Le blog de Mgr Claude DAGENS

LES GUERRES NE DURENT PAS TOUJOURS. Messe à la cathédrale pour l'anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale, le 8 mai 2015

11 Mai 2015 Publié dans #Homélies

LES GUERRES NE DURENT PAS TOUJOURS. Messe à la cathédrale pour l'anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale, le 8 mai 2015

Même quand elles sont très destructrices, les guerres ne durent pas toujours. Nous le reconnaissons aujourd’hui en faisant mémoire de l’événement qui marqua, à Berlin, la fin de la Seconde Guerre mondiale, à partir de la capitulation de l’Allemagne, le 8 mai 1945. Les vainqueurs de cette guerre, qui avait fait des ravages terribles en Europe et dans le monde, et parmi les vainqueurs spécialement la France, n’ont pas voulu humilier l’Allemagne. Au contraire : une volonté de réconciliation s’est mise aussitôt à l’œuvre et les épreuves de la guerre ont incité à construire une nouvelle Communauté européenne, au service de la paix.

Nous ne l’oublions pas, même si, dans les temps actuels, ce même projet semble dépassé par d’autres urgences, surtout économiques, et par un contexte international très préoccupant, du Moyen Orient à l’Afrique.

Nous ne nous sommes pas réunis dans cette cathédrale pour y faire de la géostratégie, et encore moins pour nous lamenter sur les innombrables violences qui éclatent dans le monde, et en particulier là où des terroristes intelligents et organisés prétendent s’imposer à des populations prises en otage.

Nous sommes réunis pour reconnaître que nos raisons d’espérer la paix, même si elles sont fragiles, demeurent enracinées en nous, et spécialement en vous, les militaires, les membres de l’armée française, qui avez la responsabilité de défendre des populations menacées, et de ne faire la guerre qu’en vue d’établir peu à peu la paix, au risque de votre vie.

Et c’est pourquoi j’ai choisi, dans l’Évangile de Luc, ce récit où l’on voit un soldat romain, membre d’une armée d’occupation, manifester devant Jésus tout ce qu’il porte en lui de meilleur : non seulement son sens de l’obéissance, son respect de la parole qui engage, mais aussi son attachement pour son serviteur malade.

Cet homme, ce soldat, ne se comporte pas comme un vainqueur : il a des amis juifs, il fait appel à eux pour prévenir Jésus, et face à cet homme venu de Nazareth, à ce prophète qui fait du bien, il n’ose rien demander, il formule seulement un appel qui vient du cœur et qui exprime une grande confiance : « Dis seulement une parole, et mon serviteur sera guéri ! »

Jésus entend et admire. Ce païen est un croyant, un croyant qui espère, un croyant qui comprend quelle force de vie et de relèvement porte en lui cet homme qui l’écoute et qui va l’exaucer.

Nous vivons tous dans une société qui se durcit, parce que la peur est là et que l’avenir est incertain pour beaucoup. Au lieu d’être vaincu par cette culture de la peur – qu’il est si facile d’entretenir – nous avons besoin de reconnaître qu’il existe en nous tous des capacités de confiance, de courage, d’attention aux autres qui font aussi partie de notre humanité commune. Une fête nationale n’est pas seulement un acte de mémoire. Elle est un moment privilégié pour pratiquer cette reconnaissance mutuelle qui est aussi au cœur de la Révélation chrétienne de Dieu.

Seigneur, dis seulement une Parole, une Parole de vie, et fais que, même au milieu des violences et des peurs, nous ne doutions pas de cette force de paix et de réconciliation dont tu es la source !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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