Le blog de Mgr Claude DAGENS

VERS L'ANNÉE DE LA MISÉRICORDE : À QUOI SOMMES-NOUS APPELÉS ? Rencontre de la pastorale familiale, à la Maison diocésaine d'Angoulême, le 13 juin 2015

17 Juin 2015

VERS L'ANNÉE DE LA MISÉRICORDE : À QUOI SOMMES-NOUS APPELÉS ? Rencontre de la pastorale familiale, à la Maison diocésaine d'Angoulême, le 13 juin 2015

L’année de la miséricorde, voulue par le pape François, commencera le 8 décembre de cette année 2015. Elle sera, elle est déjà comme un chemin ouvert, après l’étape que constituera le Synode des évêques du mois d’octobre 2015.

Je voudrais dès maintenant baliser ce chemin, en posant une question simple et décisive : à quoi sommes-nous appelés par cette année de la miséricorde ? Je vais répondre à cette question au lendemain d’un beau pèlerinage en Terre Sainte. Au début de cette semaine, nous étions à Jérusalem : longues haltes de prière au lieu du Golgotha et près du Saint-Sépulcre. Mystère de Jésus crucifié et ressuscité. Et aujourd’hui, le 12 juin, nous fêtons le cœur de Dieu ouvert, en Jésus qui se donne : « Un des soldats, avec sa lance, lui perça le côté, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. » (Jean 19,35)

Avec la promesse de Jésus : « Quand je serai élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » (Jean 12,32)

Là se révèle le cœur de Dieu. Là jaillit la source de sa miséricorde. Il prend tout sur lui de notre condition humaine, et il nous appelle à participer à ce travail : la force de l’amour de Dieu au milieu même de ce qui nous blesse. En quoi consiste ce travail de miséricorde qui prend sa source dans l’humanité de Dieu, telle que l’Évangile la révèle ?

Je vais prononcer trois séries de verbes pour mettre en relief ce travail :

- RESPECTER, ACCUEILLIR, ÉCOUTER

- CHEMINER ET ACCOMPAGNER

- PRIER ET SE LAISSER PORTER PAR LA PRIÈRE DES AUTRES

1. RESPECTER, ACCUEILLIR ET ÉCOUTER

La miséricorde de Dieu n’est pas un acte magique, qui viendrait de l’extérieur. Elle passe par notre humanité réelle, très belle et très blessée. La misère de nos vies est traversée par la miséricorde du Christ. Et c’est de Lui que je voudrais partir, de Lui tel qu’il se manifeste quand il fait l’expérience de notre humanité, en son Fils. Alors que fait-il et qu’avons-nous à faire pour lui être fidèles ?

Il respecte chaque personne. Chaque personne avec ce que chacune a d’unique : de la femme aux cinq compagnons, la Samaritaine, au riche Zachée si mal vu de ses compatriotes qu’il se cache pour voir Jésus.

Jésus s’arrête. Il commence par respecter, c’est-à-dire par être là sans s’imposer. Sa présence est d’abord silencieuse, au bord du puits ou près du sycomore, ou dans la maison de Marthe et de Marie.

En respectant, il donne aux personnes qu’il rencontre de se révéler. La femme de Samarie va l’interroger : où la prends-tu donc l’eau vive dont tu parles ?

En respectant, il accueille l’attente profonde des personnes. Il ne s’arrête jamais aux apparences, avec tous ces qualificatifs qui enferment les autres dans leurs apparences, souvent négatives. Il va au-delà. Il accomplit une sorte d’acte de foi : en cette femme, en cet homme, existe un désir caché de vie meilleure, de confiance, de réconciliation et même de vérité. Il accueille cela, qui anime tout être humain.

Et il écoute, il interroge parfois, comme les premiers disciples : « Que cherchez-vous ? » (Jean 1,38) Et cette question simple et immense ouvre sur l’infini : mais elle libère la parole, elle donne à chacun de se livrer, de se confier, de sortir de soi-même. Le travail de l’écoute est un travail onéreux : nous nous livrons nous-mêmes en faisant silence, en respectant, en accueillant, en écoutant les autres.

Dieu est là, chez ces autres qui nous surprennent, que nous visitons ou qui nous visitent. Dieu est là et les autres deviennent pour nous non pas des interlocuteurs, mais des signes. Et nous sommes comme eux : en attente de vérité et de confiance, appelés à sortir de nous-mêmes, à nous accepter en laissant Dieu venir à nous et nous accepter pour nous renouveler.

2. CHEMINER ET ACCOMPAGNER

Une ouverture à l’inconnu s’accomplit alors. Pas seulement une porte ouverte, mais comme y insiste le pape François : une route ouverte, une route avec des étapes, une route où nous sommes appelés à marcher, notamment avec des hommes et des femmes qui ont peur de l’inconnu, de l’avenir inconnu.

La route qu’ouvre Dieu implique cet appel à sortir de soi et à avancer. Voyez Abraham, d’Ur en Chaldée au pays de Canaan et au désert. « Va vers le pays que je t’indiquerai ! » (Genèse 12,1) « Va » : c’est ma devise d’évêque. J’aime marcher. J’ai beaucoup aimé, ces jours derniers, marcher avec des personnes qui sont venues en Terre Sainte pour ne pas regarder en arrière, pour ne pas rester enfermées dans leurs blessures ou leurs peurs. Dieu se révèle alors non pas seulement comme celui qui nous devance, mais comme Celui qui devient le chemin. « Personne ne va vers le Père sans passer par moi » (Jean 14,6), dit Jésus à Philippe. Accepter de passer par Dieu, d’entrer dans le mystère de Dieu, de participer à ce mouvement d’exode, de sortie, qui est aussi celui de la Pâque de Jésus. « Jésus, sachant que l’heure était venue de passer de ce monde à son Père… » (Jean 13,1)

Et nous ne sommes pas seulement appelés à cheminer, mais à accompagner. Nous ne sommes pas seulement du côté des disciples d’Emmaüs qui sont désemparés et qui reviennent chez eux. Nous sommes aussi du côté de Jésus, le Ressuscité, qui marche à leurs côtés sans être reconnu.

C’est la patience de l’accompagnement : nous sommes là, nous marchons avec, et nous ne sommes pas reconnus, comme Jésus. On nous traite parfois comme des gêneurs, ou des curieux. Et nous ne cessons pas d’espérer, comme Jésus : l’heure viendra où des cœurs s’ouvriront, où des visages s’éclaireront, où la patience de Dieu, qui passe par nous, sera perçue.

Attendre, espérer, et poursuivre la route, et témoigner des chemins parcourus…

3. PRIER ET SE LAISSER PORTER PAR LA PRIÈRE DES AUTRES

Un des membres de notre Service de pastorale familiale nous a raconté cette histoire vraie : il a rencontré un jour une religieuse qui le nommait dans sa prière depuis 20 ans, sans qu’il le sache.

C’est cela le mystère actuel de la communion des saints. Nous prions, autant qu’il nous est possible humainement, et nous sommes portés, sans le savoir, par la prière des autres. Ce que nous n’osons pas demander à Dieu, d’autres le demandent à notre place, et cela peut nous être donné.

Le plus grand don, c’est sans doute le don de la miséricorde : Dieu, par son Fils, descend dans nos enfers. Il nous libère. Nos chaînes tombent. Voyez l’icône de la Fraternité trinitaire ! Elle dit tout de la puissance libératrice du Christ.

La miséricorde n’est pas du sentiment. Elle est un événement, un acte de puissance qui passe par la Croix du Christ, non pas la Croix de souffrance, mais la Croix de gloire, la Croix où rayonne la lumière de Pâques.

Et cette année de la miséricorde nous est donnée, pour que le peuple des baptisés se réveille, se relève et connaisse « ce qui surpasse toute connaissance » (Éphésiens 3,19) : l’amour du Christ, avec sa largeur universelle, avec sa longueur sans limites de temps, avec sa hauteur, de la terre de violence au ciel de la réconciliation, avec sa profondeur, celle de l’Église, puisque « les portes de l’Hadès ne l’emporteront pas sur elle. » (Matthieu 16,18)

Que l’Esprit Saint nous donne de désirer, de préparer et de vivre cette année comme un événement de réveil, de relèvement, de résurrection !

Partager cet article

Repost 0