très vive conscience de ce que tu as donné de toi-même, par ton ministère de prêtre. Nous ne faisons pas de toi un homme sans défauts : nous savons bien que tu avais un tempérament ardent et que tu ne te privais pas de dire parfois ce qui te contrariait ou qui t’insupportait. Mais c’était le revers de cette force de charité qui t’animait et, pour le dire encore plus clairement, de cette passion par laquelle tu vivais de la charité du Christ, sans te lasser, jusqu’à user ton corps et ton cœur.

Et même, durant ces dernières années, dans plusieurs services de notre diocèse, du côté des gens du voyage ou de la maison d’arrêt, ou dans des collaborations paroissiales, il était beau de sentir, même à travers la fatigue, que ta passion d’apôtre était toujours très vive.

Que le Christ te donne, Bernard, de demeurer proche de nous et de comprendre qu’être pauvre de cœur, avec des pauvres, et persécutés pour la justice, avec des humiliés, ce sont des chemins privilégiés vers ce Royaume du Père où nous sommes attendus !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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