Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA VIE CONSACRÉE PARMI NOUS : SIMPLE ET FÉCONDE. Messe à la cathédrale pour l'année de la vie consacrée, le 17 mai 2015

20 Mai 2015 Publié dans #Homélies

LA VIE CONSACRÉE PARMI NOUS : SIMPLE ET FÉCONDE. Messe à la cathédrale pour l'année de la vie consacrée, le 17 mai 2015

La vie consacrée parmi nous, au milieu du peuple des baptisés, dans notre diocèse de Charente : ce ne sont pas d’abord des chiffres, ce sont des personnes, des femmes, des hommes réunis aujourd’hui dans notre cathédrale.

Les visages parlent. Ils peuvent révéler nos âges, mais ils révèlent surtout une joie plus forte que toutes nos raisons de s’inquiéter pour l’avenir. Car la question essentielle pour vous, ce n’est pas de savoir combien vous serez dans vingt ou cinquante ans, c’est de reconnaître qu’ici et maintenant, de Confolens à Chalais, et de Cognac à Angoulême, vous vivez de la promesse du Christ. Sous des formes multiples, communautaires ou personnelles, vous êtes reliés au cœur de Dieu, de ce Père des cieux, qui, par son Fils, s’engage à demeurer avec nous et en nous. Et vous êtes les signes de cette « demeurance » promise par Jésus. « Dieu est amour : qui demeure dans l’Amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. »

C’est votre secret à chacune et à chacun. Vous apprenez, même si vous n’êtes pas bénédictins, à ne rien préférer à l’Amour du Christ. Mais soyons honnêtes : cette préférence-là passe presque toujours par un combat, un combat pacifique qui nous ouvre et qui, par nous, ouvre notre monde au Royaume de Dieu.

Ce combat vient réveiller l’Église de l’intérieur. Oui, il faut que l’on sache davantage qu’à travers ses structures, ses mouvements, ses services, l’Église vit de l’Amour de Dieu et qu’elle doit cultiver en elle une certaine impatience du Royaume de Dieu, là où les lois du monde ne chercheront plus à nous déshumaniser.

Et c’est pourquoi il y a, au cœur et au creux de la vie consacrée, cette impatience-là, ce désir fort, ce désir pur de ne pas être retirés du monde, mais de ne pas être du monde pour y devenir des signes vivants de la nouveauté de Dieu.

Oui, osez « réveiller le monde », comme vous le demande le pape François ! Osez manifester que vos façons de vivre ne sont pas un retrait, mais un engagement prophétique, si vous voulez, c’est-à-dire qui annonce ce que Dieu désire pour nous et qui se révèle dans le Christ, le premier-né d’entre les morts. Voilà le sens de la pauvreté, de la chasteté et de l’obéissance : ce sont des appels à une vie nouvelle, et non pas des contraintes.

Oui à la pauvreté qui passe par le partage ! C’est une façon de résister à la loi des calculs et des concurrences. Être dépossédé, c’est devenir libre pour vivre de la Charité du Christ, qui, elle, ne se mesure pas. Et c’est pouvoir aussi être du côté des pauvres rencontrés sur nos routes et apprendre avec eux que l’amour que l’on donne et que l’on reçoit ne se calcule jamais.

Oui à la chasteté qui nous libère de nos instincts possessifs, qui nous détache de nos pulsions, de nos passions ou de nos rêves. Elle allège nos corps et nos cœurs, peu à peu.

Quant à l’obéissance, elle nous empêche de nous donner à nous-mêmes notre mission, et elle vient bousculer les rapports de domination et de soumission qui prévalent si souvent dans notre société.

Seigneur, tu nous connais ! Tu sais nos résistances, nos inerties, nos peurs ! Encourage-nous à vivre en nous-mêmes ces combats qui nous donnent de participer activement, charnellement, à la croissance de ton Royaume à travers le mystère pascal de mort et de résurrection !

Et donne-nous aussi la joie de savoir qu’au-delà de tout calcul, ces vies données, vos vies données au Christ et à son Corps sont fécondes, oui fécondes d’une fécondité cachée, qui peut avoir la forme d’un amour fraternel, et aussi maternel et paternel.

Et si vous, vous ne le voyez pas, je vous assure que d’autres le voient. Ils ne sauront pas ou ils n’oseront pas vous le dire. Mais je veux être, ce soir, leur porte-parole et leur témoin. Oui, vous êtes vous-mêmes des germes de vie et de résurrection ! Vous l’êtes par votre prière, quand vous portez, quand vous nommez des personnes précises que vous confiez au Seigneur, et aussi à ces saints et à ces saintes qui sont de vos amis ! La prière est aussi un grand lien d’amitié.

Et puis, il y a les gestes de la vie quotidienne, les visites, les rencontres, les moments d’écoute et l’art de deviner ce qui blesse et ce qui réjouit, toute cette présence diffuse à notre humanité commune ! À chacune et à chacun de vous, au nom de tout notre diocèse, je dis de tout cœur, au-delà de ma reconnaissance personnelle, que vous êtes reconnus par Dieu et qu’il nous donne ce moment pour le reconnaître lui-même comme la source de notre joie et de notre espérance ! Gaudium et Spes !

+ Claude DAGENS, évêque d'Angoulême

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